Dès le néolithique, l’avènement du labeur agricole induit une évolution culturelle et mythologique

D'après un autel miniature, néolithique, mythologie, histoire du Sacré. (Marsailly/Blogostelle)

Du cycle végétal au cycle cosmique 

Les peuples cultivateurs possèdent des rites spécifiques : espaces sacrés, culte des morts et de la fertilité, déités féminines, autels… Avec les travaux agricoles, l’élevage de troupeaux et les rythmes de la végétation, les premières civilisations élaborent une conception cyclique du temps et sacralisent le Nouvel An. Par ailleurs, le symbolisme du « centre du Monde » anime sans doute déjà l’espace vital, domestique ou sacré…

1. Au néolithique, les premiers cultivateurs sacralisent la végétation – une mythologie de la Terre nourricière. – 2. Dès le néolithique, l’avènement du labeur agricole induit une évolution culturelle et mythologique – du cycle végétal au cycle cosmique.

Par Maryse Marsailly (@blogostelle)
– Dernière mise à jour janvier 2022 – Bonne année 2022 ! 🙂

D'après un laboureur, coupe attique, céramique à figures noires, vers 525 avjc, Athènes, Grèce antique. (Marsailly/Blogostelle)
D’après un laboureur, coupe attique, céramique à figures noires, vers 525 avjc, Athènes, Grèce antique. (Marsailly/Blogostelle)

REPÈRES CHRONOLOGIQUES. Mésolithique : vers 10000 – 8000 avjc. – Néolithique : vers 8000 – 6000 avjc – vers 1900 avjc. Chronologie néolithique-âge du Bronze

DÉESSES, MATERNITÉS, TAUREAUX, MÉGALITHES…

Des mythes et des rites sont spécifiques aux populations de cultivateurs, dont les premières civilisations pratiquent le culte des morts et celui de la fertilité. Probables déesses de la fécondité, déesses Terre ou déesses Mère, les images féminines sont nombreuses au néolithique…

D'après une statuette féminine, 3200 avjc, temple de Hagar Qim, IVe- IIIe, millénaire avjc, Malte, néolithique. (Marsailly/Blogostelle)
D’après une statuette féminine, 3200 avjc, temple de Hagar Qim, IVe- IIIe, millénaire avjc, Malte, néolithique. (Marsailly/Blogostelle)

La Terre, mère nourricière

Certains objets cultuels néolithiques et de nombreuses représentations féminines témoignent de l’attention portée à la fécondité de la Terre nourricière. La pensée spirituelle ou mythique peut ainsi assimiler la femme à la Terre et à la plante.

L’observation du cycle végétal et de la graine – qui meurt avant de renaître et de se multiplier – peut alors inspirer une conception cyclique de la vie et du monde : naissance-mort-renaissance. Les croyances et les rituels néolithiques sont probablement inspirés par les rythmes de la végétation et de sa croissance.

D’après une statuette féminine, Ve millénaire avjc, Tell Ratchev, Bulgarie, néolithique. (Marsailly/Blogostelle)

La propagation de l’agriculture des céréales

Du Sud au Nord, et de l’Orient à l’Occident, les civilisations néolithiques évoluent grâce à l’agriculture, l’élevage, le travail sur la matière – pierre polie, blocs de roche, terre cuite, bois, matériaux de parures…

Du monde méditerranéen à l’Europe, la propagation de l’agriculture des céréales s’accompagne de créations religieuses, de mythes et de rituels spécifiques aux populations de cultivateurs. Vers 7000 ans avjc, les villageois cultivent le blé et l’orge en Grèce, en Italie, en Crète, en Anatolie, en Syrie et en Palestine. On élève aussi des porcs et des moutons.

D’après une scène rituelle, le roi apporte des épis au troupeau sacré d’Inanna, empreinte de sceau-cylindre, période d'Uruk, vers 3200 avjc, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)
D’après une scène rituelle, le roi apporte des épis au troupeau sacré d’Inanna, empreinte de sceau-cylindre, période d’Uruk, vers 3200 avjc, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

Des mégalithes en Europe de l’Ouest

Des sépultures mégalithiques

Au Sud, les thèmes iconographiques du taureau et de la maternité, relevant sans doute du sacré, semblent les plus essentiels. Mais en Europe centrale et du Nord, une civilisation néolithique différente va prendre son envol quand, au sixième millénaire avjc, les Balkans et l’Anatolie prennent leur essor.

Quant aux mégalithes, ce sont des monuments inédits et originaux spécifiques à l’Europe occidentale. Le long de l’Atlantique des peuples néolithiques érigent des ensembles mégalithiques à l’aide de gigantesques pierres.

Ces monuments sont associés à des sépultures, et très probablement à un culte des morts et des ancêtres. Ces imposantes « chapelles » de pierre invitent à un sentiment de permanence éternelle…

D’après le dolmen de la Roche-aux-Fée, allée couverte, vers 2000 avjc, Essé ; dolmen mégalithique de Gavrinis, couloirs et dalles orthostates gravées, Morbihan ; et une hache-charrue, dolmen de la Table des Marchand, 4000-3900 avjc, Locmariaquer, Morbihan, IVe millénaire avjc ; Bretagne, France, néolithique. (Marsailly/Blogostelle)

Voir aussi l’article Les mégalithes néolithiques cristallisent une présence spirituelle et Le néolithique : un souffle d’éternité habite des pierres gigantesques

AUTELS ET OBJETS CULTUELS NÉOLITHIQUES

Motifs de spirales et de haches-charrues

Les villages néolithiques vont se multiplier… En Europe, les habitants élaborent des systèmes défensifs avec fossés et palissades ou murs d’enceinte en pierres.

Autels, espaces et piliers sacrés, motifs de spirales et de haches-charrues, hache en jadéite polie, modèles de sanctuaire en terre cuite et divers objets cultuels laissent imaginer une organisation religieuse déjà élaborée, mais dont nous ne connaissons pas les détails.

D’après un autel miniature, têtes de bélier en haut relief, terre cuite, Szeged, Hongrie ; et un vase cultuel, terre cuite, motifs de spirales, Croatie, néolithique. (Marsailly/Blogostelle)

D’après un modèle de sanctuaire, terre cuite, Căscioarele, 4600-3900 avjc, culture Gumelnita, Roumanie, Ve millénaire avjc, néolithique danubien. (Marsailly/Blogostelle)

Des pictogrammes ?

Les populations néolithiques pratiquent des activités rituelles comme le démontrent des figurations animales et anthropomorphes, des vases thériomorphes (aux formes animales), des masques divins, des sceaux et des idéogrammes.

Selon certains auteurs, la civilisation néolithique européenne des VIe et Ve millénaires avjc aurait même élaboré une forme de proto-écriture.

D’après céramique du rubané, possibles pictogrammes, courant danubien, VIe-Ve millénaire avjc, Allemagne ; et une poterie, motifs de cerfs et pictogrammes, Espagne ; terres cuites, décors incisés, néolithique. (Marsailly/Blogostelle)

Certains motifs décoratifs sont alors interprétés comme des pictogrammes. Avant l’invention de l’écriture en Mésopotamie, à Sumer, vers 3300 avjc. L’écriture hiéroglyphique de l’ancienne Égypte est attestée dès le IV millénaire avjc.

D'après une poterie zoomorphe, taureau, terre cuite, vers 4800 avjc, culture rubané, Aubevoye, Eure, France, néolithique. (Marsailly/Blogostelle)
D’après une poterie zoomorphe, taureau, terre cuite, vers 4800 avjc, culture rubané, Aubevoye, Eure, France, néolithique. (Marsailly/Blogostelle)

Le culte du Taureau

Du Proche-Orient aux régions danubiennes

De nombreuses représentations féminines sont présentes dans les civilisations néolithiques. Mais des différences culturelles vont tout de même démarquer les cultures européennes néolithiques de celles du Proche-Orient.

Au Proche-Orient, les images féminines côtoient des évocations du taureau : peintures, exposition de crânes et de cornes, bucranes dans des maisons-sanctuaires, comme à Çatal Hüyük à l’époque du Levant néolithique …

D’après des crânes de taureau, bucranes, Çatal Hüyük, habitation ou maison-sanctuaire, et un crâne de bovidé et cornes, VIe millénaire avjc, Anatolie (Turquie), Levant, néolithique, Orient ancien. (Marsailly/Blogostelle)

Si le taureau incarne le géniteur par excellence, il exprime aussi une force redoutable. Le taureau s’identifie notamment à une épiphanie (manifestation) du dieu de l’Orage. Si le tonnerre évoque les dangers de la foudre, la pluie bienfaitrice irrigue les terres.

Le culte du Taureau des régions danubienne provient du Proche-Orient, mais il n’est pas confirmé que des sacrifices sont pratiqués en Europe comme on le fait dans les régions de l’Indus et en Crète.

D'après une statuette féminine, terre cuite, Xaghra Circle, Gozo, 3150-2500 avjc, IVe- IIIe, millénaire avjc, Malte, néolithique. (Marsailly/Blogostelle)
D’après une statuette féminine, terre cuite, Xaghra Circle, Gozo, 3150-2500 avjc, IVe- IIIe, millénaire avjc, Malte, néolithique. (Marsailly/Blogostelle)

Une valorisation des attributs féminins : poitrine et hanches

Des déesses ou incarnations de la fertilité

Dans l’ensemble des contrées du monde, dès le néolithique, voire dès la préhistoire, de très nombreuses statuettes féminines, déesses ou incarnations de la fertilité, suggèrent l’existence d’un culte rendu à une grande déesse de la fécondité, déesse-Terre ou déesse-Mère…

Par ailleurs, le motif déesse-mère-enfant est omniprésent au Proche-Orient. Il est beaucoup plus discret dans les régions du Danube, où d’ailleurs il est absent des sépultures.

D’après une femme à l’enfant, statuette, terre cuite, Mehrgarh, vers 2800-2600 avjc, néolithique, civilisation de l’Indus ; et des figurines féminines, terres cuites : La dame de Villers-Carbonnel au visage pincé, vers 4000 avjc, Somme, Picardie ; une représentation féminine aux seins ronds, fin Ve millénaire, Noyen-sur-Seine ; France, néolithique. (Marsailly/Blogostelle)

En Europe occidentale, les statuettes féminines, aux lignes beaucoup moins opulentes que celles des déesses de l’Orient ancien ou de Malte, mettent en lumière plus légèrement les attributs féminins évoquant la procréation, la fertilité et la maternité : poitrine et hanches…

Le thème déesse-mère-enfant

Le Proche-Orient, l’Inde ancienne et la Mésoamérique se distinguent très tôt avec des images maternelles de femmes ou de déesses à l’enfant. Ce thème prend de l’ampleur dans l’Égypte ancienne avec de nombreuses représentations de la déesse Isis allaitant son enfant Horus…

D’après des statuettes féminines et enfant, terre cuite, civilisation Olmèque, 2500- 500 avjc, art précolombien, Mésoamérique. (Marsailly/Blogostelle)

Des traditions lointaines qui perdurent…

Il apparaît que l’héritage néolithique persiste au cours des siècles de manière fragmentaire. La pérennité de différents lieux sacrés, certains rites agraires ou funéraires et de vieilles traditions paysannes d’Europe centrale semblent avoir conservé quelques traces du lointain néolithique…

On connaît en Roumanie et dans les Balkans la coutume ancestrale de l’offrande de bouillie de graines aux funérailles ou au cours de la fête des morts… Par ailleurs, les scènes agraires perdurent dans l’art antique, de la Grèce à l’Égypte…

D’après des scènes agraires, labour et semis, coupe attique, céramique à figures noires, vers 525 avjc, période archaïque, Athènes, Grèce antique. (Marsailly/Blogostelle)
D’après des scènes agraires, labour et semis, coupe attique, céramique à figures noires, vers 525 avjc, période archaïque, Athènes, Grèce antique. (Marsailly/Blogostelle)

Après la pierre, une mythologie des métaux

L’âge du métal succède à la période néolithique. Au cours des âges du bronze et du Fer, la découverte de la fusion des métaux marque l’histoire culturelle et spirituelle de l’humanité. Une mythologie des métaux vient enrichir l’univers du Sacré. La réflexion religieuse se concentre alors davantage sur les métiers de la mine, de la forge et de la métallurgie.

L’héritage spirituel du néolithique et des âges du métal va perdurer et évoluer dans le temps. Les mythologies de la pierre, de la végétation et des métaux continueront de nourrir la pensée religieuse ou symbolique…

D'après la déesse Arinna, divinité solaire hittite, pendentif, or coulé-cire perdue, XIVe-XIIIe siècle avjc, Empire Hittite, Anatolie, Orient ancien. (Marsailly/Blogostelle)
D’après la déesse Arinna, divinité solaire hittite, pendentif, or coulé-cire perdue, XIVe-XIIIe siècle avjc, Empire Hittite, Anatolie, Orient ancien. (Marsailly/Blogostelle)

Voir aussi l’article Néolithique et âge du Bronze : un héritage spirituel qui remonte à la préhistoire – Mythes : de la pierre au métal, du chasseur au guerrier…

SCÉNARIOS RITUELS DU NOUVEL AN

En correspondance avec les travaux agricoles, l’élevage de troupeaux et le cycle végétal, les premières civilisations de cultivateurs valorisent l’évolution du monde et de l’existence humaine. Une conception cyclique du temps acquiert une dimension mythologique et sacrée.

D’après une scène rituelle, roi-prêtre, végétation et troupeau sacré d’Inanna, empreinte de sceau-cylindre, Uruk, vers 3000 ans avjc, époque de Djemdet-Nasr, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)
D’après une scène rituelle, roi-prêtre, végétation et troupeau sacré d’Inanna, empreinte de sceau-cylindre, Uruk, vers 3000 ans avjc, époque de Djemdet-Nasr, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

Cycle végétal et Nouvel an

Pour les premiers cultivateurs, le cycle végétal devient signifiant. Il exprime le mystère des rythmes cosmiques et de la nature et s’applique aussi à l’existence humaine. Les rites du Nouvel An assurent le renouveau et la perpétuation de la végétation, des récoltes, des troupeaux et de la vie sur Terre…

Au Proche-Orient, dans la culture indo-iranienne et dans les sociétés archaïques de cultivateurs, on hérite de conceptions spirituelles qui remontent au néolithique. Ainsi, des scénarios rituels du Nouvel An réactualisent la cosmogonie, soit la création première de l’univers et de la vie.

D’après des attelages de bovidés, art rupestre, mont Bégo, Vallée des Merveilles, fin IIIe-début IIe millénaire avjc, Alpes Maritimes, France ; et des scènes agraires, peinture rupestre, Ve-lVe millénaire avjc, montagnes du tassili des Ajjer, Sahara algérien ; néolithique. (Marsailly/Blogostelle)

Dans de nombreuses cultures ancestrales, au moment du Nouvel An, on organise des manifestations rituelles. Par exemple, sous la forme de joutes ou de confrontations entre deux groupes antagonistes pour stimuler les forces créatrices de la vie et le renouvellement du monde.

La dualité obscurité – lumière

La découverte de l’agriculture engendre des créations mythiques et religieuses. L’émergence de cette source spirituelle universelle, fondée sur le cycle végétal, la sacralisation de la Terre et de la Pierre, fertilise la vie culturelle de l’humanité durant plusieurs millénaires…

Les conceptions spirituelles élaborées au néolithique perdurent au fil des temps et vont donner naissance à de multiples réinterprétations. Des traditions voient le jour…

Ainsi, des « spécialistes du sacré » organisent par exemple des cérémonials destinés à rejouer, et donc à réactualiser, l’antagonisme et l’alternance entre l’obscurité et la lumière, la nuit et le jour, la mort et la vie…

D’après un motif de plante, terre cuite peinte, période de Djemdet Nasr, Kish, 3150 – 2900 avjc, Khafadje, néolithique, Orient ancien. L’alternance de l’obscurité et de la lumière alimente les mythologies des premières civilisations, et les cérémonies archaïques du Nouvel An réactualisent la cosmogonie. (Marsailly/Blogostelle)

Rituels, prospérité, abondance

Ce combat pour le retour de la lumière et le renouveau de la végétation et des troupeaux se répète tous les ans. Rites et cérémonies sont alors destinés à stimuler les forces vitales du monde : fertilité des terres, fécondité des plantes, des animaux et des humains. Le souverain ou le chef s’identifie au territoire ou au royaume, à qui les rituels garantissent prospérité et abondance…

Le Nouvel An mésopotamien sous l’égide des dieux

Le roi participe aux rituels de renouvellement

Comme l’explique l’historien des religions Mircea Eliade, en Mésopotamie le roi participe aux rituels de renouvellement. Si les fêtes sacrées mésopotamiennes s’échelonnent tout au long de l’année, la plus importante se déroule au moment du Nouvel An.

D’après une scène rituelle, le roi apporte des épis au troupeau sacré d’Inanna, sceau-cylindre et empreinte, période d’Uruk, vers 3200 avjc ; et le relief perforé dit du Nouvel-An, vers 2700 avjc, calcaire, temple ovale, Khafadje, époque des dynasties archaïques, Sumer, Irak ; Mésopotamie, Orient ancien. (Marsailly/Blogostelle)

Les célébrations du Nouvel An se déroulent en Mésopotamie sous l’égide des dieux, qui déterminent les « Sorts » pour l’année à venir. Chez les babyloniens, le souverain incarne rituellement l’époux de la grande déesse (hieros gamos) au cours des rituels du Nouvel An…

SCÈNES AGRICOLES ET RITES FUNÉRAIRES ÉGYPTIENS

Se nourrir dans l’au-delà

Le cycle végétal et le labeur agricole inspirent encore les rites funéraires des anciens Égyptiens. Les défunts emportent dans leur tombe de quoi se nourrir dans l’au-delà éternel, sous la forme de reliefs peints, de peintures ou de figurines assurant la mise en scène des travaux agraires et des récoltes…

D’après des scènes agricoles, labour, semaille et récolte, peinture, tombe d'Onsu, Thèbes, Thoutmosis III, 1479 -1425 avjc, Nouvel Empire, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après des scènes agricoles, labour, semaille et récolte, peinture, tombe d’Onsu, Thèbes, Thoutmosis III, 1479 -1425 avjc, Nouvel Empire, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Pour les anciens Égyptiens, la vie se poursuit dans l’au-delà : une forme de salut et de résurrection sous l’égide d’Osiris, dieu de la végétation et du limon fertile devenu souverain de l’au-delà et de l’Éternité.

Voir aussi les articles L’Art de l’Égypte ancienne, les images et les hiéroglyphes perpétuent l’essence de l’éternel et Les artistes illustrent des univers mythiques

Par ailleurs, en Égypte ancienne, la fête-Sed ou Jubilé royal se déroule en principe après trente ans de règne. Les rituels de la fête-Sed confèrent à pharaon le renouvellement de ses forces vitales et réaffirment son pouvoir royal. La vitalité du roi s’identifie à celle du pays.

CYCLES COSMIQUES ET RENOUVEAU

Les croyances et les rites archaïques qui sacralisent la rénovation du Monde se rencontrent dans différentes mythologies et doctrines religieuses. L’arbre cosmique représente à la fois le centre du Monde et l’essence de la Vie….

D’après l’arbre sacré Ished, Thot consigne sur ses feuilles le règne du roi Séthi Ier, relief, temple de Karnak, Nouvel Empire, 1555-1080 avjc, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après l’arbre sacré Ished, Thot consigne sur ses feuilles le règne du roi Séthi Ier, relief, temple de Karnak, Nouvel Empire, 1555-1080 avjc, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Cosmologie et fin des temps

Naissance, disparition et renaissance du Monde se répètent cycliquement : sur le plan terrestre avec l’année nouvelle, sur le plan cosmique, avec une ère nouvelle.

Cosmologie (création et évolution de l’univers), eschatologie (fin du monde) et messianismes (intervention d’un messie en relation avec la fin des temps et le triomphe du Bien…) trouvent leur inspiration dans un héritage spirituel qui remonte au néolithique.

Ces pensées religieuses vont prédominer au Proche-Orient comme dans l’univers méditerranéen durant deux millénaires. Par ailleurs, des conceptions cycliques mythiques sont universellement répandues dans les civilisations anciennes, comme par exemple en Inde… 

D’après le dieu Brahma et ses quatre faces, dont une invisible, sculpture, schiste, XIe-XIIe siècle, région centre, époque médiévale, Inde ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 
D’après le dieu Brahma et ses quatre faces, dont une invisible, sculpture, schiste, XIe-XIIe siècle, région centre, époque médiévale, Inde ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 

Les cycles cosmiques de Brahmā

Dans la cosmologie de l’Inde ancienne, l’univers alterne entre « kalpa », la manifestation d’une période cosmique dans le brahmanisme (soit un jour de Brahmā), et pralaya, période de dissolution, d’anéantissement ou d’occultation (soit une nuit de Brahmā). Ainsi, la cosmogonie hindoue s’inscrit dans un cycle de créations et de destructions.

Par ailleurs, la tradition hindoue comprend la doctrine des quatre âges : Krita-Yuga, Treta-Yuga, Dvapara-Yuga et Kali-Yuga. Kali-Yuga, l’âge le plus sombre, annonce une destruction avant l’avènement d’une ère nouvelle. Ce thème alimente aussi, en Inde ancienne, la croyance dans le cycle de la transmigration des âmes.

D’après le Pipal, figuier sacré hindou, terre cuite, culture de Harappa, vers 2500-1800 avjc, civilisation de l’Indus, néolithique. (Marsailly/Blogostelle)
D’après le Pipal, figuier sacré hindou, terre cuite, culture de Harappa, vers 2500-1800 avjc, civilisation de l’Indus, néolithique. (Marsailly/Blogostelle)

Dans l’Inde ancienne, la sacralisation du Pipal (Ficus religiosa, figuier des pagodes) remonte à la civilisation néolithique et védique. Nommé dans l’hindouisme «ashvattha» (ou açvattha), cet arbre cosmique est un arbre inversé. Ses branches (en bas) sont l’éther, l’air, le feu, l’eau, la terre. L’arbre de Vie en Inde s’identifie encore à l’arbre de l’Éveil (Bodhi) du Bouddha…

Voir aussi Arts de l’Inde ancienne, le néolithique et les cités de la Vallée de l’Indus

Arbre de Vie, arbre cosmique, centre du Monde

L’arbre mythique Yggdrasil 

Arbre de Vie, arbre cosmique ou arbre mythique, l’arbre est un puissant symbole végétal. S’il matérialise le centre du Monde et une ascension menant aux Cieux, il se rattache aussi à la notion de cycle cosmique. Comme pour l’arbre Yggdrasil dans la mythologie scandinave et nordique…

D’après une représentation d'Yggdrasil, arbre cosmique dans la mythologie scandinave, XVIIe siècle, Islande. (Marsailly/Blogostelle)
D’après une représentation d’Yggdrasil, arbre cosmique dans la mythologie scandinave, XVIIe siècle, Islande. (Marsailly/Blogostelle)

Dans la mythologie nordique, le cosmos s’identifie à Yggdrasil, un gigantesque chêne ou frêne. Cet arbre mythique, toujours vert, se rattache à la prophétie du cataclysme annoncé par la Völupsa.

Mais cette fin du monde est nécessaire pour instaurer une ère nouvelle. Malgré la violence apocalyptique du cataclysme, Yggdrasil ne sera pas complètement abattu et le cosmos ne sera pas entièrement désintégré…

D'après l'arbre sacré, sycomore-figuier, tombe d'Ouserhat, Thèbes, époque Ramesside, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après l’arbre sacré, sycomore-figuier, tombe d’Ouserhat, Thèbes, époque Ramesside, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

L’Arbre de Vie croît au « centre du monde »

Dans de nombreuses traditions anciennes, l’accès au divin, le rajeunissement, la guérison, ou encore l’immortalité… sont symbolisés par un fruit ou une source auprès de l’arbre de Vie, symbole végétal du cosmos et de la vie..

L’Arbre mythique ou l’arbre de Vie incarne le point de passage mythique qui relie le monde d’En-Bas, la Terre et le Ciel. Quelles que soient les mythologies et les croyances, où qu’il se trouve, l’arbre cosmique unit en lui trois plans symboliques ainsi que les axes horizontal et vertical.

D’après pharaon allaité par l'arbre de Vie, acacia, peinture, hypogée de Thoutmosis III, Thèbes, Nouvel Empire, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après pharaon allaité par l’arbre de Vie, acacia, peinture, hypogée de Thoutmosis III, Thèbes, Nouvel Empire, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Mais cet arbre cosmique est uniquement accessible à certains élus, héros ou initiés… L’Arbre cosmique croît au « centre du monde ».

L’arbre cosmique relie la Terre au Ciel

Le monde d’En-bas, tellurique, dans lequel l’arbre de Vie plonge ses racines, est assimilé à un milieu souterrain à la fois dangereux et fertile. Dans certaines mythologies, le monde d’En-bas s’identifie aux Enfers et au domaine des morts.

D'après le thème de l'arbre cosmique, symboliquement situé au centre du Monde. (Marsailly/Blogostelle)
D’après le thème de l’arbre cosmique, symboliquement situé au centre du Monde. (Marsailly/Blogostelle)

L’ici-bas correspond au plan horizontal, à la Terre, et à la frondaison de l’arbre. La cime de l’arbre atteint le Ciel grâce au déploiement de l’axe vertical, reliant ainsi Le monde d’En-bas, l’Ici-bas et les Cieux.

Voir aussi les articles 1 L‘arbre sacré, un symbole vivifiant et 3 L’arbre de Vie, un concentré du Cosmos Vivant

LA SACRALISATION DE L’ESPACE

En passant de la vie nomade à la vie sédentaire, les peuples du néolithique et les premiers cultivateurs commencent à valoriser plus encore leur espace de vie, du champ cultivé au village, du village aux maisons. Chaque lieu consacré par des rituels ou des prières devient symboliquement un « centre du Monde »…

D'après une Yourte mongole. (Marsailly/Blogostelle)
D’après une Yourte mongole. (Marsailly/Blogostelle)

Le « centre du Monde » sacralise le sanctuaire ou l’habitat

Déjà, l’ouverture au sommet de la Yourte mongole ou de la tente indienne, qui permet à la fumée du foyer de s’échapper, concrétise un chemin vertical de la Terre vers le Ciel. Universellement, l’espace sacré permet la communication avec les dieux et le monde céleste.

Au cours de la période néolithique, des artistes et artisans érigent au Proche-Orient des sanctuaires et des autels dédiés à des divinités. En Chine, très tôt, la maison fait l’objet d’une conception symbolique élaborée, fondée sur l’orientation et l’agencement de la circulation intérieure.

D’après la reconstitution d’une maison circulaire de Banpo, Ve-IVe millénaire avjc, néolithique, Chine ancienne ; et des tipis indiens, Campement indien sur le lac Huron, de Paul Kane, huile sur toile, 1848-1850, XIXe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

Dans la culture néolithique chinoise de Yangshao, on construit des habitats circulaires aux toitures supportées par des piliers. Cet espace de vie de 5 mètres de diamètre environ est pourvu d’un foyer central. La Yourte mongol ou le tipi indien présente une structure similaire avec un piquet central…

Voir aussi L’art de la Chine ancienne, la civilisation néolithique de Yangshao

Une porte du Ciel au cœur de chaque maison ou sanctuaire

L’ouverture de la tente ou de la hutte par laquelle s’échappe la fumée symbolise la « porte du Ciel » ou la « fenêtre du Ciel ». Le pilier central de l’habitat s’identifie au pilier du Monde. Ainsi, le monde céleste se conçoit comme une tente immense soutenue par un axe central.

D'après l'espace infini du Ciel, symbole du monde céleste des dieux. (Marsailly/Blogostelle)
D’après l’espace infini du Ciel, symbole du monde céleste des dieux. (Marsailly/Blogostelle)

Le Ciel symbolise le monde des dieux, souvent en étroite relation avec l’orage, le tonnerre, la pluie et la lumière céleste. Parfois, la « porte du Ciel » se rattache à l’étoile polaire…

On rencontre ce symbolisme cosmogonique chez de nombreux peuples archaïques, pour qui la maison, la hutte ou la tente constituent une image du monde (imago mundi).

De la même façon, les temples et les sanctuaires, les églises et les cathédrales, symbolisent avec leur élévation, leurs forêts de pierre et leurs décors au plafond, une image du cosmos, un concentré du divin sur terre, un chemin de la Terre au Ciel…

D'après la Dame à la Licorne et sa tente À Mon Seul Désir, vers 1500, France, art médiéval. (Marsailly/Blogostelle)
D’après la Dame à la Licorne et sa tente À Mon Seul Désir, vers 1500, France, art médiéval. (Marsailly/Blogostelle)

La différenciation féminin-masculin

On peut imaginer que les villageois cultivateurs néolithiques fondent leurs croyances sur une signification rituelle de la Terre et du Ciel. Ces deux éléments mythiques, à la fois opposés et complémentaires, sont assimilés à deux grands principes : féminin (matrice) et masculin (semence) dont la portée symbolique est universelle…

D'après un homme et une femme, statuettes, terre cuite, Ve millénaire avjc, Roumanie, néolithique. (Marsailly/Blogostelle)
D’après un homme et une femme, statuettes, terre cuite, Ve millénaire avjc, Roumanie, néolithique. (Marsailly/Blogostelle)

Par ailleurs, la séparation des sexes attestée dans certaines structures d’habitations néolithiques remonte probablement au paléolithique. Avec l’attribution d’activités spécifiques aux hommes (chasse, défense de l’habitat ou du territoire) et aux femmes (cueillette, nourriture).  Ce choix est peut-être motivé par des conceptions spirituelles fondées sur une mythologie de la création du monde.

Sommaire Néolithique-âge du Bronze

Archéologie & Patrimoine : culture Gumelnita : archeologie.culture.fr/harsova/fr/culture-gumelnita-5

Publié par Maryse Marsailly

Blogostelle : Histoire de l'Art et du Sacré. Civilisations, chefs-d'œuvre, mythes, symboles..., tout un univers s'exprime dans les œuvres d'art.

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