Le symbolisme de la spirale et de la « divine proportion » relève du Sacré

D'après le symbolisme de la spirale, histoire du Sacré. (Marsailly/Blogostelle)

De la coquille au nombre d’or

La spirale, symbole du rythme universel, évoque un mouvement, tel le tourbillon d’une énergie dynamique et créatrice. La spirale est le symbole d’un univers conçu comme spiralé ou hélicoïdal. Le serpent lové en spirale symbolise également ce principe originel, un potentiel en devenir d’élévation et de création. Par ailleurs, le rectangle d’or et la spirale d’or définissent un idéal artistique des proportions parfaites…

1. Le Sacré : la spirale, symbole cosmique et initiatique – De la nature à l’univers. 2. Le symbolisme de la spirale et de la « divine proportion » relève du Sacré – De la coquille au nombre d’or.

Par Maryse Marsailly (@blogostelle)
– Dernière mise à jour octobre 2022 –

D'après des fibules celtiques, double spirale. (Marsailly/Blogostelle)
D’après des fibules celtiques, double spirale. (Marsailly/Blogostelle)

LA SPIRALE SYMBOLISE UNE SOURCE D’ÉNERGIE ET DE CRÉATION

Verbe originel, vibration, cycle, évolution, fertilité, recommencement, régénération, initiation…, de nombreux motifs spiralés ainsi que celui du serpent symbolisent le mouvement et l’énergie propre au mystère de l’Univers et de sa création.

D'après un serpent lové en spirale, bronze, applique, dynastie des Zhou orientaux, 770 – 256 avjc, Chine ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après un serpent lové en spirale, bronze, applique, dynastie des Zhou orientaux, 770 – 256 avjc, Chine ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

La coquille, glyphe universel

La coquille de l’escargot de terre ou de mer est un glyphe universel. La spirale de la coquille se rattache à la thématique de la fécondité lunaire et aquatique et à la fertilité. Dans les iconographies traditionnelles, l’idée de fertilité s’associe aussi aux images des cornes et de la double volute…

Le symbolisme de la coquille spiralée se rapporte à la Lune, au sexe féminin. Dans de nombreuses cultures, on donne du sens à la coquille, qui par ailleurs évoque aussi la permanence de l’Être dans les changements inhérents à la temporalité…

D’après la coquille en spirale des escargots ; et une poterie, motif spiralé, vers 5500 avjc, terre cuite, céramique rubanée, Haut-Rhin, France, néolithique. (Marsailly/Blogostelle)

Spirale et dualité

Il existe un motif de spirale dont les spires sont striées avec régularité. En analogie avec la coquille de l’escargot, ce graphisme exprime un principe d’alternance.

Alternance du jour et de la nuit, du bien et du mal, dualité dans la vie de l’être humain… La coquille spiralée de l’escargot est également utilisée pour préparer des médecines dont le double usage, remède ou poison, peut se révéler bénéfique ou maléfique…

D’après la coquille en spirale des escargots. (Marsailly/Blogostelle)
D’après la coquille en spirale des escargots. (Marsailly/Blogostelle)

Spirale et serpent cosmogonique

Fertilité et fécondation de la matrice

La spirale est un symbole de fécondité lunaire et aquatique. Centre de vie et de fertilité, c’est un motif que l’on rencontre dès le paléolithique, associé à des formes féminines et à des parures, au néolithique, à l’âge du Bronze et du Fer, notamment dans l’art celte.

D’après la Vénus de Tursac, calcite, Abri du Facteur, vers 25 000 avjc, gravettien, Dordogne ; un coquillage, pendeloque, Abri de la Gravette, Dordogne, 26 000 – 20 000 avjc ; et la Vénus de Lespugue, dos, ivoire de mammouth, vers 20 000 avjc, grotte des Rideaux, Haute-Garonne ; France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

Spirale-orage-tonnerre-éclair

La double spirale en S symbolise se rapporte aussi aux changements de la Lune et du Tonnerre. L’Orage est souvent associé aux changements lunaires. Le graphisme de la double spirale symbolise une fécondité reliée au thème orage-tonnerre-éclair, comme pour le rhombe, un instrument à vent archaïque et vrombissant… Et l’orage amène la pluie fécondante…

D’après un serpent enroulé, peau spiralée, terre cuite peinte, maracas, Djenné, Mali, art africain. (Marsailly/Blogostelle)
D’après un serpent enroulé, peau spiralée, terre cuite peinte, maracas, Djenné, Mali, art africain. (Marsailly/Blogostelle)

Le serpent lové, symbole du créateur

Le symbolisme de la spirale inspire une cosmogonie très élaborée chez divers peuples d’Afrique… Dans l’iconographie africaine, on rencontre le serpent lové, symbole du créateur, de la fécondité et du mouvement cyclique de la vie.

La spirale ou l’hélicoïde, qui correspond à une forme spiralée autour d’un axe, symbolise la dynamique de la vie, le mouvement des âmes et la création et l’expansion du monde…

D'après un tour de cou, motif de spirale qui rappelle le serpent lové, métal, Mali, art Africain. (Marsailly/Blogostelle)
D’après un tour de cou, motif de spirale qui rappelle le serpent lové, métal, Mali, art Africain. (Marsailly/Blogostelle)

Parmi les thèmes culturels africains, on rencontre celui de la semence et de la parole de l’homme qui pénètre la femme par le sexe ou par l’oreille : une image sexuelle symbolique d’enroulement en spirale autour de la matrice pour la féconder…

Spirale et verbe originel

Chez les Dogons et les Bambaras du Mali, le glyphe du Soleil est composé d’une poterie qui représente la matrice originelle. L’objet est entouré par une spirale de cuivre rouge à 3 tours, symbole masculin et symbole du verbe originel. La première parole divine du dieu Amma correspond à l’Esprit et à la semence divine…

D’après un serpent enroulé et motifs solaires, terre cuite peinte, maracas, Djenné ; et une figure mythique, attributs féminins et serpent peau-spiralé, terre cuite ; Mali, art Africain. (Marsailly/Blogostelle)

Parmi les glyphes des peuples africains, il existe un signe pour représenter le dieu suprême qui crée le Soleil et la Lune. Son motif se compose d’une grande spirale associée à deux spirales plus petites…

Autre thème sacré, la spirale unique, qui évoque le serpent python lové, symbole du créateur et du mouvement cyclique de la vie. Ce motif renvoie également au Ciel et à la pérégrination des âmes qui se désincarnent et se réincarnent successivement…

D’après un cavalier et bouclier spirale, bague du hogon, chef spirituel Dogon, laiton, fonte à la cire perdue, Mali, art africain. (Marsailly/Blogostelle)
D’après un cavalier et bouclier spirale, bague du hogon, chef spirituel Dogon, laiton, fonte à la cire perdue, Mali, art africain. (Marsailly/Blogostelle)

Deux serpents en un…

Au Dahomey, la grande divinité Dan, symbole de la continuité, est représentée sous la forme d’un serpent qui se mord la queue, un ouroboros assimilé aussi à l’arc-en-ciel…

Ce serpent est conçu comme un être bisexué et jumeau de lui-même. Les deux serpents en un sont enroulés en spirale autour de la Terre qu’ils préservent de la destruction… Chez les Dogons du Mali, on évoque la vibration créatrice à l’origine de la création…

D'après une terre cuite, motif du double serpent, Mali, art africain. (Marsailly/Blogostelle)
D’après une terre cuite, motif du double serpent, Mali, art africain. (Marsailly/Blogostelle)

La spirale et le “maître de la Parole”

Chez les Bambara, le “Moniteur Faro”, qui signifie le “maître de la Parole”, est signifié par une spirale au centre des points cardinaux. Destiné, à l’origine, uniquement aux rois, le couvre-chef en vannerie du maître de la parole affiche plusieurs spires.

Le motif de la spirale se rattache à Faro au moment où il réorganise le Monde. Faro se déplace tous les quatre siècles jusqu’aux confins du monde avant de revenir au point de départ d’où il veille sur l’univers qu’il régit…

D'après un couvre-chef, motifs spiralés, en relation à l'initiation, Ouganda, art Africain. (Marsailly/Blogostelle)
D’après un couvre-chef, motifs spiralés, en relation à l’initiation, Ouganda, art Africain. (Marsailly/Blogostelle)

Le mouvement des âmes et des esprits

On retrouve le symbolisme de la spirale dans la cosmogonie de plusieurs peuples africains. Dans certaines cultures, la spirale représente aussi le mouvement des âmes, des esprits et des génies qui évoluent entre les quatre plans de l’Univers. Et l’univers dessine une spirale ou une hélicoïde…

Chez les Luluwa du Kasaï occidental, on représente la Terre, la Lune et le Soleil par une série de cercles concentriques ou par des spirales. Deux spires ou deux cercles représentent la Terre, trois représentent la Lune et quatre le Soleil, le signe le plus grand…

D’après le masque-esprit d’une jeune défunte, et détails, motifs de spirales, Igbo Agbogho Mmuo, Nigéria, XIXe-XXe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

LE SERPENT MEHEN DE L’ÉGYPTE ANCIENNE

La spirale du jeu du serpent Mehen

Dans les textes sacrés de l’Égypte ancienne, Mehen désigne la divinité serpent qui protège la barque solaire pendant le voyage nocturne et souterrain du dieu Soleil, avant sa renaissance à l’aube. On rencontre encore ce terme pour nommer le Jeu du serpent Mehen qui prend la forme d’une table circulaire.

Le nom de Mehen signifie « enrouler » ou « celui qui est enroulé ». Ce mot rappelle l’image du serpent que l’on grave alors sur le plateau du jeu du serpent. Le reptile dessine ainsi un circuit spiralé, la tête au centre et la queue à l’extérieur…

D’après le jeu du serpent Mehen, faïence bleue, tombe du roi Péribsen, vers 2750 avjc, IIe dynastie, Abydos, époque Thinite, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après le jeu du serpent Mehen, faïence bleue, tombe du roi Péribsen, vers 2750 avjc, IIe dynastie, Abydos, époque Thinite, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Le corps du serpent se déploie en multiples cases. Pour jouer, on utilise des pions en forme de billes et de lions. On rencontre le jeu du serpent Mehen dès l’époque prédynastique, avant qu’il ne disparaisse, de façon énigmatique, à la fin de l’Ancien Empire… La configuration de ce jeu rappelle celle du jeu de l’oie…

Le Serpent Atoum-Rê, du Commencement au Retour…

Par ailleurs, dans la tradition égyptienne, le Serpent Atoum-Rê apparaît au commencement et à la fin des temps. Atoum-Rê est parfois représenté sous la forme d’un serpent à tête de bélier. Atoum-Rê émerge du Noun, l’Océan primordial, avant de créer les dieux, le monde et la vie…

D’après le jeu du serpent Mehen, albâtre et pigments de couleur, IIIe-VI dynasties, Ancien Empire, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après le jeu du serpent Mehen, albâtre et pigments de couleur, IIIe-VI dynasties, Ancien Empire, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Atoum-Rê explique lui-même dans le Livre pour Sortir au Jour (dit Livre des Morts) que lui, qui est sorti du chaos, survivra à sa création quand sera venu le temps du retour à l’immensité aquatique originelle…

« La terre reprendra l’aspect de l’océan originel (le Noun), des eaux infinies comme dans son état premier. Je suis, moi, ce qui demeure… après m’être retransformé en serpent qu’aucun homme ne connaît, qu’aucun dieu ne voit… »

D’après le jeu du serpent Mehen, lové en spirale, cheminement vers le centre, Ve-VIe dynasties, Ancien Empire, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après le jeu du serpent Mehen, lové en spirale, cheminement vers le centre, Ve-VIe dynasties, Ancien Empire, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

On retrouve les mythes du serpent cosmique « qui demeure » et de l’océan primordial dans la mythologie de l’hindouisme…

LE SERPENT COSMIQUE SHESHA-ANANTA

Ananta lové en spirale soutient Vishnu

Dans la mythologie de l’hindouisme, le serpent Shesha (dont le nom signifie « Reste » ou « celui qui demeure »), appelé aussi Ananta (« Sans fin » ou « Infini »), soutient Vishnu sur ses anneaux, où le dieu bienveillant et salvateur repose avant l’avènement d’un nouveau cycle cosmique (Kalpa).

D’après Vishnu sur Ananta, serpent cosmique, époque Chalukya (ou Çalukya), VIe-VIIe siècle, Bâdâmi, Karnataka, Inde ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après Vishnu sur Ananta, serpent cosmique, époque Chalukya (ou Çalukya), VIe-VIIe siècle, Bâdâmi, Karnataka, Inde ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Un immense cobra à multiples têtes

Ce serpent cosmique, attribut permanent de Vishnu, est représenté tel un immense cobra à multiples têtes (polycéphale) dont les larges capuchons abritent Vishnu.

Shesha- Ananta symbolise le potentiel d’Être qui demeure, après que le monde et ses habitants ont été formés et extraits des eaux primordiales. Le serpent cosmique Ananta apparaît comme le socle sur lequel repose le cosmos et la Terre qu’il soutient et entoure de ses anneaux…

D'après le dieu Vishnu et son épouse Lakshmi abrités par le serpent Ananta- Shesha, peinture, XVIIIe siècle, Inde ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après le dieu Vishnu et son épouse Lakshmi abrités par le serpent Ananta- Shesha, peinture, XVIIIe siècle, Inde ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Quand un kalpa s’achève, l’univers n’est pas complètement anéanti. Par sa danse cosmique, le dieu Shiva (ou Çiva) préside à la destruction du monde, ravagé par le feu ou submergé par les eaux, afin de laisser place à une nouvelle ère grâce à Vishnu le préservateur…

Du nombril de Vishnu surgit un lotus et Brahma…

Une longue période de résorption a lieu entre deux ères cosmiques. Le serpent Shesha- Ananta demeure alors, formant un lit de ses anneaux sur lequel repose le dieu Vishnu plongé dans un sommeil yogique. Du nombril de Vishnu surgit un lotus, et du lotus émerge Brahmâ le dieu créateur qui permet une recréation du monde.

D'après Vishnou reposant sur Ananta, haut-relief, temple de Vishnu, Deogarh, époque Gupta, IVe-VIe siècle, Uttar Pradesh, Inde ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après Vishnou reposant sur Ananta, haut-relief, temple de Vishnu, Deogarh, époque Gupta, IVe-VIe siècle, Uttar Pradesh, Inde ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

La sagesse d’Ananta

Brahmâ confie à Ananta la responsabilité de soutenir la Terre. Ananta se concentre aussi sur le dharma, soit la loi sous sa forme la plus noble (observances rituelles, valeurs religieuses, morales et culturelles) qui assure l’ordre du monde. Ananta est considéré comme le plus sage, le plus vertueux et le plus puissant des serpents mythiques…

D'après Vishnu reposant sur Ananta, le lotus et Brahma, fresque, début XVIIe siècle, palais du Raja Bir Singh Dev, Orchha, Madhya Pradesh, Inde ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après Vishnu reposant sur Ananta, le lotus et Brahma, fresque, début XVIIe siècle, palais du Raja Bir Singh Dev, Orchha, Madhya Pradesh, Inde ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

LA SPIRALE DE TLALOC « LE RUISSELANT »

La fécondité de la terre et des céréales

Ailleurs, dans le sanctuaire du dieu Tlaloc, dans le temple de Malinalco, au Mexique, des dalles sculptées représentent un motif de spirale et un labyrinthe en haut relief. Ces motifs sont peut-être en relation avec le ruissellement des eaux.

D’après une dalle sculptée, motif de spirale, sanctuaire de Tlaloc, temple de Malinalco, période Aztèque ou antérieure, Mexique, art précolombien. (Marsailly/Blogostelle)
D’après une dalle sculptée, motif de spirale, sanctuaire de Tlaloc, temple de Malinalco, période Aztèque ou antérieure, Mexique, art précolombien. (Marsailly/Blogostelle)

Tlaloc « le Ruisselant » est le plus puissant des dieux précolombiens. Les Aztèques dédiaient des sacrifices humains à cette divinité de la pluie, de la foudre, des typhons et des champs pour obtenir ses faveurs et sa protection. Tlaloc permet la fécondité des céréales et des terres. Il protège aussi contre des ouragans et certaines maladies.

NOMBRE D’OR ET SPIRALE D’OR

Philosophes, architectes et artistes se réfèrent au nombre d’or, « Phi », dont le nom s’inspire du grand sculpteur grec Phidias. Phi (lettre grecque φ) correspond au nombre 1,6180 (…) et symbolise l’harmonie parfaite dès l’antiquité grecque.

D'après le Parthénon, temple dédié à la déesse Athéna, élevé au Ve siècle avjc, premier classicisme, Grèce antique. (Marsailly/Blogostelle)
D’après le Parthénon, temple dédié à la déesse Athéna, élevé au Ve siècle avjc, premier classicisme, Grèce antique. (Marsailly/Blogostelle)

Phidias et le Parthénon

L’artiste athénien Phidias (480-430 avjc, Ve siècle avjc) supervise les décors sculptés du Parthénon, temple consacré à Athéna, déesse grecque de la sagesse et de la stratégie guerrière. Phidias réalise des statues colossales. Le Parthénon, situé sur l’acropole d’Athènes, possède une façade qui s’inscrit dans un rectangle d’or.

Phi désigne le nombre 1,618…

Nommé Phi (lettre grecque φ), le nombre 1,61803… symbolise l’harmonie parfaite d’une forme ou d’une construction. À l’époque de la Renaissance, Léonard de Vinci et bien d’autres artistes recherchent encore ardemment la proportion idéale. Léonard de Vinci construit ses tableaux en s’inspirant de figures géométriques et de la « section dorée » ou « divine proportion »…

D’après La Vierge aux rochers, Léonard De Vinci, 1483-1486, version du Louvre, Renaissance italienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après La Vierge aux rochers, Léonard De Vinci, 1483-1486, version du Louvre, Renaissance italienne. (Marsailly/Blogostelle)

Les compositions de Léonard de Vinci, telles La Vierge aux rochers ou La Sainte Anne s’inscrivent à l’intérieur de figures géométriques savamment étudiées par l’artiste. 

C’est quoi le nombre d’or?

C’est en 1932 que le prince roumain Matila Costiescu Ghyka , ingénieur et mathématicien (entre autres…) utilise le terme de « nombre d’or » pour le titre de son ouvrage Le nombre d’or – rites et rythmes pythagoriciens dans le développement de la pensée occidentale (1931).

D'après La Vierge aux rochers, Léonard De Vinci, Londres, Renaissance. (Marsailly/Blogostelle)
La Vierge aux rochers, Léonard De Vinci, 1491–1508, version de la National Gallery de Londres, Renaissance italienne. (Marsailly/Blogostelle)

Phi est un nombre irrationnel. Il est l’unique solution de l’équation X2 = X + 1, ce qui donne à peu près 1,61803398875… dont les décimales se suivent indéfiniment. Le principe de la proportion fondée sur le nombre d’or est connu dès l’antiquité grecque.

En version algébrique ce « nombre d’or » correspond à (1+√5)/2 (soit environ 1,618). Ce rapport de longueurs définit des proportions considérées comme un canon esthétique et la clé de l’harmonie d’une œuvre d’art…

D'après La Vierge, l'Enfant Jésus et sainte Anne, dit La Sainte Anne, de Léonard de Vinci, 1503 - 1519, Renaissance italienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après La Vierge, l’Enfant Jésus et sainte Anne, dit La Sainte Anne, de Léonard de Vinci, 1503 – 1519, Renaissance italienne. (Marsailly/Blogostelle)

Le pentagone de Pythagore

Pour le philosophe et mathématicien grec Pythagore (580- 490 avjc, VIe-Ve siècle avjc) et les Pythagoriciens tout est nombre. Leur emblème, le pentacle, est un pentagone (figure géométrique à 5 côtés) régulier étoilé inscrit dans un cercle. Un symbole relié à la présence multiple du nombre d’or dans la figure géométrique du pentagone…

Pythagore trace et découpe cinq triangles équilatéraux pour construire une pyramide à cinq faces. Il dessine les contours de la base de la pyramide ainsi obtenue et obtient un pentagone régulier.

D’après le pentacle pythagoricien, pentagone étoilé. (Marsailly/Blogostelle)
D’après le pentacle pythagoricien, pentagone étoilé. (Marsailly/Blogostelle)

Platon et Euclide

Au IVe siècle avjc, le philosophe grec Platon (vers 427- 348 ou 347 avjc) soutient que le beau s’exprime par des figures géométriques. Et le dodécaèdre (figure à douze faces) symbolise l’Univers.

Dans l’Antiquité Euclide, au IIIe siècle avjc, étudie les propriétés géométriques dans ses Éléments. Ce mathématicien grec définit les proportions des figures simples ainsi que celle du pentagone, à partir duquel on peut élaborer divers polyèdres complexes (figures géométriques en trois dimensions, à plusieurs faces et arêtes) tel le dodécaèdre.

D’après Apollon et Daphné, de Gian Lorenzo Bernini dit Le Bernin, Les métamorphoses d'Ovide, 1622-1625, marbre, XVIIe siècle, art Baroque. (Marsailly/Blogostelle)
D’après Apollon et Daphné, de Gian Lorenzo Bernini dit Le Bernin, Les métamorphoses d’Ovide, 1622-1625, marbre, XVIIe siècle, art Baroque. (Marsailly/Blogostelle)

En géométrie, la « section dorée » est une section qui coupe un segment en deux parties inégales, dont la plus grande est dans le même rapport au tout que la plus petite à la plus grande. Euclide nomme ce découpage « proportion de moyenne et d’extrême raison » (livre VI des Éléments).

L’élan spiralé du Bernin

Un groupe sculpté de Gian Lorenzo Bernini représente la métamorphose de Daphné en laurier pour échapper à Apollon. Dans ce chef-d’œuvre taillé dans le marbre, Le Bernin crée avec une grande virtuosité une dynamique du mouvement inédite, tel un élan spiralé…   

D’après Apollon et Daphné, de Gian Lorenzo Bernini dit Le Bernin, Les métamorphoses d’Ovide, 1622-1625, marbre, XVIIe siècle, art Baroque. (Marsailly/Blogostelle)

Phi et les lapins…

À l’époque médiévale, le mathématicien italien Fibonacci (Léonard de Pise, 1175-1250) crée une suite d’entiers, dite la suite de Fibonacci, dans laquelle chaque terme est la somme des deux termes qui le précèdent : on rencontre Phi dans l’étude de la croissance d’un couple de lapins proposée par Fibonacci…

D’après La Joconde, de Léonard de Vinci, 1503 - 1519, Florence, Renaissance Italienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après La Joconde, de Léonard de Vinci, 1503 – 1519, Florence, Renaissance Italienne. (Marsailly/Blogostelle)

« Section dorée » ou « divine proportion »

Vers 1500, Léonard de Vinci mentionne la « section dorée » (« sectio aurea »), dans son Traité de la peinture. En 1509, le moine italien franciscain et mathématicien Luca Pacioli, auteur de De divina proportione exalte le « partage en extrême et moyenne raison » qu’il nomme « divine proportion ».

Luca Pacioli loue les qualités de Phi et la « divine proportion » appliquées dans l’art : dans l’architecture, la peinture, la sculpture… Luca Pacioli publie trois manuscrits illustrés par Léonard de Vinci… La Joconde ou Gioconda, célèbre portrait de Lisa Gherardini, épouse de Francesco del Giocondo, dit aussi Mona Lisa s’inscrit dans la spirale d’or…

D’après le thème du rectangle d’or. (Marsailly/Blogostelle)
D’après le thème du rectangle d’or. (Marsailly/Blogostelle)

Principe philosophique et esthétique pour les artistes de la Renaissance, le nombre d’or, désigné aussi sous le nom de « section dorée » ou de « proportion dorée » symbolise la « divine proportion »…

Du rectangle d’or à la spirale d’or

Un rectangle d’or se définit par un rapport longueur-largeur égal à Phi. Si on soustrait à ce rectangle un carré, dont le côté correspond à sa largeur, le rectangle obtenu, plus petit, conserve ses proportions…

On peut construire une figure à partir d’un grand rectangle d’or : on retire un carré formé à partir du plus petit côté. Le rectangle plus petit ainsi obtenu constitue un rectangle d’or. Puis on retire encore le petit carré au petit rectangle d’or et on obtient un rectangle d’or encore plus petit…

D’après le thème de la spirale d’or. (Marsailly/Blogostelle)
D’après le thème de la spirale d’or. (Marsailly/Blogostelle)

On peut ainsi reproduire l’opération indéfiniment… Si on relie les côtés opposés des carrés, on obtient une spirale logarithmique, dite spirale d’or…

La longueur et la largeur d’un rectangle d’or sont incommensurables (une grandeur est incommensurable quand son rapport avec l’unité ne peut être exprimé ni par un nombre entier ni par une fraction). La spirale d’or obtenue se rencontre souvent dans la nature : vigne, écailles d’ananas ou de pommes de pins, tournesols, feuillages ou pétales, coquillages…

D’après La Naissance de Vénus, rectangle d'or, de Sandro Botticelli, 1484, Florence, XVe siècle, Renaissance italienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après La Naissance de Vénus, rectangle d’or, de Sandro Botticelli, 1484, Florence, XVe siècle, Renaissance italienne. (Marsailly/Blogostelle)

Art et « divine proportion »

Dans sa Naissance de Vénus, Sandro Botticelli utilise le rectangle d’or pour fonder certaines proportions de sa composition. Et les dimensions de son tableau (1,72 m x 2,78 m) correspondent aux rapports d’un rectangle d’or.

Des artistes de la Renaissance, comme Léonard de Vinci, Raphaël, Titien et Michel-Ange, intègrent le nombre d’or dans leurs compositions : rectangles, triangles, pentagrammes et spirales d’or fondent divers plans et détails…

D’après Le Doryphore (Porteur de lance), copie romaine en marbre (Ier -IIIe siècle), de l’original grec en bronze de Polyclète, vers 440 avjc, premier classicisme, Grèce antique. (Marsailly/Blogostelle)
D’après Le Doryphore (Porteur de lance), copie romaine en marbre (Ier -IIIe siècle), de l’original grec en bronze de Polyclète, vers 440 avjc, premier classicisme, Grèce antique. (Marsailly/Blogostelle)

Les proportions idéales de Polyclète

Le sculpteur grec et bronzier Polyclète (480 – 420 avjc), réalise un Doryphore (porteur de lance) vers 440 avjc. Si l’original en bronze a disparu, ce chef-d’œuvre de la statuaire est connu grâce à une copie romaine en marbre d’époque impériale (conservée à Naples en Italie).

Polyclète sublime la nudité masculine et élabore avec son Doryphore le canon de l’esthétique classique de la Grèce antique. Cet artiste et théoricien de l’art consigne les principes de son art dans son Canon, un traité sur la sculpture qui fera référence.

D’après Le Doryphore (Porteur de lance), copie romaine en marbre (Ier -IIIe siècle), de l’original grec en bronze de Polyclète, vers 440 avjc, premier classicisme, Grèce antique. (Marsailly/Blogostelle)
D’après Le Doryphore (Porteur de lance), copie romaine en marbre (Ier -IIIe siècle), de l’original grec en bronze de Polyclète, vers 440 avjc, premier classicisme, Grèce antique. (Marsailly/Blogostelle)

« La loi du nombre et de la mesure »

Polyclète explique que pour cette statue « toutes les parties seraient entre elles dans une proportion parfaite ». Son canon de beauté se fonde sur la loi du nombre et de la mesure, dont la source d’inspiration proviendrait de l’arithmétique pythagoricienne. 

Polyclète applique déjà un principe de proportion proche ou égal à celui de Phi. Ainsi le rapport entre la grande section et la petite section du rectangle d’or est le même que le rapport entre le tout et la grande section. Ce rapport est qualifié de « proportion divine » ou de « section dorée » et définit la beauté et l’harmonie parfaite d’une œuvre d’art…

D’après Le Doryphore (Porteur de lance), copie romaine en marbre (Ier -IIIe siècle), de l’original grec en bronze de Polyclète, vers 440 avjc, premier classicisme, Grèce antique. (Marsailly/Blogostelle)
D’après Le Doryphore (Porteur de lance), copie romaine en marbre (Ier -IIIe siècle), de l’original grec en bronze de Polyclète, vers 440 avjc, premier classicisme, Grèce antique. (Marsailly/Blogostelle)

Les proportions idéales de l’être humain

On retrouve le nombre d’or dans le corps humain illustré par le célèbre dessin de Léonard de Vinci Étude de proportions du corps humain selon Vitruve, symbole de l’humanisme de la Renaissance. L’être humain parfait s’inscrit à la fois dans un cercle et dans un carré. L’être humain est alors considéré comme le centre de l’Univers.

Selon Léonard de Vinci, les proportions idéales de l’être humain respectent le principe du nombre d’or : 1.618… Le rapport de la hauteur totale du corps humain à la hauteur du nombril est égal au nombre d’or. Et le nombril représente l’exact centre de la figure…

D'après Étude de proportions du corps humain selon Vitruve, de Léonard de Vinci, 1490, plume, XVe siècle, Gallerie dell'Accademia, Venise, Renaissance italienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après Étude de proportions du corps humain selon Vitruve, de Léonard de Vinci, 1490, plume, XVe siècle, Gallerie dell’Accademia, Venise, Renaissance italienne. (Marsailly/Blogostelle)

Vitruve : le « rapport mesuré » entre la partie et le tout

« L’agencement d’un édifice repose sur la symétrie à laquelle l’architecte doit apporter le plus grand soin. Or celle-ci naît de la proportion qu’on nomme en grec « ἀναλογία » (« analogie, proportion, participation, rapport »).

… La proportion repose sur le rapport mesuré qui existe entre une partie des membres d’un ouvrage et le tout et sur laquelle on règle les rapports de symétrie. En effet, il n’y a pas d’édifice qui puisse être bien agencé sans symétrie ni proportion ; il doit avoir la plus grande analogie avec un corps humain bien formé. » Vitruve, De architectura (vers 25 avjc).

D’après Composition A, Piet Mondrian, 1923, rectangles d’or, XXe siècle ; la façade de la cathédrale Notre-Dame de Paris, 1163-début XIVe siècle, gothique, restauration XIXe siècle, art médiéval ; et la pyramide de Khéops, plateau de Gizeh, vers 2930-2750 avjc, IVe dynastie, Ancien Empire, Saqqara, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Les cathédrales médiévales seraient imaginées par les bâtisseurs selon une « divine proportion ». Et déjà, l’élévation de la pyramide de Khéops au IIIe millénaire avjc, à Gizeh, en Égypte, possède des proportions voisines de celle du nombre d’or. Au XXe siècle encore, des artistes, tels Edgar Degas (1834-1917), Georges Seurat (1859 – 1891), Piet Mondrian (1872- 1944), Le Corbusier (1887 – 1965)… s’inspire encore des « divines proportions ».

Sommaire HISTOIRE DU SAC

Le nombre d’or par Christian Lambinet (Société Hyéroise d’Histoire et d’Archéologie) PDF :  as-lashha.com/medias/files/2007-11-21-cf-cl-nombredor.pdf. ENS : Le nombre d’or dans l’architecture grecque : mythe ou réalité ? archeologiesenchantier.ens.fr/spip.php?article40 ; et Le nombre d’or et la divine proportion : editions-ellipses.fr/PDF/9782340011731_extrait.pdf ; Nombre d’or, spirale et graphisme : aetherium.fr/nombre-or-logo-efficace/…

Publié par Maryse Marsailly

Blogostelle : Histoire de l'Art et du Sacré. Civilisations, chefs-d'œuvre, mythes, symboles..., tout un univers s'exprime dans les œuvres d'art.

2 commentaires sur « Le symbolisme de la spirale et de la « divine proportion » relève du Sacré »

  1. Je me suis régalée en lisant cet article !!! Il vient compléter différents travaux lus et entendus dans les différents lieux que je côtoie. Puis-je partager votre article ? Merci à vous et bonne soirée

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