Les mégalithes cristallisent une présence spirituelle

D'après des temples néolithiques, mégalithes. (Marsailly/Blogostelle)

Des chapelles de pierre, symbole d’éternité

L’originalité des peuples néolithiques de l’Europe de l’Ouest s’exprime dans leur art de construire des ensembles mégalithiques. Ces réalisations funéraires monumentales en pierres invitent à un sentiment de permanence éternelle… Et selon Mircea Eliade, cette civilisation se caractérise par le lien mystique qu’elle cultive entre les morts et les vivants…

Par Maryse Marsailly (@blogostelle)
– Dernière mise à jour octobre  2021 –

D'après un dolmen, allée couverte, Pierre-Folle de Montguyon, Charente-Maritime, France, mégalithes, néolithique. (Marsailly/Blogostelle)
D’après un dolmen, allée couverte, Pierre-Folle de Montguyon, Charente-Maritime, France, mégalithes, néolithique. (Marsailly/Blogostelle)

REPÈRES CHRONOLOGIQUES
Le mésolithique, vers 10 000 -8000 avjc. – Le néolithique, vers 8000 – 6000 avjc à 1800 avjc. Chronologie générale Néolithique-Âge du Bronze

LES BÂTISSEURS DU NÉOLITHIQUE RÉALISENT DES PROUESSES TECHNIQUES

De Carnac, en France, à Stonehenge, en Angleterre, en passant par Newgrange, en Irlande, et par l’île de Malte, en méditerranée, les mégalithes fleurissent en Europe occidentale et du Nord à l’époque néolithique. Les architectes de l’âge de la pierre polie sont des bâtisseurs…

D'après des alignements de menhirs, Carnac, mégalithes, Bretagne, France, néolithique. (Marsailly/Blogostelle)
D’après des alignements de menhirs, Carnac, mégalithes, Bretagne, France, néolithique. (Marsailly/Blogostelle)

On travaille avec des blocs de pierre de 300 tonnes…

Les constructeurs néolithiques font preuve d’une prouesse technique hors du commun pour édifier leurs imposants ouvrages de pierres. Ils sont capables de transporter des blocs de roche de 300 tonnes et de mouvoir des dalles en pierre d’une centaine de tonnes environ. Ces maîtres de la pierre réalisent trois types de mégalithes qui se dressent alors dans le paysage européen…

Mégalithe, menhir, cromlech, dolmen…

Le menhir. C’est une grande pierre fichée en terre dont la taille peut atteindre 20 mètres de haut en Bretagne, en France. Certains menhirs bretons isolés sont associés à des sépultures. Le mot menhir vient du breton men qui signifie pierre et hir qui signifie longue.

D’après un dolmen à couloirs de Roch-Feutet, Carnac, et des menhirs, fichés en terre, Bretagne, France ; et un dolmen irlandais ; mégalithes, néolithique. (Marsailly/Blogostelle)

Le cromlech. C’est une composition d’ensemble avec des menhirs disposés en cercle ou en demi-cercle comme à Stonehenge, en Angleterre, ou sous la forme d’alignements parallèles comme à Carnac, en France. Cromlech vient du breton crom qui signifie cercle et courbe, et lech qui signifie lien.

Le dolmen. C’est une immense dalle de pierre soutenue par des pierres levées organisées de manière à constituer un espace clos, comme une chambre ou un couloir. Beaucoup de dolmens ont perdu le tertre qui les couvrait à l’origine. Dolmen vient du Breton dol qui signifie table et men qui signifie pierre.

D'après les mégalithes de Stonehenge, entre 3700 et 1600 avjc, Avebury, Angleterre, néolithique et âge du Bronze. (Marsailly/Blogostelle)
D’après les mégalithes de Stonehenge, entre 3700 et 1600 avjc, Avebury, Angleterre, néolithique et âge du Bronze. (Marsailly/Blogostelle)

Les peuples néolithiques érigent des dolmens-sépultures

Les dolmens néolithiques peuvent abriter jusqu’à une centaine de défunts, et plusieurs générations d’une même famille néolithique peuvent ainsi reposer ensemble…

Ces sépultures mégalithiques sont à l’origine recouvertes d’un tertre parfois gigantesque. On les rencontre aussi sous la forme d’allées couvertes, faites d’un long couloir couvert de dalles.

Plusieurs générations d’un même groupe familial sont ainsi réunies. Les grandes dalles de pierre peuvent porter des décors gravés et certaines parois de chambres funéraires ont conservé des restes de peintures. La tombe peut aussi contenir quelques sculptures ou un pilier central.

D'après le dolmen de Gavrinis, couloirs et dalles orthostates , vers 3500 ans avjc, Morbihan, Bretagne, France, IVe millénaire avjc, néolithique. (Marsailly/Blogostelle)
D’après le dolmen de Gavrinis, couloirs et dalles orthostates , vers 3500 ans avjc, Morbihan, Bretagne, France, IVe millénaire avjc, néolithique. (Marsailly/Blogostelle)

LA PIERRE, SYMBOLE DE PÉRENNITÉ

L’âme des défunts possède un corps minéral impérissable

Le dolmen de Gavrinis, dans le Morbihan, en Bretagne, repose sur des structures en couloirs avec des grandes dalles. Ces dalles orthostates sont ornées de décors gravés, avec notamment des motifs de méandres et de serpents… L’âme des défunts semble animer la pierre, possédant un corps minéral impérissable…

La pierre, symbole de l’immuable et de l’intemporel

Si les habitats néolithiques construits en matériaux périssables sont plutôt modestes et éphémères, les dernières demeures des défunts, construites en pierres, sont indestructibles et intemporelles…

D'après la Table des Marchand, dolmen à couloirs, Locmariaquer- Gavrinis, haches gravées et menhir orné, Bretagne, France, néolithique. (Marsailly/Blogostelle)
D’après la Table des Marchand, dolmen à couloirs, Locmariaquer- Gavrinis, haches gravées et menhir orné, Bretagne, France, néolithique. (Marsailly/Blogostelle)

La pierre possède une valeur symbolique universelle. Dans de nombreuses traditions sacrées ou mythologiques, le rocher, la dalle en pierre, le bloc de granit…, représentent la permanence, l’infinie durée, l’incorruptibilité et l’immortalité. La pierre renvoie à une existence au-delà du temps en devenir.

Si vous aviez choisi la pierre…

Un mythe indonésien raconte de quelle manière Dieu envoie une pierre au couple primordial qui la refuse avant d’accepter une banane. La voix du créateur se fait entendre : « votre vie sera comme la vie de ce fruit, si vous aviez choisi la pierre, votre vie aurait été comme celle de la pierre, immuable et immortelle… »

D'après le dolmen-table de Grandmont, Languedoc-Roussillon, France, mégalithes, néolithique. (Marsailly/Blogostelle)
D’après le dolmen-table de Grandmont, Languedoc-Roussillon, France, mégalithes, néolithique. (Marsailly/Blogostelle)

MÉANDRES, SERPENTS, SPIRALES, HACHES…

Le rythme cyclique de la végétation

Au néolithique, les premiers agriculteurs découvrent le rythme cyclique de la vie végétale. Leur imaginaire peut alors assimiler l’existence humaine, fragile et éphémère à celle des plantes… qui renaissent au printemps.

Les êtres humains comme les végétaux semblent soumis au cycle naissance, mort et renaissance. On peut comprendre que les mégalithes permettent de sublimer l’existence humaine qui, dans la mort, accède à la force, à la puissance et à la pérennité incarnées par la pierre.

Les morts sont peut-être ainsi mystiquement liés aux mégalithes. Ils partagent la destinée des semences qui retournent au sein de la Terre avant de renaître…

D’après des dalles orthostates, décor de méandres et de serpents, dolmen de Gavrinis, 3500 avjc ; Morbihan, Bretagne, France ; néolithique. (Marsailly/Blogostelle)

Sur une dalle-menhir du dolmen de Gavrinis, l’artiste néolithique grave des motifs de méandres et de serpents. Les méandres peuvent évoquer l’eau, bienfaitrice pour les cultures. Et dans diverses civilisations anciennes, les serpents, qui se rattachent au monde souterrain et au terreau, symbolisent la fertilité…

Voir aussi l’article Les cultivateurs néolithiques sacralisent la végétation

Des signes et des symboles

Les monuments mégalithiques de l’Europe occidentale et de la péninsule ibérique ont en commun certains éléments iconographiques. Parmi les signes ou les symboles qui se déploient sur les décors, les plus fréquents sont les soleils rayonnants, les rouelles, les spirales, les méandres…

D’après un autel en pierre, à motifs de spirales, temples de Tarxien, Hal Saflieni, IVe- IIIe millénaire avjc, Malte ; un triscèle à spirales, mégalithes de Newgrange, Irlande, IVe millénaire avjc ; et des graphismes spiralés, peintures pariétales, hypogée de Hal Saflieni, IVe – IIIe millénaire avjc, Malte ; néolithique. (Marsailly/Blogostelle)

On rencontre aussi fréquemment le motif de la hache, un attribut spécifique des divinités de l’orage, et la pluie de l’orage féconde la terre et la rend fertile.

La hache est aussi interprétée comme un insigne de pouvoir ou d’autorité. De son côté, le serpent, symbole de vie, est associé à des figures d’ancêtres. Le cerf et les cornes de bovidé sont également des images fréquentes à l’époque néolithique…

D’après des haches, Table des Marchand, Locmariaquer, Gavrinis, 3500 ans avjc, Morbihan, Bretagne, France, IVe millénaire avjc, néolithique. (Marsailly/Blogostelle)

Ces thèmes iconographiques se rencontrent dans diverses contrées et cultures dans le monde, et à des périodes différentes. Le patrimoine artistique – et peut-être mythique – commun aux peuples néolithiques de l’Europe inspire encore fortement les artistes des âges du Bronze et du Fer…

Voir aussi les articles La Hache, symbole foudroyant et universel et La spirale, symbole cosmique et initiatique

LES MÉGALITHES, MONUMENTS-CATHÉDRALES CONSACRÉS AUX ANCÊTRES?

Il semble que les peuples néolithiques bâtisseurs de mégalithes vouent un important culte à leurs ancêtres, pour qui ils n’hésitent pas à mettre en œuvre des chantiers colossaux. Clé de voûte de la vie spirituelle, ce culte implique la croyance en la survie de l’âme et en la puissance des aïeux…

D'après le tumulus de Newgrange, domaine à couloirs et dalles mégalithiques, vers 3200 avjc, Irlande, IVe millénaire avjc, néolithique. (Marsailly/Blogostelle)
D’après le tumulus de Newgrange, domaine à couloirs et dalles mégalithiques, vers 3200 avjc, Irlande, IVe millénaire avjc, néolithique. (Marsailly/Blogostelle)

On cultive un esprit de communion avec les défunts

Une forme de communion spirituelle avec les ancêtres distingue la civilisation néolithique en l’Europe de l’Ouest. Cette attitude diffère de celles que l’on peut rencontrer dans d’autres civilisations néolithiques.

Au Proche-Orient et en Europe centrale, on prend garde à bien séparer le monde des vivants de celui des morts. En Mésopotamie, chez les Hittites, les Hébreux et les Grecs, les morts sont imaginés comme des ombres impuissantes, et parfois errantes ou malheureuses…

Des ancêtres protecteurs et des activités rituelles ?

Chez les peuples traditionnels qui vouent un culte aux ancêtres et aux morts, des cérémonies, des danses, des processions, des sacrifices et des offrandes de nourriture et de boisson accompagnent les pratiques cultuelles.

D'après un dolmen-table, mégalithes, Irlande, néolithique. (Marsailly/Blogostelle)
D’après un dolmen-table, mégalithes, Irlande, néolithique. (Marsailly/Blogostelle)

On peut donc imaginer, au cours du néolithique, des activités sacrificielles et des repas rituels auprès des monuments mégalithiques funéraires. Ainsi, les défunts peuvent apporter aide et protection aux vivants…

Projetés au cœur de la matière des édifices en pierre, les ancêtres peuvent être assimilés à des maîtres de la fertilité et de la prospérité. Leur puissance spirituelle serait bénéfique pour la communauté…

Un « corps de pierre » accueille l’âme des défunts?

Parmi les édifications néolithiques, certains mégalithes ne sont pas associés directement à des sépultures. Et parfois des menhirs se dressent, isolés. Ce sont peut-être des « corps de pierre », immuables et incorruptibles destinés à recevoir l’âme du défunt…

D’après des statues-menhirs, avec parures, Aveyron, France, néolithique. (Marsailly/Blogostelle)

Les menhirs sont quelquefois sculptés à l’effigie d’un personnage : substituts corporels ou demeures de pierre des défunts ?

Dès le IVe millénaire avjc, des communautés néolithiques installent de grandes dalles en pierre de forme anthropomorphe dans certains dolmens. Et des statuettes peuvent être déposées dans des tombes. Il est possible que ces images, très stylisées, figurent des ancêtres…

Voir aussi l’article Le néolithique : agriculture, céramiques, statuettes, menhirs…

Le « trou des âmes », du monde des morts à celui des vivants…

Parmi les constructions mégalithiques, on peut apercevoir parfois de gigantesques pierres trouées appelées dans les traditions Trous des âmes. Ce nom évoque un passage et la possibilité d’une communication entre le monde des morts et celui des vivants…

D'après le dolmen dit Men-an-Tol, Cornouailles, Cornwall, Royaume-Uni, mégalithes, néolithique. (Marsailly/Blogostelle)
D’après le dolmen dit Men-an-Tol, mégalithes, Cornouailles, Cornwall, Royaume-Uni, néolithique. (Marsailly/Blogostelle)

On pense aussi aux croyances qui racontent comment l’âme des ancêtres peut parfois s’échapper de sa sépulture. Comme dans la pensée égyptienne pour qui l’âme du défunt se métamorphose en oiseau et peut quitter sa tombe pour aller profiter du soleil…

Le mégalithe, un concentré de vitalité spirituelle

Les monuments mégalithiques semblent répondre au principe originel et fondateur de la transmutation en pierre des ancêtres. Le menhir devient le support privilégié pour accueillir l’âme du défunt, alors que les dolmens intègrent en leur structure même les éléments essentiels du mort, les cendres ou les ossements.

D'après une paroi peinte, chambre dite des oracles, hypogée de Hal Saflieni, IVe - IIIe millénaire avjc, Malte, néolithique. (Marsailly/Blogostelle)
D’après une paroi peinte, chambre dite des oracles, hypogée de Hal Saflieni, IVe – IIIe millénaire avjc, Malte, néolithique. (Marsailly/Blogostelle)

L’âme des défunts anime la pierre et habite un corps minéral impérissable. On imagine que pour les vivants, les menhirs et les sépultures mégalithiques forment un concentré de puissance et de vitalité spirituelle… Par ailleurs, des complexes mégalithiques forment des sanctuaires néolithiques…

L’IMAGINATION COLLECTIVE VALORISE L’ESPACE SACRÉ, CONSIDÉRÉ COMME LE CENTRE DU MONDE

À la différence du sanctuaire qui n’abrite pas de sépultures, l’hypogée néolithique réunit en un même espace sacré une nécropole et un centre cérémoniel, telle une chapelle, comme à Hal Saflieni sur l’île de Malte…

D'après les temples de Tarxien, mégalithes, Hal Saflieni, IVe- IIIe millénaire avjc, Malte, sanctuaire néolithique. (Marsailly/Blogostelle)
D’après les temples de Tarxien, mégalithes, Hal Saflieni, IVe- IIIe millénaire avjc, Malte, sanctuaire néolithique. (Marsailly/Blogostelle)

La Terre et le Ciel communiquent au Centre du Monde…

À la lumière de l’histoire des religions, les lieux sacrés des anciennes civilisations sont dédiés à l’organisation de cérémonies, de processions, de rites, de chorégraphies rituelles…

Comme on peut le voir dans d’autres cultures, il est probable que les complexes mégalithiques européens représentent un espace sacré : une cité, un sanctuaire ou un temple.

La valorisation de l’espace sacré se rattache au symbolisme du Centre du Monde. C’est un lieu de communication entre la Terre et le Ciel, entre ici-bas et le monde souterrain, tellurique, où règnent les divinités chthoniennes et les esprits des morts…

D'après les mégalithes de Stonehenge, entre 3700 et 1600 avjc, Avebury, Angleterre, néolithique et âge du Bronze. (Marsailly/Blogostelle)
D’après les mégalithes de Stonehenge, entre 3700 et 1600 avjc, Avebury, Angleterre, néolithique et âge du Bronze. (Marsailly/Blogostelle)

On peut circuler nombreux dans les espaces sacrés…

Sur les sites de Stonehenge, en Angleterre, et de Carnac, en France, les architectes néolithiques ont pensé une organisation de l’espace fondée sur d’immenses aires de circulation…

On imagine des rassemblements importants pour des cérémonies, des danses, des processions, des sacrifices… Le centre mégalithique de Stonehenge s’implante au sein d’un vaste champ de tumulus funéraires, il est donc probablement en étroite relation avec les défunts et les ancêtres…

LES TEMPLES NÉOLITHIQUES DE MALTE

Malte, une île sacrée au néolithique ?

Certains auteurs expliquent le nombre important de temples mégalithiques érigés à Malte, aux IVe et IIIe millénaire avjc, par le fait qu’il s’agit peut-être d’une île sacrée à l’époque néolithique. Pas moins de dix-sept temples ont été mis au jour…

DD'après les sanctuaires de Tarxien, mégalithes, Hal Saflieni, IVe- IIIe millénaire avjc, Malte, néolithique. (Marsailly/Blogostelle)
D’après les sanctuaires de Tarxien, mégalithes, Hal Saflieni, IVe- IIIe millénaire avjc, Malte, néolithique. (Marsailly/Blogostelle)

De grandes terrasses sont édifiées devant ou entre les temples et sont propices à l’organisation de cérémonies, de processions ou de chorégraphies rituelles. Les parois des temples sont ornées de spirales en bas-relief…

Des complexes mégalithiques taillés dans le calcaire

Les temples mégalithiques de Malte sont édifiés au cours des IVe et IIIe millénaire avjc, taillés dans du calcaire dur, plus tendre à l’intérieur. Ils figurent parmi les premiers édifices construits en pierre indépendants de tout support existant.

D'après l'enceinte des temples de Tarxien, mégalithes, Hal Saflieni, IVe- IIIe millénaire avjc, Malte, néolithique. (Marsailly/Blogostelle)
D’après l’enceinte des temples de Tarxien, mégalithes, Hal Saflieni, IVe- IIIe millénaire avjc, Malte, néolithique. (Marsailly/Blogostelle)

La forme, le plan et le mobilier archéologique découvert à l’intérieur de ces sanctuaires permettent d’imaginer là un important centre cultuel, accueillant les pratiques rituelles d’une société sans doute très organisée.

Chaque temple néolithique de Malte se distingue par une architecture particulière, par son plan, ses techniques de construction et ses décors. Une avant-cour elliptique précède chaque monument. La façade concave et les murs intérieurs sont constitués de dalles orthostates, de grandes pierres verticales surmontées de blocs.

Des espaces semi-circulaires

D'après l'hypogée de Hal Saflieni, creusée dans la roche, chambres funéraires, IVe- IIIe millénaire avjc, Malte, néolithique. (Marsailly/Blogostelle)
D’après l’hypogée de Hal Saflieni, creusée dans la roche, chambres funéraires, IVe- IIIe millénaire avjc, Malte, néolithique. (Marsailly/Blogostelle)

Des vestiges indiquent que ces édifices possédaient des toits à encorbellement, sans doute couverts de poutres. L’entrée des temples de Malte se fait au centre de la façade, conduisant par un passage monumental à une cour pavée.

Pour assurer la cohésion des structures architecturales, les bâtisseurs comblent les espaces entre les murs extérieurs de blocs de pierre et les murs des chambres, à l’intérieur, par des pierres et de la terre. L’intérieur des édifices se compose de chambres semi-circulaires (absides), symétriquement disposées de part et d’autre de l’axe principal.

Un grand savoir-faire technique

D'après un autel en pierre, à motifs de spirales, temples de Tarxien, mégalithes, Hal Saflieni, IVe- IIIe millénaire avjc, Malte, néolithique. (Marsailly/Blogostelle)
D’après un autel en pierre, à motifs de spirales, temples de Tarxien, mégalithes, Hal Saflieni, IVe- IIIe millénaire avjc, Malte, néolithique. (Marsailly/Blogostelle)

Le nombre de chambres varie d’un monument à l’autre – de trois à six absides –, avec ouverture sur une cour centrale ou une succession de cours. Les décors témoignent d’un grand savoir-faire technique, avec des panneaux ornés de trous percés, des sculptures et des bas-reliefs avec motifs de spirales, d’arbres, de plantes, d’animaux…

De la France à L’Espagne, une Déesse protectrice des morts…

En France comme en Espagne, apparaissent les traces d’un culte de la Déesse comme protectrice des défunts. À Malte, on peut rencontrer l’association architecture mégalithique, culte des morts et Grande Déesse.

D’après une statuette féminine, pierre, Xaghra Circle, Gozo, 3150-2500 avjc ; une statuette, femme ou déesse endormie, dos, terre cuite, Hal Saflieni ; et un fragment de statue féminine, pierre, temples de Tarxien, mégalithes de Hal Saflieni ; IVe -IIIe millénaire avjc, Malte, néolithique. (Marsailly/Blogostelle) ; et

Dans le temple, les vivants pénètrent dans le corps de la déesse…

Les constructions de Malte abritent des sculptures en pierre. On y voit de surprenantes statuettes de femmes couchées sur le côté, comme endormies, et des grandes statues féminines type Grande Déesse. Des images probables, toute en rondeurs, de la Déesse-Mère ou de la Terre-Mère…

D'après une statuette, femme ou déesse endormie, terre cuite, Hal Saflieni, IVe -IIIe millénaire avjc, Malte, néolithique. (Marsailly/Blogostelle)
D’après une statuette, femme ou déesse endormie, terre cuite, Hal Saflieni, IVe -IIIe millénaire avjc, Malte, néolithique. (Marsailly/Blogostelle)

La structure même du sanctuaire de Malte suggère la forme curviligne du rein ou de la matrice féminine. Et les statuettes de femmes couchées sur le côté évoquent un rite d’incubation.

Entrer dans le temple équivaut à pénétrer dans le ventre de la Terre ou dans la matrice de la déesse chthonienne… La forme des tombes creusées dans la roche rappelle également la forme de la matrice féminine.

Les défunts inhumés au sein de la Terre sont-ils promis à renaître de ses entrailles ou à accéder à une nouvelle vie? Comme dans les cultes à mystère, les vivants entrent dans le corps de la déesse en pénétrant dans les sanctuaires…

D’après une statue féminine aux formes plantureuses, sculpture en pierre, possible déesse-mère, et l’hypogée de Hal Saflieni creusée dans la roche, chambres funéraires ; IVe- IIIe, millénaire avjc, Malte, néolithique. (Marsailly/Blogostelle)

Le culte des morts et des ancêtres?

Les fouilles archéologiques à Malte ont confirmé l’existence d’un culte élaboré. On procède à des sacrifices d’animaux, on dépose des offrandes de nourriture, on fait des libations qui sont des offrandes d’huile ou de boisson, on pratique des rites d’incubation et de divination…

Toute cette organisation laisse imaginer un groupe sacerdotal important voire puissant. Il est probable que le culte des morts et des ancêtres soit la clé de la vie spirituelle au néolithique.

D'après l'hypogée de Hal Saflieni, creusée dans la roche, chambres funéraires, IVe- IIIe millénaire avjc, Malte, néolithique. (Marsailly/Blogostelle)
D’après l’hypogée de Hal Saflieni, creusée dans la roche, chambres funéraires, IVe- IIIe millénaire avjc, Malte, néolithique. (Marsailly/Blogostelle)

Plusieurs milliers de défunts reposent dans la nécropole de Hal Saflieni

L’hypogée de Hal Saflieni à Malte renferme les ossements de quelque 7000 défunts installés dans des chambres taillées dans la roche. Comme dans d’autres monuments mégalithiques, les parois intérieures sont enrichies de décors gravés ou peints.

Les lignes de ces lieux sacrés évoquent la matrice féminine… Les chambres funéraires débouchent sur une grande cella, un espace sans doute consacré aux activités cérémonielles…

D’après l’hypogée de Hal Saflieni, peintures pariétales, IVe- IIIe millénaire avjc, Malte, néolithique. (Marsailly/Blogostelle)

Les chambres funéraires débouchent sur une vaste et large salle. Cet espace, consacré sans doute à des cérémonies religieuses ou rituelles, est pourvu de paravents modelés. Ce mobilier mobile permet d’organiser une séparation, peut-être pour délimiter une zone non accessible aux profanes et réservée aux seuls prêtres ou initiés…

EN OCCIDENT, LES PEUPLES NÉOLITHIQUES SACRALISENT LA PIERRE

Si la fonction symbolique et spirituelle des mégalithes (controversée) reste mystérieuse, la civilisation mégalithique européenne exprime une fascination manifeste pour la roche. Les mégalithes renvoient à une notion de pérennité. Ils évoquent une exaltation pour le monde des ancêtres, associés ou assimilés aux pierres…

D'après des alignements de menhirs, pierres fichées en terre, Carnac, Bretagne, France, néolithique. (Marsailly/Blogostelle)
D’après des alignements de menhirs, pierres fichées en terre, Carnac, Bretagne, France, néolithique. (Marsailly/Blogostelle)

Des sépultures mégalithiques en Bretagne avant 4000 ans avjc
Il semble que le phénomène mégalithique européen soit le fruit d’une création originale autochtone. Dolmens et menhirs précèdent les apports venus du monde méditerranéen.

Les datations relevées grâce à la radioactivité du carbone et à la dendrochronologie (l’âge des arbres) révèle que l’on construit des sépultures mégalithiques en Bretagne, en France, avant 4000 ans avjc, et avant 3000 ans avjc en Angleterre et au Danemark.

Stonehenge connaît ses derniers remaniements entre 2100 et 1900 avjc, achevé avant Mycène aux murailles cyclopéennes, en Grèce, vers les XVe – XIIe siècle avjc. L’édification du temple du Tarxien et de l’hypogée de Hal Saflieni, à Malte, s’achève avant 2000 ans avjc…

D’après les sanctuaires de Mnajdra et de Ggantija, complexes mégalithiques de Malte, Hal Saflieni ; IVe -IIIe millénaire avjc, Malte ; et les mégalithes de Stonehenge, entre 3700 et 1600 avjc, Avebury, Angleterre ; néolithique (Marsailly/Blogostelle)

Le mégalithe concrétise les liens entre les morts et les vivants

Les mégalithes néolithiques existent en Europe et en Méditerranée, mais aussi au Proche-Orient et en Orient, jusqu’en Corée et au Tibet… La vie spirituelle des peuples mégalithiques semble fondée sur la croyance en un mode d’existence après la mort.

Voir aussi l’article Le temps des Mégalithes, un souffle d’éternité

Les mégalithes assurent l’immortalité aux défunts mais aussi aux vivants qui les édifient. Ils cristallisent le lien entre le monde des morts et celui des vivants. Les mégalithes abritent les âmes des ancêtres qui favorisent la fertilité de la terre, des hommes et des animaux, qui protègent la communauté et amènent les bonnes récoltes…

D'après des menhirs, mégalithes fichés en terre, Carnac, Bretagne, France, néolithique. (Marsailly/Blogostelle)
D’après des menhirs, mégalithes fichés en terre, Carnac, Bretagne, France, néolithique. (Marsailly/Blogostelle)

La mémoire de la communauté figée dans la pierre…

Dans toutes les cultures mégalithiques, le culte des ancêtres semble essentiel, comme on le rencontre encore au XXe siècle en Indonésie. Les lieux où se dressent les mégalithes sont des espaces cultuels qui peuvent accueillir un grand nombre de personnes pour des cérémonies, des sacrifices et des danses rituelles.

Les espaces mégalithiques sont aussi des centres qui consolident et cristallisent la cohésion sociale. La généalogie, également, a un rôle important dans la vie culturelle. La mémoire de la communauté est figée dans la pierre…

D’après des mégalithes funéraires, à Bori, Indonésie. (Marsailly/Blogostelle)

Les peuples néolithiques de l’Europe de l’Ouest sacralisent la pierre

Si la vie religieuse de l’Europe néolithique reste une énigme, la sacralité de la pierre se manifeste clairement dans la civilisation mégalithique.

La fascination pour les énormes masses de roche, la volonté de transformer les sépultures collectives en monuments impressionnants voire spectaculaires et indestructibles, l’édification d’espaces sacrés en alignements ou en cercle… singularisent le monde culturel des peuples néolithiques européens.

D'après une statuette féminine, pierre sculptée, 3200 avjc, temple de Hagar Qim, IVe- IIIe, millénaire avjc, Malte, néolithique. (Marsailly/Blogostelle)
D’après une statuette féminine, pierre sculptée, 3200 avjc, temple de Hagar Qim, IVe- IIIe, millénaire avjc, Malte, néolithique. (Marsailly/Blogostelle)

Contrairement aux cultures d’autres contrées où les morts évoluent dans un monde bien à part et à l’écart, il semble que les mégalithes donnent aux défunts et aux ancêtres une puissance spirituelle exceptionnelle partagée par les vivants…

En Europe, comme pour les civilisations de la Méditerranée, après la longue période du néolithique, l’humanité franchit une nouvelle étape culturelle. Les artisans mettent au point la métallurgie du cuivre au chalcolithique (IIIe millénaire avjc), puis celle du bronze (alliage de cuivre et d’étain) au IIe millénaire avjc…

Article suivant  Des artisans du cuivre aux métallurgistes du Bronze

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Publié par Maryse Marsailly

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