Préhistoire, le temps de Neandertal au paléolithique moyen

D'après la préhistoire, Neandertal, paléolithique. (Marsailly/Blogostelle)

Les outils des chasseurs-cueilleurs

L’homme de Neandertal s’impose en Europe où il déploie son ingéniosité. Au paléolithique moyen, Neandertal affine la technique de taille du silex, diversifie son outillage, inhume ses morts… Suite à l’avènement d’Homo sapiens sapiens, avec lequel il cohabite environ 2000 ans, Neandertal finit par disparaître vers 32 000 avjc…

Par Maryse Marsailly (@blogostelle)
Dernière mise à jour 17 octobre 2022 –

D'après des racloirs, de forme plate, silex taillé, moustérien, paléolithique moyen. (Marsailly/Blogostelle)
D’après des racloirs, de forme plate, silex taillé, moustérien, paléolithique moyen. (Marsailly/Blogostelle)

REPÈRES CHRONOLOGIQUES; – Paléolithique inférieur : des origines à 100 000 avjc. Hominidés, Homo Habilis, Homo Erectus, Homo sapiens (vers 300 000 avjc). – Paléolithique moyen :  vers 100 000 à 40 000/35 000 avjc. Neandertal vers 120 000 avjc – Paléolithique supérieur : 40 000/35 000 avjc à 10 000 avjc. Homo sapiens sapiens -extinction de Neandertal.  Chronologie Préhistoire

LES TAILLEURS DE PIERRE DU MOUSTÉRIEN

Au paléolithique moyen, les néandertaliens développent leur panoplie d’outils. Ils taillent dans le silex de nombreux racloirs, des pointes, des outils à dentelures ou à encoches, des bifaces variés…

D'après des racloirs, moustérien, paléolithique. (Marsailly/Blogostelle)
D’après des racloirs, silex taillé, moustérien, paléolithique moyen. (Marsailly/Blogostelle)

Le racloir, outil-symbole de Neandertal

Neandertal émerge vers 500 000 ans avjc et des Homo sapiens laissent des traces vers 300 000 ans avjc. Ces populations se répandent en Europe et au Proche-Orient. Neandertal domine en Europe. Vers 100 000 avjc, l’industrie du moustérien, qui contient de très nombreux racloirs, prédomine.

Le racloir, un outil soigneusement taillé et retouché

Les néandertaliens fabriquent de nombreux racloirs. Ces outils en silex sont savamment retouchés de manière régulière pour obtenir des angles tranchants. Le racloir est constitué d’un éclat de silex de forme plus ou moins aplatie.

Une ou plusieurs arêtes sont retouchées. Son bord le plus épais permet de le maintenir bien en main. Les racloirs servent à dépecer le gibier, à trancher de la viande, à racler des peaux, à enlever l’écorce des arbres…

D’après la reconstitution d’un campement néandertalien : lieux de repos, foyer, ateliers (taille du silex, fabrication de sagaies…), aire de débitage de la viande, paléolithique. (Marsailly/Blogostelle)
D’après la reconstitution d’un campement néandertalien : lieux de repos, foyer, ateliers (taille du silex, fabrication de sagaies…), aire de débitage de la viande, paléolithique. (Marsailly/Blogostelle)

Neandertal organise son espace de vie

Quand le temps devient plus clément, les néandertaliens quittent leur abri temporaire. Les chasseurs-cueilleurs préhistoriques commencent à exploiter la faune et la flore qui les entourent…

La reconstitution d’un camps néandertalien délimité par des blocs de pierre illustre la vie quotidienne et l’organisation de l’espace dans ce type d’habitat (source Inrap).

Ainsi, des espaces de repos côtoient divers ateliers (taille du silex, fabrication de sagaies…), le foyer et une aire de débitage de la viande. Cette reconstitution s’appuie sur les fouilles d’un abri du Moustérien, à l’époque de Neandertal (site « La Folie », Poitiers, France).

D'après un biface moustérien, de forme triangulaire, silex taillé, paléolithique moyen. (Marsailly/Blogostelle)
D’après un biface moustérien, de forme triangulaire, silex taillé, paléolithique moyen. (Marsailly/Blogostelle)

Le site éponyme de Moustier en Dordogne

En France, deux abris sous roche sont découverts sur la commune de Peyzac-le-Moustier, en Dordogne, non loin des Eyzies-de-Tayac. À cette époque, le froid lié à la glaciation de Würm oblige hommes, femmes et enfants à trouver refuge en hiver dans des grottes, des abris sous roche et des cavités.

Des éclats de silex pour créer des outils

Les plus anciens outils préhistoriques, sans doute en bois et donc périssables, ont disparu. Seul le travail de la taille de la pierre témoigne des premières activités humaines. Au paléolithique moyen, il existe plusieurs cultures moustériennes…

C’est le nombre proportionnel d’un type d’outil et la diversité de ses formes qui distinguent un groupe culturel. Les tailleurs néandertaliens façonnent des éclats de silex à l’aide de la technique Levallois.

D'après un biface moustérien, taillé en amande, silex, paléolithique moyen. (Marsailly/Blogostelle)
D’après un biface moustérien, taillé en amande, silex, paléolithique moyen. (Marsailly/Blogostelle)

La panoplie des outils se diversifie avec des objets utiles pour trancher, couper, racler… On utilise toujours des bifaces, mais leur façonnage et le travail de retouche devient beaucoup plus soigné…

On parcourt de longues distances pour s’approvisionner

Les hommes du paléolithique moyen n’hésitent pas à se déplacer sur plusieurs kilomètres – parfois jusqu’à 100 km – pour trouver la matière première nécessaire à la fabrication de leurs outils.

Les tailleurs de pierre néandertaliens fabriquent des burins, des grattoirs et des racloirs. Pour créer des burins, ils enlèvent deux lames. Ils retouchent les grattoirs sur leur petit côté et travaillent les racloirs sur un long côté.

D'après un campement paléolithique, préhistoire. (Marsailly/Blogostelle)
D’après un campement paléolithique, préhistoire. (Marsailly/Blogostelle)

Silex, os, bois de renne…

Pointes et armes composites…

Au paléolithique moyen, les artisans de la préhistoire fabriquent déjà des pointes à partir de différents matériaux, tels le silex, l’os et le bois de renne. Les pointes sont surtout destinées à la création d’armes composites.

Au néolithique encore, on rencontrera des pointes en silex, notamment pour armer des flèches. Il faut attendre la période chalcolithique (à partir du IVe-IIIe millénaire avjc), puis celle de l’âge du bronze, pour trouver des pointes en métal.

D'après des racloirs épais, silex taillé, moustérien, paléolithique moyen. (Marsailly/Blogostelle)
D’après des racloirs épais, silex taillé, moustérien, paléolithique moyen. (Marsailly/Blogostelle)

Des hachereaux tranchants

Les artisans néandertaliens façonnent aussi des hachereaux, qui permettent de creuser et de trancher. On taille le hachereau à partir d’un éclat avant de le retoucher sur deux bords. Souvent de grande dimension, cet outil peut mesurer entre 15 et 25 centimètres.

Le hachereau porte souvent un long tranchant ébréché par un emploi répété… Le racloir quant à lui possède un tranchant plus ou moins aigu et sa retouche est souvent écailleuse.

D'après un hachereau, silex taillé, moustérien, paléolithique moyen. (Marsailly/Blogostelle)
D’après un hachereau, silex taillé, moustérien, paléolithique moyen. (Marsailly/Blogostelle)

Des outils denticulés et des encoches

Les tailleurs du paléolithique moyen créent également des outils aux formes denticulées, très utiles pour racler quelque chose. Ils sont taillés sur éclat, sur lame ou sur bloc de pierre. Le ou les tranchants sont enrichis par des séries d’encoches.

On utilise ce type d’objet dès le paléolithique ancien, mais il se généralise au paléolithique moyen. L’encoche, de forme concave, s’obtient par retouche continue dans le tranchant de la pierre taillée à partir d’un éclat ou d’une lame.

D'après un racloir denticulé,  silex taillé, moustérien, paléolithique moyen.  (Marsailly/Blogostelle)
D’après un racloir denticulé, silex taillé, moustérien, paléolithique moyen. (Marsailly/Blogostelle)

Un outil pour façonner le bois et l’os

Si l’encoche est fréquente sur les éclats du paléolithique ancien et moyen, les tailleurs progressent au paléolithique supérieur avec des encoches plus élaborées et modelées. La partie utile est l’encoche elle-même.

Cet outil sert à façonner le bois et l’os. Les paléolithiques l’utilisent aussi pour emmancher ou pour fixer des liens. À l’époque néolithique, des galets sont encochés pour servir de poids pour les filets ou pour les métiers à tisser.

D'après un outil en pierre dit Bola, sans doute un percuteur, moustérien, paléolithique moyen. (Marsailly/Blogostelle)
D’après un outil en pierre dit Bola, sans doute un percuteur, moustérien, paléolithique moyen. (Marsailly/Blogostelle)

Des boules en pierre toutes rondes

On rencontre encore des boules en pierre dites bolas, bien rondes, qui servent probablement de percuteur. Peut-être aussi que ces boules, reliées entre elles par des liens végétaux, sont utilisées par les chasseurs paléolithiques pour capturer des animaux en les lançant dans leurs pattes…

Du silex à l’obsidienne…

On a découvert des quantités d’outils en silex sur les sites préhistoriques, mais les artisans paléolithiques travaillent aussi avec divers types de roche. Le granit, le quartzite, le quartz, le basalte, le grès, le jaspe et même l’obsidienne, une belle pierre noire et brillante, sont pour eux des matériaux propices à la taille ou au polissage.

Neandertal artiste peintre dès 40 000 ans avjc?

D’après des mains en négatif et bison, des graphismes et une composition de ponctuations, peintures rupestres, grotte d’El Castillo, vers 40 800 avjc, Puente Viesgo, Espagne, paléolithique. (Marsailly/Blogostelle)

Juin 2014 : des chercheurs britanniques et espagnols remettent en question la datation de plusieurs peintures rupestres préhistoriques de la péninsule ibérique, parmi lesquelles celles d’Altamira, d’El Castillo et de Tito Bustillo.

En Espagne, certains symboles peints dans la grotte d’Altamira remonteraient à 35 600 avjc. Dans la grotte d’El Castillo, une empreinte de main et un disque rouge remonteraient même respectivement à 37 300 avjc et à 40 800 avjc… (15 juin 2014 revue Science)

D'après des mains en négatif, peintures grotte d'El Castillo, vers 40 800 avjc, Puente Viesgo, Espagne, paléolithique. (Marsailly/Blogostelle)
D’après des mains en négatif, peintures grotte d’El Castillo, vers 40 800 avjc, Puente Viesgo, Espagne, paléolithique. (Marsailly/Blogostelle)

NEANDERTAL INHUME SES DÉFUNTS

Pratiquée au Proche-Orient, l’inhumation apparaît en France sur les sites de Moustier et de la Ferrassie, en Dordogne, et sur le site de Saint-Césaire, en Charente. Les néandertaliens aménagent des sépultures…

D'après un crâne de Neandertatien, Homo neanderthalensis, La Chapelle-aux-Saints, Corrèze, France, paléolithique. (Marsailly/Blogostelle)
D’après un crâne de Néandertatien, Homo neanderthalensis, La Chapelle-aux-Saints, Corrèze, France, paléolithique. (Marsailly/Blogostelle)

Sépulture et dépôt funéraire…

Pour abriter leurs défunts, les néandertaliens installent des sépultures dans des fosses. Un dépôt funéraire accompagne les dépouilles : silex et quartiers de viande.

À Biache-Saint-Vaast, dans le Pas-de-Calais, des chasseurs-cueilleurs s’installent près de la rivière vers 270 000 – 200 000 avjc. À proximité de leur campement, circulent des troupeaux de cervidés. Les crânes mis au jour sur le site affichent le profil spécifique de l’homme de Neandertal.

Un visage allongé, pas de menton, un front fuyant…

Cet aïeul européen présente un visage particulièrement allongé. Il est affublé d’un épais bourrelet qui forme une sorte de visière au-dessus de ses orbites et il n’a pas de menton.

D’après la sépulture d’un néandertalien, La Ferrassie, Dordogne, France ; la calotte de Neandertal, Allemagne ; et un crâne de Neandertal, La Ferrassie, Dordogne, France ; paléolithique. (Marsailly/Blogostelle)

On rencontre ces mêmes caractères sur les restes humains du site de La-Chapelle-au-Saints, en Corrèze, et à Neandertal, en Allemagne, où la découverte d’une calotte humaine a donné son nom à cet homme du paléolithique moyen.

On retrouve Néandertal en Charente à Arcy-sur-Cure et à Saint-Cezaire (voir aussi Les humains de la Préhistoire inhument les défunts)

Neandertal s’éteint, Homo Sapiens sapiens s’impose…

D'après des pointes de Châtelperron, Allier, France, début paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)
D’après des pointes de Châtelperron, Allier, France, début paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

Un style nouveau annonce le paléolithique supérieur…

Au paléolithique moyen, Neandertal s’épanouit dans des groupes culturels où les éclats de silex dominent la fabrication des outils. Mais le site français de Saint-Césaire, en Charente, abrite un squelette néandertalien accompagné d’objets appartenant à une autre culture, celle du Châtelperronien. Un style nouveau annonce le paléolithique supérieur…

Néandertal et Homo sapiens cohabitent un temps…

La culture du Châtelperronien, qui se distingue par le style de ses fines pointes de silex, inaugure l’avènement du paléolithique supérieur…

D'après des pointes de Châtelperron, Allier, France, début paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)
D’après des pointes de Châtelperron, Allier, France, début paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

Les derniers néandertaliens sont contemporains des premiers Homo sapiens, qui font leur apparition vers 32 000 avjc. Néandertal cohabite durant 2000 ans environ avec Homo sapiens avant de disparaître…

L’extinction de Néandertal…

Certains ont pensé que les néandertaliens se sont effacés face à des Homo sapiens agressifs et conquérants, d’autres auteurs évoquent leur inaptitude à s’adapter à des changements climatiques importants…

D'après une gravure sur bloc, visage, grotte de La Marche, Lussac-les-Châteaux, Vienne, France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)
D’après une gravure sur bloc, visage, grotte de La Marche, Lussac-les-Châteaux, Vienne, France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

Des études récentes expliquent que l’extinction de Néandertal serait aussi la conséquence de métissages avec Homo sapiens et de problèmes de procréation. Et une part de Néandertal perdurerait dans nos gènes…

JJ Hublin : Néandertal et Homo sapiens possèdent chacun son grand cerveau (selon études ADN)… On peut dire que Néandertal et Homo Sapiens sont des espèces en formation… Nous avons 25 gènes de Néandertal qui font partie de nos 25000 gènes codants… Source Colloque Archéologie des migrations, INRAP (12-13 novembre 2015).

HOMO SAPIENS SAPIENS

En France, l’homme dit de « Cro-Magnon », est découvert en 1868 dans un abri-sous-roche des Eyzies-de-Tayac (« trou de Cro-Magnon »), en Dordogne…

D’après Homo sapiens sapiens, crâne dit « Le Vieillard », abri-sous-roche, Eyzies-de-Tayac, Dordogne, France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

Le front droit d’Homo sapiens sapiens

Cet Homo Sapiens sapiens dit de « Cro-Magnon » serait l’un des premiers représentants de « l’être humain moderne » en Europe. Ses ossements, aujourd’hui attribués à la culture gravettienne, remonteraient à 28 000 avjc. Les traits d’Homo sapiens sapiens diffèrent de ceux de ses prédécesseurs…

Le bourrelet au-dessus des orbites disparaît, le front devient droit, le menton est visible et les dents sont plus petites et plus fines. Homo sapiens mesure entre 1,70 mètre et 1,80 mètre. La capacité de son cerveau est plus grande et sa boîte crânienne atteint 1400 à 1500 mètres cubes…

D'après une parure en coquillage, abri-sous-roche, Eyzies-de-Tayac, gravettien, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)
D’après une parure en coquillage, abri-sous-roche, Eyzies-de-Tayac, gravettien, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

Nouveau venu, Homo sapiens sapiens impose son hégémonie, élabore une véritable organisation sociale, affine son outillage et son habileté technique. Il développe aussi différentes formes d’expression artistique : gravure, sculpture, peinture, création d’objets de prestige…

Article suivant :  Préhistoire : des chasseurs paléolithiques nomades et artistes

 Sommaire Préhistoire

Un roman? La Guerre du Feu, de J.H. Rosny Aîné. Un film? La Guerre du Feu de Jean-Jacques Annaud.

Colloque Archéologie des migrations, INRAP (12-13 novembre 2015) Les migrations et la Préhistoire de l’humanité : (www) inrap.fr/les-migrations-et-la-prehistoire-de-l-humanite-9690 et aussi  Homo sapiens rencontre Néandertal en Europe :  (www) inrap.fr/homo-sapiens-rencontre-neandertal-en-europe-9691

Picq : Toute migration (Homo sapiens) a des conséquences sur la biodiversité et les écosystèmes. Homo Sapiens sort d’Afrique vers 100 000 ans avjc…, il passe par l’Australie avant d’arriver en Europe… JJ Hublin : avec l’expansion d’Homo Sapiens, on rencontre des représentations du monde : des animaux, des humains, des signes… et des êtres imaginaires… en Europe et bien au-delà… Source : Colloque Archéologie des migrations, INRAP (12-13 novembre 2015).

Publié par Maryse Marsailly

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