L’art de la Chine ancienne. Premiers bronzes, divination, art du trait…

D'après l'art de la Chine ancienne, époque Shang, âge du Bronze. (Marsailly/Blogostelle)

Banquets rituels et culte des ancêtres

Dans la Chine ancienne, la civilisation de l’âge du Bronze inaugure la royauté chinoise, l’élévation de cités murées, l’architecture modulable et l’écriture. Les bronziers réalisent différentes pièces destinées aux banquets rituels et au culte des ancêtres, comme en témoignent les grandes tombes Shang. Les premières formes d’écriture apparaissent sous la forme d’inscriptions divinatoires …

Par Maryse Marsailly (@blogostelle)
– Publié le 4 juin 2021 –

D’après une verseuse guang, service du vin de céréale, bronze rituel, XIIe siècle avjc, dynastie Shang, âge du Bronze, Chine ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 
D’après une verseuse guang, service du vin de céréale, bronze rituel, XIIe siècle avjc, dynastie Shang, âge du Bronze, Chine ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 

REPÈRES CHRONOLOGIQUES. Fin néolithique : culture de Longshan : 4500-3000 avjc/vers 2000 -1600 avjc- culture de Liangzhou : 3300-2000 avjc. Âge du Bronze : vers 2100-2000 avjc – IIIe siècle avjc. Dynastie des Xia (évoquée par la tradition) : vers 2100-2000/1700-1600 avjc : découverte du métal et apparition de l’écriture… – Dynastie des Shang :  1700-1600 -1100 avjc – Chronologie Chine ancienne

LES PREMIERS BRONZES CHINOIS

Un hiatus de 200-300 ans subsiste entre la fin de l’époque néolithique de Longshan et le début de l’âge du Bronze, entre 2000 et 1700 avjc. Cette période essentielle voit la découverte de la métallurgie et de l’écriture, dont les premières formes sont des inscriptions oraculaires.

D’après un oiseau, couvercle de récipient rituel, bronze, dynastie Shang, vers 1600 - 1100 avjc, âge du Bronze, Chine ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 
D’après un oiseau, couvercle de récipient rituel, bronze, dynastie Shang, vers 1600 – 1100 avjc, âge du Bronze, Chine ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 

Du néolithique à l’âge du Bronze…

Les premières pièces de bronze chinoises perpétuent des formes, des graphismes et des motifs hérités du néolithique. Tels des récipients tripodes, dont les pieds reprennent parfois les formes « en mamelle » du néolithique, le motif du « glouton » ou face de Taotie, les lignes élégantes des verseuses en céramique, marmites et chaudrons, les vases zoomorphes…

Par ailleurs en Chine, la naissance de l’écriture, au début du IIe millénaire avjc, trouve probablement son origine dans les graphismes néolithiques qui comportent très tôt des pictogrammes et des signes symboliques…

En Mésopotamie, l’écriture naît à Sumer à la fin du IVe millénaire avjc. Voir l’article : Des peuples néolithiques du Levant… au génie de Sumer (deuxième partie)

D’après un vase zun, bronze rituel, motif glouton-taotie, 1300 -1050, dynastie Shang ; un bronze rituel tripode, formes en mamelles, récipient à vin, fin XIe siècle avjc, dynastie des Zhou occidentaux, Shaanxi ; et un bronze rituel zoomorphe, rhinocéros, vase zun à vin, XIIe-XIe siècle avjc, dynastie Shang ; âge du Bronze, Chine ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 

Des Xia aux Shang, l’apparition de la métallurgie

La métallurgie apparaît dans la civilisation chinoise vers 2000 ans avant notre ère…, à l’époque de la dynastie « légendaire » des Xia. Sous la dynastie des Xia (non attestée par l’archéologie mais mentionnée dans l’historiographie traditionnelle chinoise), on assiste aux commencements de l’âge du Bronze et à la naissance des principes de l’écriture.

D’après une coupe à libation jiao, bronze rituel, XVIIIe siècle avjc, époque de la traditionnelle dynastie Xia, vers 2100-2000 - 1700-1600 avjc, Chine ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 
D’après une coupe à libation jiao, bronze rituel, XVIIIe siècle avjc, époque de la traditionnelle dynastie Xia, vers 2100-2000 – 1700-1600 avjc, Chine ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 

Puis sous la dynastie des Shang, entre 1700-1600 et 1100 avjc, l’écriture se développe. Durant cette période, on élabore aussi les principes de l’architecture chinoise. Le pouvoir politique et administratif se concentre alors dans des cités fortifiées, auxquelles sont soumises les campagnes environnantes.

Six siècles de dynastie Shang…

La dynastie Shang, dont la suprématie perdure près de 630 ans, est réputée pour le nombre important de ses empereurs. Les historiens comptent 28 souverains entre le premier souverain Shang, Cheng Tang (1767 avjc -1753 avjc), et le dernier, Di Xin (1154 avjc-1122 avjc).

D’après un vase ding gui pour la nourriture, bronze rituel, motif taotie, fin dynastie Shang, XIVe-XIe siècle avjc ; et une face de taotie, ivoire sculpté, dynastie Shang, XIIe – XIe siècle avjc ; âge du Bronze, Chine ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 

Si les empereurs chinois font usage de la force, ils s’appuient surtout sur des alliances dynastiques et sur la divination. La classe sacerdotale se charge des chroniques relatives aux gouvernements dynastiques, effectue et consigne les présages.

Poterie, ivoire, jade et laque

Sous les Shang, excepté la vaisselle ordinaire en argile rouge ou grise, les artistes semblent délaisser la céramique d’apparat au profit de l’art du métal. Les artisans continuent de sculpter l’ivoire et le jade.

Et le plus ancien témoignage de l’art de la laque, découvert sur le site d’Erlitou, au Henan, remonte au XVIIe siècle avjc, à l’époque de la phase d’Anyang de la dynastie Shang.

D’après un oiseau sculpté dans le jade, XIe siècle avjc, fin dynastie Shang, âge du Bronze, Chine ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 
D’après un oiseau sculpté dans le jade, XIe siècle avjc, fin dynastie Shang, âge du Bronze, Chine ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 

La technique de la laque repose sur la sève résineuse du laquier appliquée en fines et multiples couches sur du bois. Le plus souvent, la laque est colorée en noir (sulfate de fer ou noir de fumée) ou en rouge (cinabre), puis aussi en vert, en jaune, en bleu… 

L’INSCRIPTION ORACULAIRE, PRÉLUDE À L’ÉCRITURE 

Les premières formes d’écriture apparaissent en Chine sous la forme d’inscriptions oraculaires sur des carapaces de tortues et des os plats de bovidés. Ces écrits divinatoires permettent aux devins de communiquer avec les esprits de l’au-delà, les divinités et surtout avec les ancêtres, dont le culte est très important…

D’après des inscriptions oraculaire, plastron de tortue, dynastie Shang, âge du Bronze, Chine ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 
D’après des inscriptions oraculaire, plastron de tortue, dynastie Shang, âge du Bronze, Chine ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 

La pratique de la divination

En Chine ancienne, les devins pratiquent deux méthodes divinatoires pour consulter les oracles. Ils utilisent l’achillée, une plante dont les grandes tiges sont séchées. L’officiant lance une poignée de ces baguettes d’achillée puis interprète les figures formées par les brindilles à leur retombée…

La seconde manière d’interroger les augures se fait par la consultation des dessins créés par des fissures sur des écailles de tortue et des os plats de cerf, de bœuf, de mouton… Le devin pose une question et crée des fissures sur son support en os à l’aide d’une baguette rougie au feu introduite dans une cavité osseuse.

D’après un os oraculaire, écriture incisée sur omoplate de bœuf, XIIe siècle avjc, dynastie Shang ; et un os oraculaire, inscriptions divinatoires, dynastie Shang, 1765-1122 avjc ; âge du Bronze, Chine ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 

Selon l’aspect des fissures produites sous l’action de la chaleur, le devin interprète la réponse de l’ancêtre ou de l’esprit et en note les présages. 

LES PREMIÈRES ARCHIVES CHINOISES

Les premières archives chinoises

Ainsi, les souverains de la dynastie Shang interrogent leurs ancêtres et les divinités en différentes occasions pour connaître l’avenir ou obtenir des conseils : rituels, prières et sacrifices à accomplir, affaires royales et guerrières, météo et récoltes…

Ces écrits divinatoires constituent des répertoires et des références, sachant que si le devin peut se tromper dans son interprétation, l’ancêtre ne se trompe jamais… Polythéistes, les Shang pratiquent le culte des ancêtres de la dynastie royale et vénèrent un dieu Suprême, Di ou Shang Di, le « Haut Dieu ».

D’après une inscription divinatoire, écaille de tortue, XIIIe siècle avjc, dynastie Shang, règne roi Wu Ding, âge du Bronze, Chine ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 
D’après une inscription divinatoire, écaille de tortue, XIIIe siècle avjc, dynastie Shang, règne roi Wu Ding, âge du Bronze, Chine ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 

Ainsi, les inscriptions oraculaires deviennent peu à peu les premières archives de la culture chinoise… Des milliers d’inscriptions oraculaires ont été découvertes dans les vestiges Yin de la ville d’Anyang, fief de la dynastie Shang, dans la province de Henan.

Des piles d’objets oraculaires dans les palais

À l’époque des Shang puis des Zhou, on conserve et on range dans les palais royaux des piles d’objets oraculaires portant des questions adressées aux ancêtres et leurs réponses. Ainsi que les résultats observés et les événements constatés.

D’après des inscriptions divinatoires, os de bovidé, dynastie Shang, 1200 avjc, Anyang, Henan ; et un os oraculaire, dynastie Shang 1765-1122 avjc ; âge du Bronze, Chine ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 

Les inscriptions divinatoires chinoises concernent différentes périodes. Elles constituent un précieux témoignage – selon leurs formes et leurs contenus – de la généalogie royale Shang, des événements dynastiques importants et de la manière dont les gens vivaient à l’époque des Shang et des Zhou.

L’EXPRESSION D’UNE PENSÉE COMPLEXE

 La disposition parallèle des inscriptions

Par ailleurs, les écrits oraculaires permettent d’étudier l’origine des caractères chinois et les premières formes de grammaire de la langue chinoise. Ces inscriptions reposent sur un principe original de parallélisme qui va se perpétuer dans la littérature et la culture chinoise.

D’après un os oraculaire, inscriptions divinatoires, règne du roi Wu Ding, 1200 avjc, dynastie Shang, âge du Bronze, Chine ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 
D’après un os oraculaire, inscriptions divinatoires, règne du roi Wu Ding, 1200 avjc, dynastie Shang, âge du Bronze, Chine ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 

Les craquelures divinatoires forment des fissures qui créent naturellement deux parties : une à gauche et une à droite. En outre, le devin pratique parfois des oracles croisés, en interrogeant les ancêtres une fois à gauche et une fois à droite, avant de comparer les réponses…

Tantôt à gauche, tantôt à droite…

Questions et réponses sont ensuite inscrites tantôt à gauche, tantôt à droite, mais toujours de haut en bas. Cette disposition des inscriptions oraculaires fondera celle de l’écriture chinoise poétique et littéraire. Ce principe de parallélisme perdure de nos jours encore dans la culture chinoise…

D’après un os oraculaire, inscriptions divinatoires, détails, règne du roi Wu Ding, 1200 avjc, dynastie Shang, âge du Bronze, Chine ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 

Ainsi, à l’occasion d’un mariage ou au moment du Nouvel An, les Chinois installent de belles inscriptions sur papier rouge de chaque côté des portes des maisons. Ces inscriptions se répondent l’une l’autre par leur graphisme comme par leur signification…

Chaque « sinogramme » contient une pensée complexe

La notion philosophique d’alternance et le discours parallèle figurent parmi les éléments fondamentaux de la pensée chinoise, ainsi que l’expression par association d’idées.

D’après un os oraculaire, inscriptions divinatoires, détails, règne du roi Wu Ding, 1200 avjc, dynastie Shang, âge du Bronze, Chine ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 
D’après un os oraculaire, inscriptions divinatoires, détails, règne du roi Wu Ding, 1200 avjc, dynastie Shang, âge du Bronze, Chine ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 

Chaque « sinogramme » constitue un élément plein qui signifie à lui seul une pensée complexe, relié aux autres par associations d’idées – et non par déduction comme en Occident. 

UN TRAIT PHILOSOPHIQUE

La notion philosophique d’alternance

Ces principes fondent également la réflexion philosophique chinoise. Notamment dans le taoïsme qui repose sur la notion d’alternance, d’aller et de retour du principe « féminin » (Yin) et du principe « masculin » (Yang) – dont le symbole est le Yin-Yang (taì jí tú) …

Ce principe d’alternance s’applique pour exprimer diverses oppositions, complémentarités et évolutions cycliques : féminin-masculin, humidité-sècheresse, Lune – Soleil, ténèbres-lumière, nuit-jour, mort – vie…

D’après une coupe, céramique céladon, grès et glaçure, décor moulé, motif poissons Yin-Yang, 1200 -1400, Vietnam, influence et technique chinoise. (Marsailly/Blogostelle) 
D’après une coupe, céramique céladon, grès et glaçure, décor moulé, motif poissons Yin-Yang, 1200 -1400, Vietnam, influence et technique chinoise. (Marsailly/Blogostelle) 

Un univers formé de deux principes, le Yin et le Yang

Le principe de l’alternance renvoie au mouvement perpétuel d’un balancier. Le graphisme du Yin-Yang évoque le Yin contenant potentiellement le Yang et le Yang contenant virtuellement le Yin.

Ce symbole renvoie à la fois à l’idée d’un point d’équilibre et à celle d’une transformation en germe, jusqu’au basculement du Yin vers le Yang et vice-versa…

D’après le symbole du Yin-Yang et les huit trigrammes du Yi King, Livre des mutations (ou Livre des transformations) ; et une coupe, céramique céladon, grès et glaçure, décor moulé, motif poissons Yin-Yang, 1200 -1400, Vietnam, influence et technique chinoise. (Marsailly/Blogostelle) 

Par ailleurs cette image illustre la conception chinoise d’un univers formé de deux principes, à la fois opposés et complémentaires, et combinés à l’infini. Comme l’enseigne le livre traditionnel Yi Jing ou Yi King, « Le livre des mutations », fondé sur huit trigrammes et le Yin-Yang (taì jí tú) … 

D’après une coupe, céramique céladon, grès et glaçure, décor moulé, motif poissons Yin-Yang, 1200 -1400, Vietnam, influence et technique chinoise ; et le symbole Yin-Yang, taì jí tú, le Yin contenant du Yang et vice-versa, Chine ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 

Deux poissons Yin-Yang

Sur une coupe en céladon (porcelaine couverte d’émail craquelé), dont la technique et le thème proviennent de Chine, deux poissons forment le motif symbolique du Yin-Yang. Les poissons, qui pondent des œufs en nombre, symbolisent aussi la fertilité et l’abondance.

En chinois, les mots « poisson » 鱼 et « abondance » 餘 sont homophones (yú). L’écriture chinoise et l’art de la calligraphie reposent sur l’association d’idées, le parallélisme et le mouvement, en accord avec le principe philosophique de l’alternance.

D’après des bronzes rituels ; une coupe jue pour boissons alcoolisées et un chaudron ding à nourriture, 3 caractères, XIVe-XIe siècle avjc, dynastie des Shang, Chine ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 

Une écriture idéographique, pictographique et phonétique

La langue chinoise comporte, dès l’origine, des éléments idéographiques : des signes représentent des idées, des notions, un concept, une action… Le système de communication repose sur le symbole.

L’écriture chinoise va se développer à partir des inscriptions divinatoires, en partie pictographiques. Puis les représentations graphiques vont évoluer de plus en plus vers une forme d’abstraction.

D’après un bronze rituel, Yin Gou fanghu, pour boissons alcoolisées, avec 21 caractères, Zhou occidentaux, XIe-VIIIe siècle avjc, Chine ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 
D’après un bronze rituel, Yin Gou fanghu, pour boissons alcoolisées, avec 21 caractères, Zhou occidentaux, XIe-VIIIe siècle avjc, Chine ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 

Ainsi, l’écriture chinoise, très complexe, comporte des éléments idéographiques et pictographiques, mais aussi des ensembles phonétiques. La langue écrite chinoise permet en outre de s’exprimer de manière beaucoup plus concise que dans la langue parlée. 

INSCRIPTIONS ET BRONZES RITUELS

L’écriture apparaît sur les bronzes chinois

Entre 1400 et 1320 avant notre ère, l’écriture apparaît sur le métal… Des bronzes portent d’abord le nom de leur destinataire, puis peu à peu des inscriptions plus fournies racontent les circonstances de la création des objets. Des bronzes scellent ou commémorent une alliance, un mariage, une victoire… 

D’après un bronze rituel Yin Gou fanghu, pour boissons alcoolisées, avec 21 caractères, détails, Zhou occidentaux, XIe-VIIIe siècle avjc, Chine ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 

Parfois les bronzes du vaincu sont fondus pour couler des bronzes pour le vainqueur. Les inscriptions comportent des éléments pictographiques qui s’articulent entre eux, comme « cœur », « homme », « souverain »… 

La calligraphie devient un art de l’excellence

Sur un vase rituel Shang une inscription précise : Le clan du fonctionnaire Tian a fait fondre ce vase rituel à viande pour son défunt père Ji … À l’époque des Shang et des Zhou, les bronzes rituels sont destinés aux membres de l’aristocratie pour accomplir leurs sacrifices aux ancêtres dans des temples dédiés.  

D’après une marmite shi ding, pour la nourriture, bronze, un caractère, fin dynastie Shang, XIVe-XIe siècle avjc, âge du Bronze, Chine ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 
D’après une marmite shi ding, pour la nourriture, bronze, un caractère, fin dynastie Shang, XIVe-XIe siècle avjc, âge du Bronze, Chine ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 

L’écriture chinoise est incisée dans l’argile ou l’os à l’aide de stylets en bronze. Puis apparaissent les plus anciens pinceaux qui remontent à 1200-1100 avant notre ère.

Le stylet chinois ou le pinceau se tient droit, parfaitement parallèle au support d’écriture ou de dessin. En Chine ancienne, des devins aux lettrés la calligraphie devient un art de l’excellence.

Une inscription poétique sur un miroir

Un miroir à décor taoïste de l’époque des Han orientaux (23-221 apjc) porte une inscription de 32 caractères sous la forme d’un poème.

D’après un miroir à décor taoïste, bronze, au nom de Long, dynastie des Han orientaux, 23-221 apjc, inscription poétique de 32 caractères, Chine ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 
D’après un miroir à décor taoïste, bronze, au nom de Long, dynastie des Han orientaux, 23-221 apjc, inscription poétique de 32 caractères, Chine ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 

Ce texte poétique rapporte les louanges de Long à cet objet lumineux comme le Soleil et la Lune, porteur de richesses, de fécondité, de prospérité et de bonheur… La circonférence extérieure est ornée d’une frise de triangles et de nuages.

À l’intérieur de l’inscription circulaire, un riche décor renvoie au panthéon taoïste : la Reine mère d’Occident, le Comte d’Orient, des Immortels ailés, des animaux de bon augure. Parmi les représentations figurent aussi des animaux de bon augure et un char tiré par un cheval…

D’après un miroir à décor taoïste, personnages et animaux mythiques et char, bronze, au nom de Long, dynastie des Han orientaux, 23-221 apjc, inscription poétique de 32 caractères, Chine ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 

Les lettrés doivent « mesurer le sens des mots »

Zhang Bi surnommé Donghai weng, « le vieillard de la mère de l’Est », homme de lettres et poète, est l’un des calligraphes les plus importants du début de l’époque des Ming (XIVe-XVIIe siècles), comme son contemporain Zhang Jun. 

Sur une calligraphie, Zhang Bi interprète des vers de Liu Yin (1249-1293, fin de l’Époque des Song), qui évoquent les responsabilités du lettré qui se doit de réinterpréter les textes pour transmettre une conception juste de l’histoire…

D’après une calligraphie de Zhang Bi (1425- 1487), vers du poète Liu Yin, encre et papier, Chine ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 
D’après une calligraphie de Zhang Bi (1425- 1487), vers du poète Liu Yin, encre et papier, Chine ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 

Il appartient aux sujets lettrés de mesurer le sens des mots. Si l’on se tient au pied de la lettre pour en exprimer l’esprit, les victimes de préjudices seront nécessairement innombrables, affirme le lettré Liu Yin (source musée Cernuschi). 

La question de la transcription du Chinois

Pendant longtemps, le système international de la transcription du Chinois était le système anglais WAD, en référence à la prononciation anglaise. Un autre système de transcription du Chinois est mis en place par l’école française d’Extrême-Orient, fondée en 1902.

D’après une calligraphie de Zhang Bi (1425- 1487), détails, vers du poète Liu Yin, détails, encre et papier, Chine ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 

Si le système anglais prédomine, le système de l’école française, peu appliqué, s’appuie cependant sur les travaux des missionnaires en Chine et sur la prononciation française. Ce travail inclut des prononciations régionales ou anciennes, oubliées des autres systèmes de transcription.

Le système de transcription français répertorie donc des archaïsmes de la langue chinoise, en fonction des lieux et des époques, qui sont précieux pour les historiens de la linguistique

D’après une calligraphie, manuel de correspondance amicale, 12 mois, encre sur papier, dynastie des Tang, VIIe – début Xe siècle, Chine ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 
D’après une calligraphie, manuel de correspondance amicale, 12 mois, encre sur papier, dynastie des Tang, VIIe – début Xe siècle, Chine ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 

De nombreux dialectes régionaux

Au début des années 1950, un système de transcription populaire est également créé en Chine, à l’usage des Chinois, pour unifier la prononciation de la langue commune. Car en Chine, l’écriture, essentiellement idéographique, peut être prononcée de différentes manières.

La prononciation varie selon des particularités locales multiples et les nombreux dialectes régionaux d’un immense pays. Par ailleurs, il existe une langue de l’administration et la langue de la chine du Nord, dite « langue commune », afin de faciliter aussi les communications internationales.

D’après un vase fangding à nourriture, ding carré, bronze, XIe-Xe siècle avjc, Zhou occidentaux, âge du Bronze, Chine ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 
D’après un vase fangding à nourriture, ding carré, bronze, XIe-Xe siècle avjc, Zhou occidentaux, âge du Bronze, Chine ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 

Sous les Shang et les Zhou, et au cours de la période des Royaumes combattants, les bronziers chinois poursuivent la création de pièces destinées à la vaisselle des rituels funéraires et au culte des ancêtres. L’architecture et l’écriture trouvent leurs marques. Puis sous le Premier Empereur et sous la dynastie des Han, la statuaire d’argile, le jade, les objets laqués et la peinture prennent de l’ampleur…

Article suivant, bientôt : L’art de la Chine ancienne, les bronzes chinois sous la dynastie Shang et à l’époque des Royaumes combattants 

Sommaire L’Art de la Chine ancienne

Bloc-notes + Un livre traditionnel ? Le Yi Jing ou Yi King, le Livre des Mutations, ouvrage divinatoire et initiatique fondé sur le Yin-Yang (taì jí tú) et huit trigrammes. Son avènement remonterait au premier millénaire avjc, à l’époque des Zhou (1027 avjc -256 avjc).

Des sages ? Lao-tseu (ou Laozi, VIe-Ve siècle avjc), penseur et mystique chinois, à l’origine du taoïsme. Auteur selon la tradition du Tao-Tö-King (La Voie et sa Vertu). Lao-tseu est contemporain du philosophe Kongzi ou Kongfuzi dit Confucius (vers 551-479 avjc), qui prône la bienveillance et la loyauté dans la gouvernance et les relations sociales et familiales.

Publié par Maryse Marsailly

Blogostelle : Histoire de l'Art et du Sacré. Civilisations, chefs-d'œuvre, mythes, symboles..., tout un univers s'exprime dans les œuvres d'art.

Commenter ?

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.