Le fanum symbolise l’âme gauloise
Si Rome se méfie des druides en Gaule Romaine, craignant leur influence sur les populations, elle se montre tolérante à l’égard des croyances et des pratiques cultuelles gauloises. Seul le culte impérial est imposé et les romains respectent l’élite gauloise qui bénéficie de considération. Les dieux romains sont donc assimilés librement par les Gaulois qui se réapproprient certains d’entre eux. Les fidèles déposent de nombreux objets votifs et parfois des trésors dans les sanctuaires pour obtenir les faveurs des dieux…
Par Maryse Marsailly (@blogostelle)
– Dernière mise à jour mars 2024 –

REPÈRES CHRONOLOGIQUES. Gaule Romaine : Ier siècle avjc – IVe siècle. – 52 avjc : conquête romaine de la Gaule par César. IIe-IIIe siècle : La Pax Romana – Fin IIIe siècle : premières incursions barbares – IVe siècle : fin de l’Antiquité – Ve siècle : les grandes invasions barbares. Chronologie Rome-Gaule romaine
LE FANUM, TEMPLE RURAL GAULOIS
La plupart des fana gaulois, petits temples isolés dans la campagne, sont conçus sur un modèle que l’on ne rencontre pas en Italie. Consacrés à des divinités gauloises, beaucoup de fana sont aussi dédiés à Mercure, à Mars et à Apollon, des divinités romaines appréciées et adoptées par les Gaulois…

Les fana marient culte celtique et romain
Sanctuaires mixtes gallo-romains
Le plus souvent les Gaulois attribuent une épithète (surnom qualificatif) aux dieux romains qu’ils adoptent ou bien les représentent en costume gaulois, comme pour le Mercure de Lezoux….
On rencontre souvent des sanctuaires mixtes, gaulois et romain, sur les anciens territoires celtes, ce qui permet sans doute de favoriser l’adaptation des cultes gaulois tolérés par Rome à la culture et aux pratiques romaines.

Des fana dédiés à Mercure, à Mars ou à Apollon…
À Gournay-sur-Aronde, en Picardie, l’ancien sanctuaire celtique côtoie un temple gallo-romain. Son plan centré englobe une cella (chambre de la divinité) entourée d’une galerie de circulation couverte.
Comme à l’époque celtique de l’âge du Fer, le temple s’inscrit dans un vaste espace quadrangulaire avec fossés et palissades. Certains fana sont dédiés à Mercure, à Mars ou à Apollon…
Les fana perpétuent des sanctuaires celtiques
Les fana sont associés aux grands domaines agricoles qui regroupent des villages, des terres et la villa du propriétaire, la Domus. Mais on implante aussi des fana au cœur ou à la périphérie des cités.

Au Ier siècle, des fana en pierre délimités par des fossés prennent la place de sanctuaires celtiques plus anciens. Ils sont conçus selon un même espace sacré quadrangulaire, avec une entrée orientée à l’Est, au Soleil Levant…
Des Celtes à la Gaule Romaine
Le sanctuaire de Tintignac
En Corrèze, l’ensemble des vestiges du sanctuaire de Tintignac, occupé du IIe siècle avjc au IIIe siècle, témoigne du passage de la Gaule celtique à la Gaule Romaine. On a déposé près de 500 objets en bronze dans une fosse gauloise. Ce dépôt votif est unique en Europe par le nombre et par la qualité des objets retrouvés là.
Ce trésor de Tintignac comporte de nombreuses armes comme des lames, des fourreaux, des boucliers, des casques et des carnyx… Les carnyx sont des trompettes de guerre gauloises, l’une d’elle mesure deux mètres de haut environ.

On a aussi caché là une multitude d’animaux sculptés en tôles de bronze dont des sangliers, sans doute des enseignes portées sur des perches en bois par les guerriers gaulois lors des combats, comme on peut le voir sur les anciennes monnaies gauloises.
Voir aussi l’article Objets d’art et sanctuaires celtes
La ville antique de Tintignac
Située au carrefour d’importantes routes commerciales, la cité antique de Tintignac, en Corrèze, possède plusieurs édifices monumentaux, dont un théâtre. L’usage de certains bâtiments n’a pas encore été défini.

Non loin de là, les traces d’un aqueduc laissent imaginer que la ville gallo-romaine était alimentée en eau. Aux alentours de l’ensemble des constructions antiques, on retrouve des palissades et des fossés, héritage celtique…
Le grand fanum d’Autun
Surnommé « Le portique de Janus »
En Bourgogne, le fanum d’Autun, dit Le portique de Janus, se distingue des autres fana par ses dimensions monumentales. À l’époque romaine, Augustodunum est la capitale des Éduens, qui cultivent depuis longtemps, et bien avant la conquête romaine, de bonnes relations avec Rome.

On construit à Augustodunum un temple imposant, de plan centré, destiné à honorer une divinité non identifiée à ce jour. L’attribution du sanctuaire à Janus, dieu romain des passages « aux deux visages », relèverait d’une erreur d’interprétation fondée sur le mot genêt...
Une construction en pierres
Les vestiges du fanum d’Autun s’élèvent encore sur 24 mètres de haut environ… L’entrée du sanctuaire (disparue) est orientée à l’Est… Pour ériger la grande cella centrale, les bâtisseurs utilisent des blocs pierre pas très grands, soigneusement et régulièrement appareillés. On appelle cette technique de construction un petit appareil.

La salle du temple est conçue sur un plan carré d’environ 16,50 mètres de côté. Pour éclairer les lieux, on ménage trois ouvertures à 13 mètres de hauteur… Sous les fenêtres de lumière, des trous de fixation permettent d’installer des poutres et une charpente pour couvrir la galerie de circulation.
Une galerie de circulation couverte
La galerie couverte du fanum d’Autun permet aux fidèles de circuler à l’abri des intempéries. On imagine que les espaces de déambulation autour des temples jouent un rôle important, peut-être liés à des rites particuliers ou à des processions.

Les lieux peuvent servir aussi de réceptacle pour les offrandes et les ex-voto déposés là pour remercier les dieux ou pour solliciter leur protection…
Voir aussi l’article Les monuments fleurissent en Gaule Romaine
DÉPÔTS ET TRÉSORS DANS LES SANCTUAIRES
En Gaule Romaine, on dépose toutes sortes d’objets votifs sur les lieux sacrés : en terre cuite, en bois, en métal et en pierre, des plus ordinaires aux plus précieux. Parfois, ce sont de véritables trésors que les fidèles déposent dans les sanctuaires pour obtenir les faveurs et la protection des dieux…

Ex-voto, dédicaces et offrandes pour invoquer les dieux
Des ex-voto et des dédicaces
En Gaule Romaine, pèlerins et fidèles déposent dans les sanctuaires des autels en pierre et en marbre qui portent souvent une inscription sous forme de dédicace. On peut dédier des ex-voto à une divinité pour la remercier d’avoir exaucé une prière ou un vœu.
Les ex-voto sont des objets votifs très variés destinés aux dieux pour l’accomplissement d’un vœu ou en signe de reconnaissance. Telles des représentations corporelles qui évoquent précisément une partie du corps ou bien l’effigie d’un malade en entier dans l’espoir d’une guérison.

Des objets votifs de toutes sortes…
Ainsi, statuettes de divinités, vaisselle plus ou moins précieuse et diverses figurines sont dédiées aux dieux. Des statuettes en pierre, en terre cuite ou encore en bronze représentent des divinités.
D’autres modèles sont sculptés en bois ou en pierre et figurent des pèlerins, des personnes souffrantes, des vasques à ablution. On peut faire des offrandes sur l’ensemble de l’aire sacrée des lieux de cultes…

Vases, amulettes, monnaies, bijoux…
Parmi les offrandes, on rencontre encore des lampes en céramique et en bronze, de la vaisselle en terre cuite, en verre et en métal, des coupelles, des petits gobelets et des figurines d’animaux en terre cuite, des armes et des outils miniatures…
Parmi les nombreux ex-voto gallo-romains, sont déposés encore des rouelles et des anneaux en bronze, des pièces de monnaie et toutes sortes d’amulettes. Sans oublier des objets de toilette comme des miroirs en métal.

Des broches, des fibules, des bagues, et divers objets de parures viennent aussi enrichir les dépôts destinés aux dieux. Parfois, on dépose même des bijoux très précieux, comme une fibule en tôle d’or retrouvée dans la Seine ou une effigie de Bacchus ornant un luxueux poignard…
Des objets d’art et des pièces d’orfèvrerie
Le trésor gallo-romain de La Guierce
Certains riches et fervents fidèles constituent parfois de véritables trésors pour les déposer ensuite en des lieux sacrés…
Le trésor de La Guierce retrouvé enfoui en Charente comprend des vases et des aiguières, des patères et de la vaisselle précieuse, des bagues et des bracelets en or et en argent, beaucoup de pièces de monnaie en argent et en bronze et un magnifique vase en bronze émaillé…

Le dépôt de Berthouville dans un temple rural
De luxueux ensembles d’orfèvrerie composent des trésors exceptionnels. C’est le cas du Trésor de Berthouville, en Normandie. Ce dépôt gallo-romain du IIe siècle qui accumule les objets d’art en argent provient du sanctuaire de Canetonum consacré au dieu Mercure. Ce temple rural se rattache alors à la ville voisine de Breviodurum…
Des décors inspirés par la mythologie romaine
Les décors de la précieuse vaisselle en argent, des statuettes et des objets d’art du Trésor de Berthouville s’inspirent de l’iconographie et de la mythologie romaine. Des représentations de Minerve, d’Hercule, de centaures, ou encore des motifs de masques ou de vigne accompagnent plusieurs figurations de Mercure (statuettes, coupes…)



D’après le trésor de Berthouville dédié au dieu Mercure, et détails des centaures, argent, orfèvrerie, IIe siècle, sanctuaire de Canetonum, Normandie, France, Gaule Romaine. (Marsailly/Blogostelle)
Un fabuleux trésor aussi en Germanie
Le Trésor de Hildesheim, en Basse-Saxe, repose à l’origine au pied de la colline du Galgenberg qui domine la petite ville. L’ensemble comprend 70 pièces en argent massif rehaussé d’or.
Ce trésor serait dû à un certain Publius Varus Quinctilius, chef militaire romain actif en Germanie à l’époque. Une autre hypothèse évoque un butin de guerre. Ces chefs-d’œuvre remontent à la période romaine, datés entre Ier siècle avjc et Ier siècle.

L’afflux des pèlerins est favorable aux vici
En Gaule Romaine, on a parfois profité des grands sanctuaires et de l’afflux bénéfique des pèlerins pour installer des petites cités non loin de là… Dans ces vici tout proches des lieux de cultes collectifs, on pratique l’artisanat, on développe le commerce et parfois même on implante une administration.
Le vici correspond à un centre rural qui permet de diffuser l’influence romaine dans les campagnes de la Gaule. C’est le cas aux Bolards et à Mirebeau en Bourgogne, à Argentomagus-Saint-Marcel dans l’Indre, ou encore à Grand dans les Vosges…


D’après une coupe à décor végétal et masques, et une coupe à boire, motifs masques et vigne, Trésor de Hildesheim, argent rehaussé d’or, Ier siècle avjc-Ier siècle, Allemagne, période Romaine. (Marsailly/Blogostelle)
LE SANCTUAIRE DES TROIS GAULES
La ville de Lyon, Lugdunum dans l’antiquité, est fondée en 43 avjc. Colonie romaine dans un premier temps, cette cité joue un rôle économique très important et devient la capitale des Trois Gaules. En 12 avjc, on érige là le sanctuaire confédéral des Trois Gaules consacré au culte de Rome…
Seul culte imposé par Rome : le culte impérial
L’autel des Trois Gaules à Lugdunum
Si les Romains n’imposent pas leurs dieux aux gaulois, ils organisent des lieux de culte pour assurer la cohésion de l’empire. Il s’agit de mettre en valeur le culte impérial officiel, le seul culte imposé par Rome. L’autel confédéral des Trois Gaules est érigé au confluent du Rhône et de la Saône, au pied de la ville de Lyon.

Des rassemblements pour fédérer les Gaulois à Rome
Situé à l’extérieur de la ville de Lugdunum, mais tout proche, l’autel des Trois Gaules donne lieu à de grands rassemblements pour fidéliser les Gaulois et les fédérer à Rome. Soixante représentants des cités des Trois Gaules se retrouvent une fois par an à Lugdunum pour honorer Rome et la figure impériale.
Ainsi, l’autel des Trois Gaules symbolise la réunion de tous les peuples de la Gaule au sein de l’empire romain. En fait, le culte impérial et officiel de Rome vise surtout à obtenir l’adhésion des Gaulois à un système politique…


D’après l’autel du culte de Rome et d’Auguste, monnaie, atelier impérial de Lugdunum, Ier siècle, Lyon, France, Gaule Romaine. (Marsailly/Blogostelle)
… ce qui semble plus important encore pour les romains que de favoriser des croyances religieuses. Connu surtout grâce à des images sur des monnaies, l’autel confédéral des Trois Gaules s’associe à un amphithéâtre romain et à un fanum gaulois.
Culte de Rome et Triade Capitoline en Gaule
Dans les années 30 -40 apjc, on élève à Lugdunum un grand ensemble cultuel consacré à la famille impériale elle-même. Dans les villes, les capitales administratives et les centres militaires, les autorités romaines s’efforcent de valoriser le culte officiel de Rome.

Flamines et Flaminiques
En Gaule Romaine, on aménage des autels consacrés au culte impérial officiel dans des grandes villes comme Nîmes ou Vienne. On se doit de vouer un culte à la famille impériale et à la triade capitoline, Jupiter-Junon-Minerve, protectrice de Rome.
Chaque cité possède un temple réservé au culte impérial avec son collège de prêtres et de prêtresses, les Flamines et les Flaminiques. Les Flamines et les Flaminiques sont élus à titre honorifique parmi l’élite locale…
Un bois Sacré gaulois à Lugdunum
Ainsi, temples, autels et statues contribuent à imposer le pouvoir de Rome auprès des peuples de la Gaule. Mais le sanctuaire des Trois Gaules à Lyon possède également un Bois Sacré, dans la lignée de la tradition celtique…

Avant la conquête romaine et la disparition du druidisme, on pratique à Lugdunum le culte de Lug, dieu suprême du panthéon celtique (d’où le nom de Lugdunum)…
Voir aussi les articles L’univers spirituel des Celtes et des Gaulois ; Les dieux celtiques de l’Autre Monde et leurs attributs et En Gaule les druides sont les spécialistes du sacré et du savoir
En Gaule Romaine, le panthéon regroupe dieux gaulois et divinités romaines et les Gaulois semblent se réapproprier certaines déités romaines. À côté du culte officiel de Rome, l’héritage spirituel celtique et la tradition gauloise perdurent et se marient aux apports culturels romains…
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Sommaire Rome antique – Gaule Romaine
Un livre? La guerre des Gaule, les commentaires de Jules César, rédigés au Ier siècle avjc (entre 58 et 51 avjc). Une BD? Astérix le Gaulois (René Goscinny – Albert Uderzo). Une BD historique? Arelate, de Laurent Sieurac, avec Alain Genot, archéologue : Arles à l’époque de la Gaule romaine.
