Une tradition druidique orale et poétique en Gaule celtique 

D'après l'imagerie des druides, histoire de l'art et du sacré. (Marsailly/Blogostelle)

Les druides, de la parole perdue à la légende

Les druides, seconde partie. Philosophes et savants, les druides sont les gardiens de la tradition sacrée qu’ils transmettent oralement. Les écrits sont proscrits en matière de tradition, de doctrine, de mythologie et de rituels religieux celtiques. Après la disparition du druidisme, ces prêtres gaulois deviennent légendaires. Dans la mythologie irlandaise, Ogme, dieu de la guerre et de la magie et seigneur de l’éloquence invente l’écriture…

Lire les druides, première partie : Âge du Fer, en Gaule celtique, les druides sont les spécialistes du sacré et du savoir

Par Maryse Marsailly (@blogostelle)
– Dernière révision décembre 2023–

D'après un cortège de druides dans la forêt, illustration de Gustave Doré, XIXe siècle. (Marsailly/Blogostelle)
D’après un cortège de druides dans la forêt, illustration de Gustave Doré, XIXe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

REPÈRES CHRONOLOGIQUES. Civilisations celtiques de l’âge du Fer : VIIIe – Ier siècle avjc. 52 avjc : conquête romaine de la Gaule par César. 

DRUIDES ET TRADITION SACRÉE

Les druides cultivent la connaissance et la poésie. Ils sont les gardiens de la tradition sacrée. Ils enseignent et initient les jeunes à la métaphysique, à la cosmologie, à l’astronomie, à la médecine, à la poésie…, uniquement par transmission orale. 

D’après la Forêt des Druides, détail, Bellini, opéra de Norma, scène du Théâtre Royal Italien à Paris, lithographie coloriée, vers 1835, inspirée de Kunstler Villeneuve, XIXe siècle. (Marsailly/Blogostelle)
D’après la Forêt des Druides, détail, Bellini, opéra de Norma, scène du Théâtre Royal Italien à Paris, lithographie coloriée, vers 1835, inspirée de Kunstler Villeneuve, XIXe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

L’assemblée des druides évoquée par César

Les auteurs antiques nous apprennent encore que les druides prodiguent leur enseignement oralement. Ces préceptes sont comparables à ceux des pythagoriciens. Par ailleurs, les druides participent à des activités rituelles, comme la cueillette du gui, et ils rendent la justice lors de réunions annuelles tenues en des lieux sacrés.

L’assemblée des druides évoquée par César

Dans La Guerre des Gaules, qu’il rédige vers 52-51 avjc, César raconte que les druides se réunissent tous les ans, à date fixe, sur le territoire des Carnutes, c’est-à-dire dans la région de Chartres (France). Les druides règlent les différends entre tribus et rendent des jugements.

D’après l’imagerie du druide, Les Antiquités d’Angleterre et du Pays de Galles, de Grose, Londres, XVIIIe siècle ; et le thème du chef suprême des druides, élu pour la vie. (Marsailly/Blogostelle)

Le pays des Carnutes

L’assemblée des druides se place sous l’autorité d’un chef suprême élu pour la durée de sa vie. Et il semble que la terre des Carnutes soit assimilée à un centre sacré et symbolique dans la tradition celtique…

À tous ces druides commande un chef unique, lequel exerce parmi eux l’autorité suprême…

César dans La Guerre des Gaules précise…. « À une certaine époque de l’année, ils s’assemblent dans un lieu consacré sur la frontière du pays des Carnutes, qui passe pour le point central de toute la Gaule. Là se rendent de toutes parts ceux qui ont des différends, et ils obéissent aux jugements et aux décisions des druides… »

D'après une assemblée de druides, avec des hampes à sanglier, emblème du dieu Lug. (Marsailly/Blogostelle)
D’après une assemblée de druides, avec des hampes à sanglier, emblème du dieu Lug. (Marsailly/Blogostelle)

César poursuit… « Tous ces druides n’ont qu’un seul chef dont l’autorité est sans bornes. À sa mort, le plus éminent en dignité lui succède ; ou, si plusieurs ont des titres égaux, l’élection a lieu par le suffrage des druides, et la place est quelquefois disputée par les armes. »

Les druides possèdent les clés de la morale, de la justice, de la médecine…

Druides, prêtres et professeurs

Les druides sont des théologiens, à la fois prêtres, professeurs et garants de l’ordre social. Les druides sont qualifiés de plus justes des hommes.

Les druides détiennent le pouvoir sacerdotal et les connaissances suprêmes dans le domaine spirituel. Ils président au savoir philosophique, possèdent les clés de la morale et de la justice et s’exercent à l’étude des sciences naturelles et de la médecine…

D’après l’imagerie du druide, cueillette du gui et mégalithes, Les Antiquités d’Angleterre et du Pays de Galles, de Grose, Londres, détail, XVIIIe siècle ; deux druides, bas-relief, cathédrale d’Autun, art médiéval, gravure de Bernard de Montfaucon, 1719, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

Une organisation tripartite de la société

Des druides, des « chevaliers » et des cultivateurs

La société celtique se fonde sur une organisation tripartite. Chefs spirituels, les druides président au sacerdoce et à l’enseignement. Une élite guerrière contrôle les territoires celtiques et assume le pouvoir politique. Les artisans, les éleveurs et les cultivateurs produisent pour les communautés.

Les druides détiennent l’autorité spirituelle et occupent donc une place privilégiée auprès de l’aristocratie guerrière celtique et gauloise qui exerce une autorité temporelle et politique. Il existe alors des « chevaliers », mentionnés par César sous le nom d’Equites.

D'après un cavalier gaulois et sanglier, statère osisme, electrum (or et argent), Laniscat, Finistère, Bretagne, Ier siècle avjc, Gaule celtique. (Marsailly/Blogostelle)
D’après un cavalier gaulois et sanglier, statère osisme, electrum (or et argent), Laniscat, Finistère, Bretagne, Ier siècle avjc, Gaule celtique. (Marsailly/Blogostelle)

César distingue les druides et les « chevaliers« 

Proches du pouvoir, incarné par les chefs de tribu ou de clan, ces chevaliers interviennent dans la vie politique et sociale. Dans sa description de la société gauloise du premier siècle avjc César distingue les druides et les chevaliers…

« Dans toute la Gaule, raconte César, il n’y a que deux classes d’hommes qui soient comptées pour quelque chose et qui soient honorées ; car la multitude n’a guère que le rang des esclaves, n’osant rien par elle-même, et n’étant admise à aucun conseil… Des deux classes privilégiées, l’une est celle des druides, l’autre celle des chevaliers… »

Les premiers (les druides) veillent aux choses divines, s’occupent des sacrifices publics et privés, règlent toutes les choses de la religion. Un grand nombre de jeunes gens viennent s’instruire chez eux, et ils bénéficient d’une grande considération…

D'après un portrait, statère osisme, electrum (or et argent), Laniscat, Finistère, Bretagne, Ier siècle avjc, Gaule celtique. (Marsailly/Blogostelle)
D’après un portrait, statère osisme, electrum (or et argent), Laniscat, Finistère, Bretagne, Ier siècle avjc, Gaule celtique. (Marsailly/Blogostelle)

De riches et puissants guerriers

César poursuit : « La seconde classe est celle des chevaliers. Quand il en est besoin et qu’il survient quelque guerre, ils prennent tous part à cette guerre… l’éclat de leur naissance et de leurs richesses se voit au nombre de serviteurs et de personnes dont ils s’entourent… »

Avant la conquête romaine, les guerriers gaulois s’affairent en effet régulièrement à repousser des incursions sur leurs terres ou cherchent à élargir leurs territoires en combattant.

On retrouve encore la conception tripartite de la société dans le monde médiéval, sous la forme du corps sacerdotal, de la chevalerie et du peuple de paysans et d’artisans…

D'après l'ecclésiastique, le chevalier et le paysan, Image du monde, Aldobrandino de Siena, France, XIIIe siècle, manuscrit enluminé, art médiéval. (Marsailly/Blogostelle)
D’après l’ecclésiastique, le chevalier et le paysan, Image du monde, Aldobrandino de Siena, France, XIIIe siècle, manuscrit enluminé, art médiéval. (Marsailly/Blogostelle)

Ainsi, moines et ecclésiastiques, membres de la noblesse rompus aux arts de la guerre, paysans, artisans et commerçants constituent le fondement des sociétés du Moyen Âge.

Les druides forment une caste sacerdotale

Une société hiérarchisée

Selon Mircea Eliade, le druidisme celtique se rattache au monde spirituel indo-européen. Les Celtes seraient les seuls, avec les peuples de l’Inde ancienne, à connaître une classe sacerdotale hiérarchisée et organisée de telle manière.

D'après La Forêt des druides, scène du Théâtre Royal Italien à Paris, Bellini, opéra de Norma, estampe, 1837, dessin de Kunstler Villeneuve, XIXe siècle. (Marsailly/Blogostelle)
D’après La Forêt des druides, scène du Théâtre Royal Italien à Paris, Bellini, opéra de Norma, estampe, 1837, dessin de Kunstler Villeneuve, XIXe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

La vie culturelle indo-européenne repose en effet sur une division tripartite de la société : théologiens, guerriers et pasteurs cultivateurs. Certains auteurs se réfèrent à l’étymologie de cette entité culturelle pour interpréter le terme druide en ceux qui connaissent le chêne. D’autres font référence à la langue celtique : dru-wid-es qui signifie les très savants

Voir aussi l’article Arts de l’Inde, l’univers culturel des peuples Indo-Européens

DRUIDE THÉOLOGIEN, POÈTE, DEVIN

Selon Strabon (auteur grec, Ier siècle avjc-Ier siècle apjc) et Diodore de Sicile (auteur grec, Ier siècle avjc), les druides forment une classe sacerdotale divisée en 3 groupes : les théologiens, les bardes et les poètes, et les devins ou vates. Les bardes et les poètes perpétuent la tradition orale. Ils chantent et louent les aventures et les exploits des hommes et des dieux…

D'après l'œuvre de John Martin (détail), Le Barde, XIXe siècle. (Marsailly/Blogostelle.)

Pour l’esprit celte, seule la parole est vivante

Les peuples celtiques utilisent l’écriture grecque puis latine

C’est uniquement dans le cadre de la transmission du savoir traditionnel et spirituel que l’écriture est absolument proscrite dans la culture celtique…

Les peuples Celtes connaissent l’écriture. Ils utilisent les alphabets grecs puis latins pour rédiger leurs inscriptions votives ou funéraires. Par ailleurs, les textes irlandais font souvent référence à l’emploi de l’écriture oghamique par des druides ou des guerriers…

D’après Le Barde, de John Martin, détail, XIXe siècle ; le druide Merlin qui dicte un poème, manuscrit français, XIIIe siècle, art médiéval. (Marsailly/Blogostelle)

La parole possède une efficacité magique et incantatoire

Pour l’esprit celte, l’écriture est morte parce qu’elle fixe éternellement ce qu’elle exprime. Seule la parole est vivante et permet ainsi de servir la mémoire de la tradition. La parole vivante symbolise aussi l’efficacité magique et incantatoire.

La parole, sous forme de récitation, d’invocation, d’incantation ou de prière relève du sacré pour les Celtes et les Gaulois. L’écriture est réservée au domaine profane.

César précise que les jeunes apprentis au druidisme « apprennent un grand nombre de vers, et il en est qui passent vingt années dans cet apprentissage… »

D'après Le Barde, de John Martin, détail, XIXe siècle. (Marsailly/Blogostelle)
D’après Le Barde, de John Martin, détail, XIXe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

“Il n’est pas permis de confier ces vers à l’écriture”

César poursuit Il n’est pas permis de confier ces vers à l’écriture, tandis que, dans la plupart des autres affaires publiques et privées, ils se servent des lettres grecques…

« Il y a, ce me semble, deux raisons de cet usage : l’une est d’empêcher que leur science ne se répande dans le vulgaire ; et l’autre, que leurs disciples, se reposant sur l’écriture, ne négligent leur mémoire… »

Un apprentissage druidique oral et en vers

Les vieux textes d’Irlande et de Grande-Bretagne évoquent la hiérarchie druidique qui comporte selon ces récits insulaires sept ou huit degrés d’initiation. Du docteur, qui sait réciter trois cent cinquante histoires, à l’apprenti, qui se limite à sept histoires…

D'après statuette à la lyre, sans doute en tailleur, Ier siècle avjc, Côtes-d'Armor, France, Gaule celtique. (Marsailly/Blogostelle)
D’après statuette à la lyre, sans doute en tailleur, Ier siècle avjc, Côtes-d’Armor, France, Gaule celtique. (Marsailly/Blogostelle)

En Irlande, les études druidiques durent douze ans et vingt ans en Gaule selon César… Entièrement oral et en vers, l’enseignement comporte la récitation de récits, le droit, la généalogie, la poésie et tout ce qui concerne une spécialisation comme la médecine ou la métaphysique.

Mais, quelle que soit leur place dans la hiérarchie druidique, tous les membres de la classe sacerdotale sont solidairement druides par opposition à la communauté des profanes…

La satire chantée est une forme de poésie magique

Les devins ou vates sont les maîtres du sacrifice, de la divination et de la science de la nature. Si Diodore de Sicile et Strabon mentionnent les druides-philosophes, les bardes-poètes et les devins-sacrificateurs, on retrouve ce schéma tripartite dans la tradition irlandaise.

D'après une lyre gauloise, statuette, Côtes-d'Armor, France, Ier siècle avjc, Gaule celtique. (Marsailly/Blogostelle)
D’après une lyre gauloise, statuette, Côtes-d’Armor, France, Ier siècle avjc, Gaule celtique. (Marsailly/Blogostelle)

La seule différence est le statut de barde. Ce spécialiste de la louange et du blâme devient aussi un devin ou voyant en Irlande. Ce personnage conserve dans ses attributions la magie, l’écriture et la satire. Mais la satire chantée est une forme de poésie magique, réputée efficace et dont les effets peuvent être mortels…

PRÉDICTION ET DIVINATION

Du vate au barde

Le vate celtique, spécialiste de la prédiction et de la divination a une grande importance spirituelle, politique et sociale en Gaule celtique et en Irlande. Son nom, vatis en gaulois ou fáith en irlandais, se retrouve partout dans le monde culturel celtique.

D’après l’imagerie du druide, prêtre celtique et gaulois, qui deviendra légendaire.
(Marsailly/Blogostelle)

Mais la terminologie précise de la divination gauloise nous est inconnue. Le mot gallois gwawd serait, lui, plus restrictif. Il se réfère à l’idée de chant, de louange, de poésie et de satire. Mais il perd le sens sacré de vate pour devenir barde au moment de la christianisation.

Les prophéties des druidesses

En Irlande, on ne connaît que des mots génériques comme druidisme, druidecht, science du poète, filidecht, divination, poésie, science (éicse), ou encore prédiction, fáitsine… Le druide devin est surtout un spécialiste de la prédiction, une fonction sacerdotale accessible aussi aux femmes. Les druidesses sont parfois réputées pour leurs prophéties…

D’après Velléda, prêtresse gauloise dans les Martyrs de Chateaubriand, Camille Corot, 1868-1870 apjc, XIXe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

Velléda, prêtresse gauloise de Chateaubriand

« Sa taille était haute ; une tunique noire, courte et sans manches, servait à peine de voile à sa nudité (…) La blancheur de ses bras et de son teint, ses yeux bleus, ses lèvres de rose, ses longs cheveux blonds qui flottaient épars, annonçaient la fille des Gaulois, …

« Et contrastaient, par leur douceur, avec sa démarche fière et sauvage. Elle chantait d’une voix mélodieuse des paroles terribles, et son sein découvert s’abaissait et s’élevait comme l’écume des flots. » (Les Martyrs, de François-René de Chateaubriand, 1809)

LE DRUIDE DEVIENT UN PERSONNAGE MYTHIQUE

Interdit par l’empereur romain Claude vers 41-54 apjc, le druidisme finit par disparaître. Mais le personnage du druide survivra dans les légendes…

D’après le druide Merlin et et le roi Arthur, Idylles du roi, de Lord Alfred Tennyson, Gustave Doré, XIXe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

Merlin et Arthur forment un duo sacerdotal et royal

Dans certains textes irlandais médiévaux, on évoque des devins et des spécialistes du sacré. En France, l’auteur médiéval Chrétien de Troyes met en scène Merlin, archétype du druide de l’ancien temps. Merlin et Arthur forment un duo sacerdotal et royal. Le druide légendaire du cycle arthurien incarne à la fois le pouvoir spirituel, le savoir, l’enseignement, la magie et la sagesse…

Le druide, garant de la royauté et de la justice

Dans le monde celte, le druide veille à la préservation et aux intérêts du royaume. Il prodigue au roi de sages conseils, des informations et des prédictions. Le druide est réputé pour ses prophéties… L’autorité spirituelle du druide lui confère la prééminence sur le pouvoir temporel incarné par le roi avec qui il forme un couple.

D’après le druide Merlin et Viviane, Gustave Doré, XIXe siècle ; le druide Merlin, la dame du Lac et le roi Arthur, Le Morte d’Arthur, Audrey Beardsley, XIXe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

Les druides formulent des prophéties

Le druide apparaît comme l’intermédiaire privilégié entre les dieux et le roi. Le roi, de son côté, fait le lien entre le druide et le peuple.

Si le roi rend la justice, se sont les druides qui connaissent et dictent le droit. Les druides règlent les litiges entre tribus ou clans et résolvent les conflits à l’intérieur des communautés. Par ailleurs, les druides assistent les rois grâce à leurs prophéties…

D’après le druide Merlin, qui lit ses prédictions au roi Vortigern, manuscrit, British Library, art médiéval. (Marsailly/Blogostelle)

Le druide légendaire des romans de chevalerie

Le druide de la Gaule celtique devient un personnage mythique à l’époque médiévale, notamment avec les romans de chevalerie de Chrétien de Troyes, au XIIe siècle, inspirés des légendes celtiques.

Les œuvres de Chrétien de Troyes évoquent Merlin, le roi Arthur, les chevaliers de la Table Ronde, la quête du Graal… Le druide Merlin symbolise l’ancien temps et ses croyances, mais ce personnage favorise aussi le passage à une ère nouvelle symbolisée par le Roi Arthur et la quête du Graal.

D’après Viviane et Merlin, huile sur toile, 1867, musée du monastère royal de Brou, XIXe siècle ; Merlin changé en cerf face à un roi, anonyme, cycle Lancelot du Graal, XIIIe siècle et le druide Merlin aidé d’un géant pour construire Stonehenge, manuscrit du Roman de Brut, Wace, XIIe siècle ; art médiéval. (Marsailly/Blogostelle)

Du chaudron celtique au Graal

Divinités celtiques, métamorphoses, chaudron miraculeux…

L’ancestral chaudron celtique miraculeux, comme le chaudron de Dagda de la tribu de Dana ou le chaudron nordique non moins merveilleux d’Hymir, dispensateur de nectar, se transforme en symbole de l’illumination spirituelle dans les légendes christianisées, sous la forme du Graal…

D’après des divinités celtiques, chaudron de Gundestrup, métal or et argent, Danemark, Ier siècle avjc, âge du Fer, art Celte. (Marsailly/Blogostelle)
D’après des divinités celtiques, chaudron de Gundestrup, métal or et argent, Danemark, Ier siècle avjc, âge du Fer, art Celte. (Marsailly/Blogostelle)

Par ailleurs, selon les images de la mythologie celtique, les dieux sont intimement reliés au monde animal et certains ont le pouvoir de changer de forme… Dans l’art celtique, on rencontre d’ailleurs d’étranges créatures, mi-animales mi-humaines, divinités ou êtres surnaturels.

Voir aussi les articles Âge du Fer, objets d’art et sanctuaires celtes ;  Le monde mythique des celtes : les Eaux, la forêt, la nature, le surnaturel… et Les dieux celtiques de l’Autre Monde et leurs attributs, Odin et l’arbre cosmique

D’après le dieu gaulois Cernunnos coiffé de bois de cerf avec Apollon et Mercure, relief, Ier-IIIe siècle, et Cernunnos cornu, détail, Pilier des Nautes, Ier siècle, Lutèce, Paris, Gaule romaine. (Marsailly/Blogostelle)

Le druide-guerrier

Grâce à son statut d’officiant spirituel, le druide n’est soumis à aucune obligation fiscale ou militaire. Mais il peut aussi prendre les armes et faire la guerre si cela lui semble nécessaire. Le thème du druide-guerrier apparaît d’ailleurs dans l’épopée irlandaise.

C’est aussi le druide qui prononce les injonctions pour tous, et en particulier pour le roi. Un système strict d’interdits et d’obligations encadrent la royauté celtique. En Ulster, par exemple, on ne doit pas parler avant le roi et le roi ne doit pas parler avant le druide…

D'après L'Antre des druides, estampe, dit Album Genévrier, planche 27, XIXe siècle, château de Fontainebleau. (Marsailly/Blogostelle)
D’après L’Antre des druides, estampe, dit Album Genévrier, planche 27, XIXe siècle, château de Fontainebleau. (Marsailly/Blogostelle)

Soupçonnés de fomenter des révoltes en Gaule, les druides sont condamnés par Rome qui finit par interdire le druidisme trop influent sur les populations gauloises…

« Celtomanie » au XIXe siècle

Au XIXe siècle encore, un mouvement qualifié de celtomanie illustre un engouement souvent fantaisiste pour le monde celtique, les vieilles pierres et le personnage légendaire du druide. Ce personnage continuera de nourrir l’imaginaire des artistes, des écrivains et le folklore populaire…

OGME INVENTE L’ÉCRITURE DANS LA MYTHOLOGIE IRLANDAISE

Si nous connaissons quelques bribes de noms ou de surnoms gaulois, la tradition druidique elle-même n’a laissé aucun texte écrit. Cependant, la mythologie irlandaise évoque le dieu Ogme qui a donné son nom à l’écriture irlandaise ancestrale, l’Ogham…

D’après Hercule-Ogmios, Pilier des Nautes, vers 14-37 apjc, Lutèce, Paris, Gaule Romaine. (Marsailly/Blogostelle)
D’après Hercule-Ogmios, Pilier des Nautes, vers 14-37 apjc, Lutèce, Paris, Gaule Romaine. (Marsailly/Blogostelle)

Ogmios, maître de l’éloquence, de l’écriture, de la magie et de la guerre

La langue des druides a disparu… Dans la mythologie irlandaise, en revanche, il est question du dieu Ogme, inventeur de l’écriture. On retrouve ce dieu en Gaule sous le nom de Ogmios, sculpté sur le pilier des Nautes, à Lutèce (Paris), au début du Ier siècle apjc, à l’époque de la Gaule romaine…

Ses attributs : la force, la massue et la peau de lion

On peut rapprocher le dieu celtique Ogmios (ou Ogme) du héro grec Héraclès (Hercule romain), avec lequel il possède certains attributs en commun, notamment la force, la massue et la peau de lion. Seigneur de l’éloquence et de l’écriture, le dieu Ogmios est aussi un maître de la magie et de la guerre.

D'après Ogmios-Hercule, massue et chaînes, Champ Fleury de Geoffroy Tory, extrait, 1529 apjc, XVIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)
D’après Ogmios-Hercule, massue et chaînes, Champ Fleury de Geoffroy Tory, extrait, 1529 , XVIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

On peut aussi rapprocher Héraclès de Smertrios, dieu gaulois destructeur de monstres, dont le nom signifie le Pourvoyeur… Toutes ces figures évoquent des héros ou des dieux guerriers. Dans ses écrits, César évoque le dieu celte Ogmios et l’assimile à Mars, dieu romain de la guerre.

Découvrir aussi les articles Le panthéon gaulois et romain en Gaule (1) et Le panthéon gaulois et romain en Gaule (2)

Ogme, maître de la guerre et de la magie

Par ailleurs, sans la christianisation qui a propagé l’étude des Écritures, l’irlandais ancien aurait peut-être connu le même sort que la langue des druides ou aurait perdu une grande partie de sa littérature mythique…

D'après Ogmios, dieu celtique de l'éloquence, guerrier et magicien. (Marsailly/Blogostelle)
D’après Ogmios, dieu celtique de l’éloquence, guerrier et magicien. (Marsailly/Blogostelle)

Par ailleurs, avec sa coiffe et ses sandales ailées, pourvu d’un caducée, le dieu celtique de l’éloquence Ogmios rappelle la figure du dieu gréco-romain Hermès – Mercure, lui aussi un artiste en matière de magie et d’éloquence. Les chaînes d’Ogmios symbolisent la puissante magie de son éloquence…

Dans la mythologie irlandaise, il est question du dieu Ogme, inventeur de l’écriture. Ogme se manifeste comme une divinité sombre. On le présente comme le maître de la guerre et de la magie. Ogme a donné son nom à l’écriture irlandaise ancestrale, l’Ogham.

D'après le dieu Hermès Mercure, caducée et serpents, bronze, Ier siècle, Gaule Romaine. (Marsailly/Blogostelle).jpg
D’après le dieu Hermès Mercure, caducée et serpents, bronze, Ier siècle, Gaule Romaine. (Marsailly/Blogostelle)

L’écriture oghamique irlandaise

L’écriture oghamique se compose d’un alphabet de vingt lettres. L’ogham est une forme d’écriture alphabétique utilisée au début de l’ère chrétienne en Irlande. Chaque lettre se distingue grâce à la direction et au nombre des entailles gravées sur la pierre…

Ogme a le pouvoir d’enchaîner les êtres

L’écrivain grec Lucien de Samosate (IIe siècle apjc) compare Ogme à Hercule. Il décrit Ogme en vieillard à la peau sombre et pourvu d’une longue chevelure blanche. Selon cet auteur, Hercule possède les mêmes attributs que le dieu celte Ogme, à l’éloquence redoutable…

D'après Ogmios, Hercule celtique, dieu de l'éloquence, aux pieds ailés, P. Apianus & B. Amiantus, 1534 apjc, XVIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)
D’après Ogmios, Hercule celtique, dieu de l’éloquence, aux pieds ailés, P. Apianus & B. Amiantus, 1534, XVIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

Lucien de Samosate raconte que les attributs du dieu Ogme sont une peau de lion, une massue, un arc et un carquois. De plus, Ogme retient les nombreux hommes qui le suivent par des chaînes d’or, symbole du pouvoir de son éloquence…

Ce pouvoir d’enchaîner les êtres et la puissance de sa magie rendent le dieu Ogme comparable à Varuna, une grande divinité védique de l’Inde ancienne, redoutée aussi pour sa magie et son pouvoir de lier ou de délier les êtres et les choses…

Voir aussi Le Sacré en Inde, Varuna, dieu magicien du panthéon védique

L’éloquence vaut mieux que la force…

Le roi de France François Ier en Ogmios

Dans l’ouvrage Emblemata d’Alciat, l’artiste représente le roi français François Ier en Ogmios, le Hercule gaulois. Ainsi, la puissance de l’éloquence royale enchaîne le clergé, la noblesse et le tiers état représenté sous les figures de juristes et d’un laboureur. L’Emblemata d’Alciat présente un texte titré Eloquence vault mieulx que force

D'après Hercule-Ogmios, massue et chaînes, Emblemata d'Alciat, 1531, France, Renaissance, XVIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)
D’après Hercule-Ogmios, massue et chaînes, Emblemata d’Alciat, 1531, France, Renaissance, XVIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

« Pour ma douce éloquence & royale bonté »

Il s’agit d’un hommage rendu à François Ier, à l’occasion des célébrations de l’entrée de son fils Henri II à Paris, le 16 juillet 1549 apjc. Le roi déclare donc…

« Pour ma douce éloquence & royale bonté ; Chacun prenoit plaisir à m’honorer & suyvre : Chacun voyant aussi mon successeur m’ensuyvre, l’honore ; suyt, contrainct de franche volunté.

« L’arc en la main, en l’autre la massue, Peau de lyon estant cy aperceue, pour Hercules me faict ce vieillart croire. Mais ce qu’il a marque de si grand gloire : Que mener gens enchainez a sa langue Entendre veult, qu’il feist tant bien harengue, Que les Francois pour ses dits de merveilles, Furent ainsi que pris par les oreilles… »

D'après Hercule-Ogmios, massue et chaînes, Emblemata d'Alciat, détail, 1531 apjc, XVIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)
D’après Hercule-Ogmios, massue et chaînes, Emblemata d’Alciat, détail, 1531, XVIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

« Si donc il a par loix; ordonnances Rangé les gens, plustost que par vaillances Dira l’on pas (comme est verité) Que l’espee a lieu aux livres quicté? Et que ung dur cueur par sages mieulx se range, Que gros effort son aspreté ne change? Pour ce Hercules ne fait pas grandes forces : Et si sont gens, apres luy grandes courses. » (Emblemata d’Alciat, 1531)

Après la défaite d’Alésia et la conquête de la Gaule par César en 52 avjc, les peuples Gaulois perdent leur indépendance. Mais ils conservent leurs savoir-faire réputés et leurs traditions culturelles. L’interdiction du druidisme par Rome provoque la disparition des collèges de druides. Pourtant, à côté du culte officiel impérial, héritage spirituel celtique et tradition gauloise perdurent et se marient aux apports romains…

Sommaire Rome antique – Gaule Romaine

REPÈRES CHRONOLOGIQUES. Âge du Fer (Europe). Civilisation de Hallstatt : vers 750 avjc – 450 avjc, premier âge du Fer. La Tène : 450 avjc – 52 avjc, second âge du Fer. Conquête de César : 52 avjc. Gaule Romaine : Ier siècle avjc – IVe siècle. Édit de Constantin en 313 apjc : développement de la religion chrétienne

La Gaule selon Pline l’Ancien : Histoire naturelle, XXX, Traduction Littré (1846).

La Gaule selon César : La guerre des Gaule, les commentaires de Jules César, rédigés au Ier siècle avjc (entre 58 et 51 avjc). Des livres? Princes et princesses celtes, de Patrice Brun. Le Pays des Celtes, de Laurent Olivier, conservateur au Musée d’archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye. Vercingétorix, de Jean-Louis Brunaux, archéologue, spécialiste de la civilisation gauloise.

Mircea Eliade : Traité d’histoire des religions et  Histoire des croyances et des idées religieuses

Publié par Maryse Marsailly

Blogostelle : Histoire de l'Art et du Sacré. Civilisations, chefs-d'œuvre, mythes, symboles..., tout un univers s'exprime dans les œuvres d'art.

Un avis sur « Une tradition druidique orale et poétique en Gaule celtique  »

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