Orient ancien. En Mésopotamie, les sculpteurs sumériens expriment la ferveur des orants

Les cités-royaumes de Sumer

En Mésopotamie, au milieu du IIIe millénaire avjc, la période dite des dynasties archaïques, perdure cinq cents ans. Les Sumériens élaborent le principe de la cité-état. Ils élèvent des palais et des temples, sculptent des reliefs commémoratifs et des statues votives, gravent des sceaux-cylindres… Entre 2850 et 2340 avjc, les Sumériens fondent des royaumes qui rivalisent pour conquérir la suprématie. La culture sumérienne rayonne en Mésopotamie et au-delà…

Par Maryse Marsailly (@blogostelle)
– Dernière mise à jour février 2026-

D'après un orant du temple d'Abu à Eshnunna, albâtre, 2550-2600 avjc, époque des dynasties archaïques, Tell Asmar, Irak actuel, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)
D’après un orant du temple d’Abu à Eshnunna, albâtre, 2550-2600 avjc, époque des dynasties archaïques, Tell Asmar, Irak actuel, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

REPÈRES CHRONOLOGIQUES. Les dynasties archaïques sumériennes : 2900 avjc – 2340 avjc – Première période vers 2900 – 2700 avjc – Deuxième période vers 2700 – 2600 avjc – Ur-Nanshe fonde la première dynastie de Lagash vers 2500 avjc – Troisième période des dynasties archaïques vers 2600 -2340 avjc. Chronologie Orient ancien

LA CITÉ MÉSOPOTAMIENNE, UN CENTRE DYNASTIQUE ET SACRÉ

Chaque souverain sumérien exerce un pouvoir local sur la cité et ses terres environnantes. Le roi joue aussi un rôle sacerdotal. Le grand dieu Enlil, chef suprême du panthéon sumérien, confère la royauté. Mais chaque cité possède sa divinité tutélaire et protectrice…

D’après une scène de libation à la déesse de la Fertilité, relief votif, calcaire, vers 2500 avjc, dynasties archaïques, antique Girsu, Tello, Irak actuel, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)
D’après une scène de libation à la déesse de la Fertilité, relief votif, calcaire, vers 2500 avjc, dynasties archaïques, antique Girsu, Tello, Irak actuel, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

La civilisation de Sumer essaime

Au fil du temps, la civilisation urbaine née au pays de Sumer au IVe millénaire avjc (Irak actuel) se développe de plus en plus… Et différents peuples, dans les vastes et diverses régions de l’Orient Ancien, adoptent la culture sumérienne…

Un même esprit semble animer en Mésopotamie le désir de bâtir et de créer des institutions comparables. L’expression artistique aussi, sous différentes formes, semble s’inspirer d’un même terreau culturel sumérien, fondé sur des traditions, des rites, des croyances et des conventions…

D'après une statuette d'orant royal, un capridé dans les bras en offrande, albâtre, vers 2400 avjc, style sumérien, dynasties archaïques, pays d'Élam, actuel Iran, Orient ancien. (Marsailly/Blogostelle)
D’après une statuette d’orant royal, un capridé dans les bras en offrande, albâtre, vers 2400 avjc, style sumérien, dynasties archaïques, pays d’Élam, actuel Iran, Orient ancien. (Marsailly/Blogostelle)

De la Babylonie, à Tutub et à Eshnunna

À l’époque des dynasties archaïques en Mésopotamie, la civilisation sumérienne se déploie jusqu’en Babylonie, dans des contrées situées en Irak actuel, et jusque dans la région d’Assour… Deux sites de la vallée de la Diyâlâ (rivière et affluent du Tigre), Tutub (actuel Khafadjé) et Eshnunna (actuel Tell Asmar), remontent à cette période, quand la Babylonie s’intègre alors dans la sphère de Sumer…

… jusqu’en Syrie à Mari et à Ebla

Au Sud, possible berceau du futur empire d’Agadé sous la dynastie d’Akkad, les influences sumériennes se marient à la tradition sémite… La civilisation sumérienne se déploie aussi en Syrie, en particulier à Mari, sur l’Euphrate (à la frontière Irak-Syrie), et à Ebla au Sud d’Alep.

D'après une statuette d'orant royal porteur d'offrande, albâtre, style sumérien, 2500-2350 avjc, époque des dynasties archaïques, pays d'Élam, actuel Iran, Orient ancien. (Marsailly/Blogostelle)
D’après une statuette d’orant royal porteur d’offrande, albâtre, style sumérien, 2500-2350 avjc, époque des dynasties archaïques, pays d’Élam, actuel Iran, Orient ancien. (Marsailly/Blogostelle)

Les Mésopotamiens déposent des statues et des statuettes votives dans les temples, avec parfois des inscriptions qui précisent la nature de la dédicace… Les mains jointes, le personnage royal, tête nue, porte le traditionnel kaunakès sumérien à franges laineuses…

À l’époque, le Pays de Sumer entretient des contacts réguliers avec les contrées du Golf arabo-persique. Les populations mésopotamiennes forment finalement une vaste communauté qui englobe aussi, au IIIe millénaire avjc, les habitants du futur pays d’Élam, avec les montagnards du Fars et ceux de la plaine iranienne (actuel Iran)…

D’après un orant coiffé d'un bonnet, statuette, albâtre gypseux, 2850 avjc - 2340 avjc, dynasties archaïques, pays de Sumer, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)
D’après un orant coiffé d’un bonnet, statuette, albâtre gypseux, 2850 avjc – 2340 avjc, dynasties archaïques, pays de Sumer, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

Des cités-états sous l’égide d’une divinité

La civilisation sumérienne se fonde sur le principe de la cité-royaume et sur un schéma urbain très organisé. Une multitude de villes rivales régissent leurs territoires environnants…

Comme à Uruk (actuel Irak), les Sumériens placent chaque cité-état sous la tutelle d’une divinité dont le représentant, chef ou souverain, règne en maître… La lutte pour la suprématie provoque alors de nombreux conflits…

D’après une empreinte de sceau, vers 2800 avjc, première période des dynasties archaïques, cité sumérienne d'Ur, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)
D’après une empreinte de sceau, vers 2800 avjc, première période des dynasties archaïques, cité sumérienne d’Ur, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

LA GLYPTIQUE ILLUSTRE LA MYTHOLOGIE ET LE CULTE DES DIEUX

Si chaque cité sumérienne se place sous la domination et la protection d’une divinité particulière, tous honorent le dieu suprême du panthéon mésopotamien, Enlil…

En-lil confère la souveraineté

Mais ce dieu sumérien de l’Atmosphère ne confère la royauté suprême qu’à une seule cité : celle qui obtient la suprématie sur ses rivales… Les batailles de cette époque vont inspirer la création des premiers récits épiques, gravés sur des tablettes d’argile…

D’après une scène cultuelle et divinités, empreinte de sceau-cylindre, calcaire, 2600-2340 avjc, époque des dynasties archaïques, Sumer, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)
D’après une scène cultuelle et divinités, empreinte de sceau-cylindre, calcaire, 2600-2340 avjc, époque des dynasties archaïques, Sumer, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

Des scènes mythiques et cultuelles sur des sceaux

Les dieux mésopotamiens les plus importants sont Enlil, dieu de l’Atmosphère et souverain du panthéon, Enki (Ea akkadien), dieu de l’Abîme et des Eaux, le dieu-Soleil Shamash et la grande déesse Inanna-Ishtar, divinité de l’amour de la fertilité et de la guerre…

Les graveurs se lancent dans la glyptique et composent des scènes mythiques et cultuelles… Ainsi, on peut rencontrer la figure mythique de l’homme-oiseau, que l’on retrouvera plus tard sur les sceaux d’Agadé, accompagné d’une déité ailée sur le registre inférieur d’un sceau.

En haut, un grand dieu cornu trône en majesté, entouré semble-t-il de porteurs d’offrandes qui sans doute viennent l’honorer peut-être dans un banquet…

D’après une scène mythique, empreinte de sceau-cylindre, argile, style de Fara, 2700-2600 avjc, époque des dynasties archaïques sumériennes, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)
D’après une scène mythique, empreinte de sceau-cylindre, argile, style de Fara, 2700-2600 avjc, époque des dynasties archaïques sumériennes, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

Les archives de la cité de Shuruppak-Fara

La cité de Shuruppak, actuelle Fara en Irak, abrite à l’origine des archives… Cette cité-royaume figure parmi les principautés qui se partagent la Mésopotamie du Sud au cours de l’époque des dynasties archaïques.

On rencontre souvent sur les sceaux de ces époques anciennes des thèmes animaliers… Comme la figure du héros-dompteur ou du maître des Animaux…

Scène cultuelle et Hommes-Oiseaux

Sur un sceau dit du style de Fara, qui remonte à l’époque des dynasties archaïques, le graveur met en scène des animaux et des personnages : homme-taureau, fauves, gazelles, hommes-oiseaux, divinités ailées, créatures surnaturelles… Les compositions illustrent un monde mythique…

L’artiste organise sa composition en un jeu d’entrelacs et d’enchevêtrements. Les formes sont onduleuses et dessinées en relief… La composition décorative, dense et complexe, se déploie en chaîne fermée autour de la surface cylindrique.

D’après une scène mythique, empreinte de sceau-cylindre, style dit de Fara, vers 2700-2600 avjc, dynasties archaïques sumériennes, Shuruppak (actuel Fara), Irak actuel, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)
D’après une scène mythique, empreinte de sceau-cylindre, style dit de Fara, vers 2700-2600 avjc, dynasties archaïques sumériennes, Shuruppak (actuel Fara), Irak actuel, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

Des registres et des documents de transactions

Des vestiges d’habitations de Shuruppak, quelques tombes et surtout des sceaux-cylindres et des tablettes cunéiformes écrites en sumérien remontent au milieu IIIe millénaire avjc…

La touche artistique des empreintes des sceaux se distingue particulièrement, d’où le qualificatif de style de Fara… L’iconographie s’inspire souvent des animaux, capridés affrontés et lions, de héros combattants et de créatures mythiques hybrides.

Les archives de Shuruppak, officielles ou personnelles, contiennent en majorité des textes relatifs à la vie économique, comme des registres de comptabilité. On archive alors aussi quelques exemplaires de transactions concernant des terres.

D’après une tablette de comptes, cunéiforme sumérien, argile, vers 2500 avjc, dynasties archaïques, Shuruppak,-Fara, Irak actuel, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)
D’après une tablette de comptes, cunéiforme sumérien, argile, vers 2500 avjc, dynasties archaïques, Shuruppak,-Fara, Irak actuel, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

Une tablette de comptabilité gravée dans l’argile se rapporte aux activités du gouverneur de la cité de Shuruppak… Les comptes sont inscrits en sumérien cunéiforme (en forme de clou ou de coin)…

Voir aussi l’article L’Orient ancien. Des créations mésopotamiennes au génie de Sumer : céramique, architecture, écriture…

Un roi de Fara devient le héros mythique du Déluge

Le Sumérien Ziusudra, l’un des souverains de Shuruppak-Fara, devient le héros du mythe sumérien du Déluge, dont il existe plusieurs versions… On retrouve ce sage personnage dans l’épopée de Gilgamesh (autre roi devenu légendaire) sous le nom de Outa-Napishtî (ou Ut-Napishtim) en akkadien, à l’époque ultérieure d’Agadée…

D’après Enki trônant, dieu sumérien protecteur de l’Humanité, des filets d'eau jaillissent de ses épaules, empreinte de sceau, IIIe millénaire avjc, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)
D’après Enki trônant, dieu sumérien protecteur de l’Humanité, des filets d’eau jaillissent de ses épaules, empreinte de sceau, IIIe millénaire avjc, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

Prévenu et conseillé par le dieu Enki (Ea en akkadien) qui refuse d’accepter l’anéantissement de l’humanité par les divinités en colère, Ziusudra, sa famille et des animaux échappent au déluge… Finalement, après une grande réconciliation avec les dieux, Ziusudra accède à l’immortalité… On retrouve ce personnage héros du déluge dans le Noé biblique…

Voir aussi les articles Le Sacré en Mésopotamie : Sous la dynastie d’Akkad, les graveurs d’Agadé nous content les histoires des divinités et Ea, dieu de l’Abîme, des Eaux Douces et de la Sagesse

Gilgamesh, roi d’Uruk devenu légendaire

La célèbre épopée de Gilgamesh, héros en quête d’immortalité, se fonde sur l’existence historique d’un roi d’Uruk, une cité en guerre contre la ville de Kish… Des tablettes racontent l’histoire de ce roi devenu héroïque et légendaire, qui aurait régné vers 2600 avjc sur la cité d’Uruk (ou Ourouk)…

D’après un relief votif, considéré comme une image de Gilgamesh vainqueur du Taureau Céleste d'Ishtar, terre cuite, IIIe millénaire avjc, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)
D’après un relief votif, considéré comme une image de Gilgamesh vainqueur du Taureau Céleste d’Ishtar, terre cuite, IIIe millénaire avjc, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

Gilgamesh et son ami Enkidu tuent le Taureau Céleste envoyé par Ishtar, furieuse que le roi d’Uruk refuse de l’épouser… Après la mort de son ami Enkidu, Gilgamesh rencontre Ut-Napishtim (Ziusudra), le survivant du Déluge devenu immortel.

Le sage lui raconte son histoire et lui confie le secret de la plante de jouvence… Mais Gilgamesh manque de vigilance et se la fait voler par le serpent…

Voir aussi l’article L’Orient ancien. Une mosaïque culturelle et artistique, littéraire et mythologique

Lugal, le roi ou Ensi, le prince ou En, le seigneur…

Les inscriptions mésopotamiennes mentionnent des titres variés pour qualifier la royauté… Ces titres, dont les termes sont interchangeables, désignent les différents souverains des différentes cités-royaumes…

D’après une scène d’adoration et d’offrande, sceau de Lugal-Ushumgal, relief, bulle de Tello, période d'Agadé (ou Akkad), 2340-2200 avjc, Irak actuel, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)
D’après une scène d’adoration et d’offrande, sceau de Lugal-Ushumgal, relief, bulle de Tello, période d’Agadé (ou Akkad), 2340-2200 avjc, Irak actuel, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

On rencontre Lugal, le roi, Ensi, le prince ou encore En qui désigne un seigneur… Sur un sceau plus tardif de la période d’Agadé (ou d’Akkad, vers 2340-2200 avjc), on rencontre encore le vocable Lugal

La bulle du prince de Lagash, Lugal-Ushumgal

Parmi les bulles de Tello (antique Girsu, Irak actuel), celle du scribe et prince de Lagash, Lugal-Ushumgal, montre une divinité qui émerge de la Montagne, sans doute Shamash, ici sans ses flammes.

Le dieu Soleil est honoré semble-t-il par une autre déité et par un personnage qui présente un petit animal en offrande… Le dieu visiteur lève la main vers sa bouche dans le geste codifié de la prière…

D’après une scène d’adoration et d’offrande, sceau de Lugal-Ushumgal, relief, bulle de Tello, période d'Agadé (ou Akkad), 2340-2200 avjc, Irak actuel, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)
D’après une scène d’adoration et d’offrande, sceau de Lugal-Ushumgal, relief, bulle de Tello, période d’Agadé (ou Akkad), 2340-2200 avjc, Irak actuel, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

La scène se déroule auprès d’un arbre au sommet duquel apparaît une fleur, symbole d’une végétation épanouie… Une inscription précise : O Sharkalisharri le fort, roi d’Agadé, Lugal-Ushumgal le prince de Lagash (… est) ton serviteur…

VIE DE PALAIS ET MAJESTÉ DES TEMPLES

On bâtit les palais de Kish et de Mari entre 2750 et 2600 avjc. Ces résidences royales comprennent un ensemble de salles qui s’ouvrent sur un espace central. Non loin des palais, les bâtisseurs érigent des sanctuaires. En Mésopotamie, la mission la plus importante du roi se rattache à la construction du temple…

D'après le prince Ginak en orant, statue, gypse, 2700-2600 avjc, époque des dynasties archaïques, Sumer, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)
D’après le prince Ginak en orant, statue, gypse, 2700-2600 avjc, époque des dynasties archaïques, Sumer, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

Kish, Mari, Ebla… palais et archives royales

Espace central et salle d’apparat pour le palais de Kish

À l’époque des dynasties archaïques, les bâtisseurs distinguent l’architecture du palais royal et celle du temple dédié au dieu.

On construit le palais de Kish (Irak actuel) selon le plan mésopotamien traditionnel, fondé sur un ensemble de pièces qui s’ouvrent sur un espace central, couvert ou pas.  Les architectes conçoivent aussi une salle plus monumentale, pièce d’apparat ou sorte de chapelle qui rappelle l’architecture sacrée.

D’après une lance en cuivre, dédiée par le roi de Kish Our Lougal, vers 2600 avjc, Tello, ancienne Girsu ; parure de feuilles en or, tombes royales d’Ur, 2600 -2500 avjc ; dynasties archaïques, Sumer, Irak actuel, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

De tablettes rédigées en sumérien dans la bibliothèque d’Ebla

À Ebla (Tell Mardikh, Syrie actuelle), les architectes construisent dès le IIIe millénaire avjc… La salle rectangulaire des archives du palais royal, découverte dans les années 1974-1976, abrite environ 14 700 tablettes et fragments de tablettes, dont la majorité des textes sont rédigés en sumérien…

Dans ces archives d’Ebla, on entrepose à différentes époques d’occupation des documents relatifs à l’administration centralisée du palais, comme des comptes-rendus d’audiences. Les archives d’Ebla renferment aussi des hymnes sumériens, qui sont de véritables ouvrages littéraires…

D’après une tablette d’argile, écrit commercial et politique, archives du palais royal d'Ebla, Tell Mardikh, IIIe millénaire avjc, époque dynasties archaïques sumériennes, Syrie actuelle, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)
D’après une tablette d’argile, écrit commercial et politique, archives du palais royal d’Ebla, Tell Mardikh, IIIe millénaire avjc, époque dynasties archaïques sumériennes, Syrie actuelle, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

Le premier dictionnaire de l’histoire?

On archive aussi à Ebla une collection de signes cunéiformes avec des indications de prononciation. S’y ajoutent des listes de mots sumériens, leurs transcriptions phonétiques, leurs traductions dans la langue d’Ebla (éblaïte).

Parmi les huit listes de mots sumériens, la plus longue regroupe au moins 1500 vocables. C’est là peut-être le premier dictionnaire de l’histoire… On rencontre aussi un alphabet cunéiforme accompli au deuxième millénaire avjc (vers 1400 avjc) à Ugarit, situé sur la côte syrienne…

L’architecture sacrée de style sumérien

Des palais et des temples à Mari

À Mari (Tell Hariri, Syrie), les premières constructions remontent à la fin du IIIe millénaire avjc, vers 2850-2700 avjc, puis se prolongent au IIe millénaire avjc.

La résidence royale est détruite plus tard par Hammurabi de Babylone (1760-1595 avjc). On a découvert trois palais superposés et plusieurs temples élevés vers 2340 avjc, comme ceux d’Ishtar, d’Ishtarat et de Ninni-Zaza.

D’après l’enceinte sacré du Palais de Mari, 2600-2500 avjc, période des dynasties archaïques sumériennes (époque dite aussi présargonique), Syrie actuelle, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)
D’après l’enceinte sacré du Palais de Mari, 2600-2500 avjc, période des dynasties archaïques sumériennes (époque dite aussi présargonique), Syrie actuelle, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

À Mari, un premier palais imposant, qualifié de pré-sargonique, englobe des ateliers et des entrepôts. Il joue sans doute le rôle de centre marchand et économique du royaume. Parmi les multiples constructions de Mari, se trouve aussi un ensemble architectural isolé, qui se déploie autour d’une cour et évoque un sanctuaire…

Les temples de cette période, souvent recouverts par d’autres constructions, restent peu connus. Peu de traces subsistent des temples érigés à l’époque des premières dynasties archaïques…

Parmi les vestiges de l’architecture sacrée de style sumérien, le plus connu est le temple Ovale de la cité de Khafadje (ancienne Tutub), situé à l’époque en Babylonie (actuel Irak).

D’après le temple Ovale de Khafadje, ancienne Tutub, vers 2700 avjc, période des dynasties archaïques sumériennes, région de la Diyâlâ, Irak actuel, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)
D’après le temple Ovale de Khafadje, ancienne Tutub, vers 2700 avjc, période des dynasties archaïques sumériennes, région de la Diyâlâ, Irak actuel, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

Pour commencer, les constructeurs du temple Ovale creusent une fosse de huit mètres de profondeur. Ils remblaient ensuite la fosse avec du sable avant de poser les fondations de l’édifice et d’élever les murs…

On n’explique pas cet énorme travail préparatoire qui renvoie peut-être à des rites de fondation… La juxtaposition de niveaux du temple Ovale de la cité de Khafadje préfigure la tour à étages, la ziggourat…

Voir aussi l’article La ziggurat mésopotamienne s’élance vers le Ciel…

D'après le troupeau sacré de la déesse Inanna, empreinte de sceau, temple de Sîn, Khafadje, IIIe millénaire avjc, dynasties archaïques sumériennes, Irak actuel, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)
D’après le troupeau sacré de la déesse Inanna, empreinte de sceau, temple de Sîn, Khafadje, IIIe millénaire avjc, dynasties archaïques sumériennes, Irak actuel, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

Le principe architectural de la terrasse

Le temple Ovale de Khafadje possède un double sanctuaire et marie tradition et nouveauté. Une grande cour intérieure, entourée par des entrepôts et des ateliers, permet d’organiser les cérémonies de culte. Un petit sanctuaire s’élève sur une terrasse…

La vaste cour s’intègre dans une enceinte ovale légèrement surélevée… Puis une deuxième enceinte, plus basse, abrite une deuxième construction, dont le plan rappelle celui d’une maison à cour centrale, sans doute un second sanctuaire. On honore alors au sein du temple la divinité représentée par un personnage humain…

D’après le temple de Sîn, dieu Lune, Khafadje, vers 2600 avjc, période des dynasties archaïques sumériennes, région de la Diyâlâ, Irak actuel, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)
D’après le temple de Sîn, dieu Lune, Khafadje, vers 2600 avjc, période des dynasties archaïques sumériennes, région de la Diyâlâ, Irak actuel, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

Le Temple de Sîn, dieu Lune

Consacré à Sîn (ou Nanna), le dieu Lune, on élève à Khafadje un autre temple bâti sur une terrasse. Les architectes conçoivent, là aussi, un ensemble de pièces qui ouvrent sur une cour centrale. Pour la salle principale, la cella, ils élaborent un vestibule, une entrée coudée, un podium et des annexes.

DES STATUES VOTIVES D’ORANTS

Selon la tradition en Mésopotamie, à l’époque des dynasties archaïques sumériennes, les croyants se rendent dans les temples où ils peuvent déposer une statue vouée à leur divinité… Ainsi, le Temple Carré du dieu de la Végétation Abu abrite de nombreuses sculptures d’orants en prière…

D'après un couple d'orants, temple d'Abu, Eshnunna, 2550-2600 avjc, époque des dynasties archaïques sumériennes, Tell Asmar, Irak actuel, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)
D’après un couple d’orants, temple d’Abu, Eshnunna, 2550-2600 avjc, époque des dynasties archaïques sumériennes, Tell Asmar, Irak actuel, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

Le temple d’Abu à Eshnunna dit temple Carré

À Eshnunna, sur le site de Tell Asmar (Irak actuel), les architectes érigent le temple d’Abu et son enceinte carrée d’où son nom de Temple Carré. Cet édifice sacré comprend trois espaces cultuels dédiés à une triade divine : Abu, divinité de la Verdure, sa parèdre et le fils d’Abu.

Le plan du temple d’Abu se déploie autour d’une cour centrale entourée de dépendances. Le sanctuaire prend la forme d’une cella en longueur et abrite un podium sur le mur du fond. Ce podium permet d’exposer les sculptures votives qui perpétuent les prières des fidèles.

D’après un groupe d'orants, statuaire votive, temple d'Abu, dieu de la Verdure, 2550-2600-avjc, époque des dynasties archaïques sumériennes, Eshnunna, Tell Asmar, actuel Irak, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)
D’après un groupe d’orants, statuaire votive, temple d’Abu, dieu de la Verdure, 2550-2600-avjc, époque des dynasties archaïques sumériennes, Eshnunna, Tell Asmar, actuel Irak, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

La statuaire votive du temple d’Abu

Pour cela, on construit des banquettes en briques crues et plâtrées. Mais les dévots sont nombreux à déposer des ex-votos destinés aux dieux et, faute de place, on finit par enterrer les statuettes votives dans des cachettes.. Cette époque inaugure aussi les commencements de l’art de la grande statuaire…

Sur un groupe sculpté du temple d’Abu, un couple de dévots honore la divinité de la Verdure… Les artistes sculptent les personnages les mains jointes, dans l’attitude de la prière. Certaines de ces statues sont conservées dans les musées de Bagdad et de Chicago.

D’après un orant barbu, les mains jointes dans l'attitude de la prière, statuette votive, albâtre, Eshnunna-Tell Asmar, 2750-2600 avjc, époque des dynasties archaïques sumériennes, actuel Irak, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)
D’après un orant barbu, les mains jointes dans l’attitude de la prière, statuette votive, albâtre, Eshnunna-Tell Asmar, 2750-2600 avjc, époque des dynasties archaïques sumériennes, actuel Irak, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

Les orants aux grands yeux expriment la puissance du regard…

Les figures d’orants peuvent être sculptées dans le calcaire, le schiste, et l’albâtre. Il existe deux sortes d’albâtre : l’albâtre calcaire composé de calcite et l’albâtre gypseux riche en gypse. Les sculpteurs travaillent le rendu des traits dans l’esprit stylistique de la statuaire sumérienne.

Les statues d’orants de cette époque arborent un front court, de très grands yeux, une ligne sobre pour le sourcil, un nez pointu assez petit, une bouche étroite qui parfois semble faire la moue, des épaules carrées, des coudes très pointus, des bras ramenés sur les côtés du corps…

D’après un homme et une femme en prière, statuaire votive, albâtre, temple Carré du dieu Abu, Eshnunna-Tell Asmar, 2550-2600 avjc, époque des dynasties archaïques sumériennes, actuel Irak, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

Les artistes utilisent des incrustations colorées

Les sculpteurs renforcent la puissance des regards grâce à des incrustations de bitume ou de pierres colorées. D’aspect pâteux et de couleur sombre, le bitume (hydrocarbures, résines et asphaltènes) existe en quantité dans le milieu naturel mésopotamien.

Les Mésopotamiens utilisent le bitume pour confectionner des objets tels des vases, pour créer des motifs, pour rehausser des sculptures, ou encore le bitume peut servir de liant imperméable ou de colle.

D’après un orant, au visage et à la barbe en forme de trapèze, vers 2700 avjc, Eshnunna-Tell Asmar ; cachet zoomorphe, marbre, Tello-Girsu ; époque des dynasties archaïques sumériennes, Irak actuel, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

Une statuaire aux formes stylisées et géométriques

À l’époque des dynasties archaïques, les sculpteurs créent une statuaire aux formes simplifiées et géométriques. Les personnages aux traits stylisés affichent une attitude frontale, fondée sur la ligne de l’axe du corps. La mise en valeur des yeux suggère l’importance du regard dans l’acte de dévotion…

Comme pour les personnages, l’art animalier des cachets révèle lui aussi un goût pour la géométrie et la stylisation…

D'après un homme en prière, orant, barbe et robe en trapèze, statue votive, albâtre, 2750–2600 avjc, époque des dynasties archaïques sumériennes, Irak actuel, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)
D’après un homme en prière, orant, barbe et robe en trapèze, statue votive, albâtre, 2750–2600 avjc, époque des dynasties archaïques sumériennes, Irak actuel, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

Un art de la simplification géométrique

Ainsi, les yeux des orants sont énormes par rapport à la taille de leurs visages. Les incrustations renforcent l’impression d’une présence forte. Cette présence est encore accentuée par une franche frontalité. Les artistes cultivent l’art de la simplification géométrique des formes…

Si les sculpteurs donnent à leurs figures des épaules très carrées et des coudes pointus, les orants portent une jupe en forme de cône qui contribuent encore à la géométrisation de leur silhouette. La barbe, la coiffure et le visage sont très stylisés et dessinent des lignes trapézoïdales, qui distinguent particulièrement ces pieux personnages sumériens…

D'après un homme en prière, orant, barbe et robe en trapèze, statue votive, albâtre, 2750–2600 avjc, époque des dynasties archaïques sumériennes, Irak actuel, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)
D’après un homme en prière, orant, barbe et robe en trapèze, statue votive, albâtre, 2750–2600 avjc, époque des dynasties archaïques sumériennes, Irak actuel, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

Des personnages idéalisés

Les sculpteurs exploitent la géométrie des formes et des volumes des corps, ce qui donne aux personnages une dimension idéale, symbolique voire spirituelle… La mise en valeur des yeux et l’attention portée à la puissance du regard exprime peut-être l’efficacité symbolique et mystique qui se rattache à l’acte de la prière…

Reliefs perforés et banquets sacrés

Au cours de la période des dynasties archaïques, on rencontre aussi des reliefs perforés caractéristiques de cette période… Ces ouvrages sculptés sont destinés peut-être à être accrochés sur les murs des sanctuaires à l’aide de clous ou bien ils participent à un système de fermeture de portes…

D'après une scène de banquet, sceau de la reine Pû-abi, vers 2600 avjc, tombes royales d'Ur (Tell al-Muqayyar), actuel Irak, époque des dynasties archaïques sumériennes, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)
D’après une scène de banquet, sceau de la reine Pû-abi, vers 2600 avjc, tombes royales d’Ur (Tell al-Muqayyar), actuel Irak, époque des dynasties archaïques sumériennes, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

Célébration du culte, renouveau et prospérité

Ces œuvres possèdent sans doute une signification votive ou rituelle… La grande majorité de ces bas-reliefs représentent le thème du banquet sacré, un rituel que l’on retrouve dans la glyptique gravé sur des sceaux-cylindres…

Manger et boire en présence de la divinité, représentée elle-même ou non sur les reliefs, symbolise un acte majeur dans la célébration du culte. Le banquet relève du sacré, garantit le renouveau de la Nature et assure la prospérité du royaume grâce à la protection des dieux…

D’après une scène de Banquet, dont un épisode sur l'eau, bas-relief perforé, vers 2700 - 2650 avjc, époque des dynasties archaïques, Sumer, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)
D’après une scène de Banquet, dont un épisode sur l’eau, bas-relief perforé, vers 2700 – 2650 avjc, époque des dynasties archaïques, Sumer, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

Sur les bas-reliefs, les artistes représentent le banquet lui-même, des chars royaux ou rituels, parfois des bateaux, des serviteurs, des porteurs chargés d’offrandes, des scènes de libation et la divinité quand elle assiste aux célébrations…

Les personnages sont brossés le torse nu et portent des sortes de pagnes à languettes, à hauteur des genoux. Un rendu schématique des formes, de la barbe et des coiffures anime ces tableaux sacrés interprétés en deux dimensions dans la pierre ou dans la terre cuite…

D'après des festivités du Nouvel-An, bas-relief perforé, vers 2700-avjc, Khafadje, époque des dynasties archaïques sumériennes, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)
D’après des festivités du Nouvel-An, bas-relief perforé, vers 2700-avjc, Khafadje, époque des dynasties archaïques sumériennes, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

Parmi les festivités, la célébration du Nouvel An.

Il semble que le banquet mésopotamien a lieu en diverses occasions… Mais nous ne connaissons pas avec précision le calendrier, le déroulement et la signification de ces festivités.

Nous savons que cette activité cultuelle se rapporte entre autres aux célébrations du Nouvel An, symbole du renouveau de la Nature. C’est un moment traditionnellement propice pour assurer la fertilité de la Terre et la prospérité du royaume pour l’année à venir…

D'après Kur-lil en orant, haut personnage du royaume d'Uruk, statuaire votive, vers 2500 avjc, temple de Ninhursag, Tell al-Ubaid, Irak actuel, époque des dynasties archaïques sumériennes, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)
D’après Kur-lil en orant, haut personnage du royaume d’Uruk, statuaire votive, vers 2500 avjc, temple de Ninhursag, Tell al-Ubaid, Irak actuel, époque des dynasties archaïques sumériennes, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

Pendant un temps, le pays de Sumer se retrouve morcelé en différents territoires gérés par des cités-royaumes rivales… Puis, les premières dynasties d’Ur et de Lagash prennent le dessus et mènent la civilisation sumérienne à son apogée. L’architecture sacrée et palatiale comme les arts prennent alors une nouvelle dimension…

Article suivant : Orient ancien. L’art royal en Mésopotamie sous les dynasties sumériennes d’Ur et de Lagash

Une aventure ? L’épopée de Gilgamesh (Mésopotamie) : des tablettes du XIIIe siècle avjc racontent l’épopée du roi Gilgamesh en quête d’immortalité… (ce souverain aurait régné vers 2600 avjc sur la cité d’Uruk (ou Ourouk )… Un livre ? L’Histoire commence à Sumer, de Samuel Noah Kramer (1956).

Publié par Maryse Marsailly

Blogostelle : Histoire de l'Art et du Sacré. Civilisations, chefs-d'œuvre, mythes, symboles..., tout un univers s'exprime dans les œuvres d'art.

4 commentaires sur « Orient ancien. En Mésopotamie, les sculpteurs sumériens expriment la ferveur des orants »

Commenter ?

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.