Le Sacré en Égypte ancienne. Thot, dieu lunaire du temps, du calcul et du calendrier rituel 

Thot, le maître du jeu

À Hermopolis, La ville des Huit (Ogdoade), le dieu Thot de la Sagesse et du Savoir est souverain. La mythologie égyptienne raconte comment Thot gagne au jeu de senet les cinq jours épagomènes contre Khonsou identifié à la Lune. Maître du jeu, de l’intelligence et du calcul, dieu lunaire du temps, régulateur du calendrier et scribe des dieux, Thot  joue un rôle important dans les célébrations rituelles égyptiennes. Pour les scribes et les lettrés, “ce que Thot fait est grand”…

Par Maryse Marsailly (@blogostelle)
– publié le 29 mars 2026 – 

D’après Thot babouin et le Soleil Levant Khépri, pectoral, tombe de Toutânkhamon, XVIIIe dynastie, vallée des Rois, Nouvel Empire, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)  
D’après Thot babouin coiffé du disque lunaire et le Soleil Levant sous la forme de Khépri scarabé, pectoral, tombe de Toutânkhamon, XVIIIe dynastie, vallée des Rois, Nouvel Empire, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)  

REPÈRES CHRONOLOGIQUES. Époque Thinite vers 3400-2980 avjc. Ancien Empire 2980-2475 avjc. Moyen Empire 2160-1788 avjc. Nouvel Empire 1580-1090 avjc. Troisième période intermédiaire 1090-663 avjc. Basse Époque 663 – 332 avjc. Époque ptolémaïque 332-30 avjc. Époque Romaine 30 avjc.

THOT ET LES 5 JOURS ÉPAGOMÈNES

La mythologie égyptienne raconte comment Thot joue aux dés avec la Lune et gagne les cinq jours épagomènes supplémentaires pour boucler l’année solaire en 365 jours. Le jeu de senet possède une symbolique funéraire et cosmique et permet une métaphore illustrant la maîtrise de Thot du temps et du calcul, faisant de lui le maître du jeu et de l’intelligence…

D’après Thot et un scribe, boîte, faïence siliceuse, Hermopolis Magna, Deuxième période intermédiaire - début XVIIIe dynastie, Nouvel Empire, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 
D’après Thot et un scribe, boîte, faïence siliceuse, Hermopolis Magna, Deuxième période intermédiaire – début XVIIIe dynastie, Nouvel Empire, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 

Thot gagne cinq jours épagomènes au jeu 

Dans la tradition égyptienne, l’année compte à l’origine 360 jours. Nout, déesse Ciel, est enceinte mais maudite par le dieu Rê solaire qui lui interdit d’accoucher, quel que soit le jour de l’année. Ainsi, sans jours supplémentaires, les enfants de Nout ne peuvent pas venir au monde…. 

Le dieu Thot de la Sagesse, de l’écriture, de la mesure et du calcul défie alors Khonsou, déité lunaire, parfois identifiée à la Lune elle-même. Thot lui propose une partie de senet (dés ou senet selon les traductions, jeu de société égyptien).

D’après un jeu de senet, boîte d'Imenmès, bois, vers 1300 avjc, Nouvel Empire, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après un jeu de senet, boîte d’Imenmès, bois, vers 1300 avjc, Nouvel Empire, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Si Thot l’emporte, il obtiendra  une partie de la lumière de la Lune que Khonsou possède pour créer cinq jours épagomènes… 

Grâce à son intelligence et à sa ruse, le dieu Thot gagne la partie et remporte suffisamment de lumière lunaire pour créer cinq jours supplémentaires, ces jours ne faisant pas partie des 360 jours de l’année égyptienne. (Plutarque De Iside et Osiride).

Les cinq jours épagomènes gagnés par Thot permettent à la déesse Nout d’accoucher de ses enfants : Osiris, Horus l’Ancien, Seth, Isis et Nephtys (selon diverses versions du mythe). Les cinq jours épagomènes deviennent les anniversaires mythiques des dieux. Osiris et Isis engendre le jeune Horus, premier pharaon mythique protégé de Thot. 

D’après une scène du jeu de senet, boîte d'Imenmès, bois, vers 1300 avjc, Nouvel Empire, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après une scène du jeu de senet, boîte d’Imenmès, bois, vers 1300 avjc, Nouvel Empire, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Voir aussi l’article L’Art de l’Égypte ancienne, les artistes illustrent des univers mythiques et funéraires

Le jeu de senet ou “passage” se pratique pendant plus de trois mille ans en Égypte. Le déplacement des pions sur le plateau symbolise le voyage de l’âme du défunt dans l’au-delà souterrain, inspiré par le cycle solaire et le périple du Soleil renaissant chaque matin. Les pions sont rangés dans un tiroir coulissant. Ce jeu est souvent présent dans les tombeaux…

D’après le jeu de senet d'Amenhotep III (Aménophis III), tiroir coulissant séparé, faïence bleue, 1390-1353 avjc,  XVIIIe dynastie, Nouvel Empire, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après le jeu de senet d’Amenhotep III (Aménophis III), tiroir coulissant séparé, faïence bleue, 1390-1353 avjc,  XVIIIe dynastie, Nouvel Empire, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Il semble que l’on pratique le jeu de senet à partir des premières dynasties. Ce jeu se présente comme un circuit de trois fois dix cases (30 cases). Deux joueurs font avancer chacun une série de pions en fonction d’un lancer de bâtonnets ou d’osselets en guise de dés. Chaque joueur tente de bloquer ou de faire reculer son adversaire…

Pour gagner au jeu de senet, il faut le premier faire sortir tous ses pions du plateau, comme pour le jeu de l’oie ou celui des petits chevaux. Seul un lancer particulier permet de sortir des cinq dernières cases…

D’après un jeu de senet au nom de Amenhotep III (Aménophis III), faïence bleue, 1390-1353 avjc,  XVIIIe dynastie, Nouvel Empire, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après un jeu de senet au nom de Amenhotep III (Aménophis III), faïence bleue, 1390-1353 avjc,  XVIIIe dynastie, Nouvel Empire, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Sous le Nouvel Empire, le jeu de senet porte 20 cases sur son autre face, un principe provenant du Proche-Orient. Chaque participant doit introduire cinq pions (identiques à ceux du senet) petit à petit sur le circuit. Certaines cases sont favorables, d’autres défavorables…

Sur un jeu de senet restauré (Metropolitan Museum of Art,), le côté visible montre un plateau de 30 cases. Dessous se trouve un jeu du senet à 20 cases…

D’après un jeu de senet restauré, incrustations de faïence bleue, boîte et pions, tombe avec brunissoir à papyrus au nom du scribe Merymaat, Abydos, règne Thoutmôsis III, 1550-1295 avjc, XVIIIe dynastie, Nouvel Empire, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 
D’après un jeu de senet restauré, incrustations de faïence bleue, boîte et pions, tombe avec brunissoir à papyrus au nom du scribe Merymaat, Abydos, règne Thoutmôsis III, 1550-1295 avjc, XVIIIe dynastie, Nouvel Empire, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 

Le jeu de Senet, un rituel de passage 

Vers la fin de la XVIIIe dynastie, certains jeux de senet  portent des inscriptions sur chacune de leur 30 cases. Des scènes de jeu sont peintes dans les tombes : le défunt, dont le sort dépend de l’issue de la partie, affronte un adversaire invisible… Ce thème est commenté dans le Livre pour Sortir au Jour (dit Livre des morts)…

On retrouve cette thématique funéraire avec le jeu à 20 cases qui évolue en un circuit de 31 cases. Le défunt y côtoie un collège divin de 30 divinités. L’aboutissement de ce chemin sous forme de jeu est de se faire accepter en tant que 31eme…

D’après une scène de jeu de Senet, porte de la tombe de Sennedjem, bois stuqué et peint,  Deir el-Medineh, XIXe dynastie, Nouvel Empire, nécropole thébaine, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)  
D’après une scène de jeu de Senet, porte de la tombe de Sennedjem, bois stuqué et peint,  Deir el-Medineh, XIXe dynastie, Nouvel Empire, nécropole thébaine, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)  

Sur la porte de la tombe de Sennedjem (TT1), le défunt et son épouse Ineferti jouent au senet contre des adversaires invisibles. Le jeu de Senet ou jeu “de passer” permet de gagner son “passage” dans l’au-delà.

Une inscription sur onze colonnes du texte du Livre des Morts accompagne la scène pour assurer aux défunts leur survie dans l’autre monde… Sennedjem fut « Serviteur dans la Place de Vérité » sous Séthi I et Ramsès II.

D'après le sarcophage extérieur de Sennedjem, bois stuqué et peint, XIXe dynastie, règne de Ramsès II, Nouvel Empire, Deir el-Medineh, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)  
D’après le sarcophage extérieur de Sennedjem, bois stuqué et peint, XIXe dynastie, règne de Ramsès II, Nouvel Empire, Deir el-Medineh, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)  

Les serviteurs dans la place de Vérité sont les ouvriers et artisans spécialisés du village de Deir el-Medineh (ou Deir el-Médina) chargés de construire les tombeaux et temples funéraires des pharaons du Nouvel Empire (XVIIIe -XXe dynasties).

DES CÉLÉBRATIONS SOUS L’ÉGIDE DE THOT

Thot, dieu lunaire maître du temps, régulateur du calendrier et scribe des dieux qui “compte les années”, joue un rôle important dans les célébrations rituelles de l’Égypte ancienne. Si le calendrier solaire régit la vie profane, le calendrier lunaire ordonne les célébrations sacrées sous l’égide de Thot…  

D’après Thot babouin coiffé du disque lunaire, figurine votive, alliage cuivreux, 663 - 332 avjc, Basse Époque, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 
D’après Thot babouin coiffé du disque lunaire, figurine votive, alliage cuivreux, 663 – 332 avjc, Basse Époque, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 

Le mois de Thot et le Nouvel An

Comme en témoigne des papyrus calendaires (Edfou, Esna) et des textes des temples ptolémaïques, le premier mois de l’année égyptienne se rapporte au dieu Thot  (Ḏḥwtyt). Ainsi, le premier mois de la saison Akhet porte le nom de Thot (correspondance juillet-août). Akhet correspond à la saison des crues fertiles du Nil.

Au moment du mois de Thot, les égyptiens organisent des fêtes en l’honneur du dieu d’Hermopolis.  Au moment culminant de ces célébrations, le dix-neuvième jour, on déguste en abondance des viandes, du miel et des figues…

D’après Thot coiffé du disque lunaire et Sothis avec l’étoile à 5 branches (Sirius), bas-relief, stèle, Deir el-Medineh, nécropole thébaine, 1292-1191 avjc, XIXe dynastie, Nouvel Empire, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 
D’après Thot coiffé du disque lunaire et Sothis avec l’étoile à 5 branches (Sirius), bas-relief, stèle, Deir el-Medineh, nécropole thébaine, 1292-1191 avjc, XIXe dynastie, Nouvel Empire, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 

Si le rituel du Nouvel An renvoie au cycle solaire et au dieu Rê, Thot en est l’ordonnateur et le maître des rites. La fête de Wepet Renpet célébrant la montée du Nil marque le début de l’année dans l’Égypte ancienne et son premier jour est implicitement placé sous le patronage de Thot. 

Le Wepet Renpet coïncide alors avec le lever héliaque de Sirius, événement astronomique annonçant l’inondation annuelle du Nil. Les festivités et rites du Nouvel An renvoient à la mythologie, aux cycles de la Nature, à la régénération et au renouveau de la vie…

D’après la déesse Sothis-Sopdet-Isis avec l’étoile à 5 branches, relief peint, tombe de Séthi Ier, vers 1300 avjc, Thèbes, Vallée des Rois, XIXe dynastie, Nouvel Empire, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après la déesse Sothis-Sopdet-Isis avec l’étoile à 5 branches, relief peint, tombe de Séthi Ier, vers 1300 avjc, Thèbes, Vallée des Rois, XIXe dynastie, Nouvel Empire, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Pour les anciens Égyptiens le lever héliaque de Sirius annonce le début de la crue, la saison des inondations et de la fertilisation des terres. Cet événement induit une nouvelle année. Le Lever héliaque de Sirius signifie que l’étoile se lève quasiment en même temps que le Soleil au lever du jour. 

La déesse Sothis, incarnation féminine de l’étoile Sirius, est qualifiée de maîtresse de l’année. Par ailleurs, la déesse Isis, maîtresse des étoiles à Philae, s’assimile à Sothis (Sopdet) et à Satis…

Voir aussi les articles Le Sacré en Égypte ancienne :  La déesse Isis aux Dix mille noms, « Mère de toutes choses » et La déesse Isis, icône universelle de Philae, Osiris à Biggeh

D’après Thot maître de la Lune ou œil de la Lune et pleine Lune, relief peint, temple d’Hathor, Dendérah, époque ptolémaïque, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 
D’après Thot maître de la Lune ou œil de la Lune et pleine Lune, relief peint, temple d’Hathor, Dendérah, époque ptolémaïque, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 

Nouvelle Lune et Pleine Lune

Dans tout le royaume, plusieurs célébrations sont liées aux phases de la Lune sous l’égide de Thot, dieu lunaire parfois qualifié d’œil de la Lune. Comme le mentionnent des textes astronomiques dans des temples, les Textes des Sarcophages (CT, formules 155-158) et Le Livre pour Sortir au Jour (dit Livre des Morts- 17) … 

Les principales fêtes lunaires sont celles de la Nouvelle Lune et de la Pleine Lune. Nouvelle Lune et Pleine Lune sont des moments propices aux rites de purification et aux rituels de l’écriture sacrée

D’après le cycle lunaire, 14 déités et nouvelle Lune, relief peint, temple d’Hathor, Dendérah, époque ptolémaïque, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)  
D’après le cycle lunaire, 14 déités et nouvelle Lune, relief peint, temple d’Hathor, Dendérah, époque ptolémaïque, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)  

La Nouvelle Lune renvoie à la renaissance cyclique du temps. La Pleine Lune symbolise la perfection et l’intégrité associées à l’œil d’Horus restauré par le dieu Thot.

L’œil Oudjat d’Horus incarne l’intégrité retrouvée, physique et divine, voir l’article Le mythe d’Osiris, de la déesse Isis et de leur fils Horus

Si les Égyptiens honorent Thot dans les temples et à l’occasion de célébrations festives, son culte prend diverses formes. Thot se rattache à de nombreuses activités de la vie  quotidienne : fondations d’édifices, mesures utilisées par les artisans, amulettes, nécropoles…

D’après le dieu Thot recevant des offrandes, relief peint, temple de Qasr el-Agoûz, Médinet Habou, règne Ptolémée VIII Évergète II, époque Ptolémaïque, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après le dieu Thot recevant des offrandes, relief peint, temple de Qasr el-Agoûz, Médinet Habou, règne Ptolémée VIII Évergète II, époque Ptolémaïque, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Par ailleurs, le culte de Thot se rattache à la pratique des oracles, une activité plus personnelle. Thot parle par la bouche de son oracle. Ainsi, les paroles de l’oracle sont considérées comme une manifestation de la parole du dieu… 

À Qasr el-Agoûz, le dieu Thot apparaît souverain, à tête d’ibis et coiffé du disque et du croissant lunaire. Thot porte parfois les couronnes rituelles hemhem ou atef.

D’après Thot trônant et couronné, relief peint, temple de Qasr el-Agoûz, Médinet Habou, règne Ptolémée VIII Évergète II, époque Ptolémaïque, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)  
D’après Thot trônant et couronné, relief peint, temple de Qasr el-Agoûz, Médinet Habou, règne Ptolémée VIII Évergète II, époque Ptolémaïque, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)  

Dans le temple-chapelle ptolémaïque de Qasr el-Agoûz, Thot se manifeste sous deux formes particulières. La formule Thot-Setem est  interprétée comme “Thot-qui-écoute”.

Le dieu d’Hermopolis est qualifié aussi de Thot, le-visage-de-l’ibis-a-dit, un épithète se rapportant à la parole. Thot est « celui qui sait, qui annonce le lendemain, qui perçoit l’avenir sans se tromper »…  

D’après Thot présentant dame Nestarout au dieu Atoum et formules rituelles, bois peint, 943 -731 avjc, XXIIe dynastie, Troisième période intermédiaire, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)  
D’après Thot présentant dame Nestarout au dieu Atoum et formules rituelles, bois peint, 943 -731 avjc, XXIIe dynastie, Troisième période intermédiaire, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)  

Thot célébré à Hermopolis

À Hermopolis Magna (actuel el-Ashmunein), capitale du culte de Thot et cité de l’Ogdoade (la Ville des Huit), le dieu de la sagesse est l’objet de célébrations locales, en particulier à l’époque tardive et ptolémaïque. 

La déesse Nehemetaouay, épouse de Thot à Hermopolis, est coiffée d’un sistre en forme de sanctuaire.

D’après Thot et la déesse Nehemetaouay, relief peint, temple de Qasr el-Agoûz, Médinet Habou, règne Ptolémée VIII Évergète II, époque ptolémaïque, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après Thot et la déesse Nehemetaouay, relief peint, temple de Qasr el-Agoûz, Médinet Habou, règne Ptolémée VIII Évergète II, époque ptolémaïque, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Des inscriptions ptolémaïques d’Hermopolis suggèrent des processions consacrées à Thot, souvent sous la forme de l’oiseau ibis ou du babouin. Le dieu reçoit des offrandes de rouleaux, de palettes et d’encens… 

Des rites renvoient à la création primordiale et à l’œuf cosmique évoquant la cosmogonie d’Hermopolis. L’Ogdoade (les Huit) forme une entité collective, indistincte, invoquée comme “état antérieur” dans les célébrations. Des textes d’Edfou présentent des parallèles théologiques. 

D’après Thot babouin coiffé du disque lunaire, statue, grès, provenance Abou Simbel, 1279-1213 avjc, XIXe dynastie, Nouvel Empire, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 
D’après Thot babouin coiffé du disque lunaire, statue, grès, provenance Abou Simbel, 1279-1213 avjc, XIXe dynastie, Nouvel Empire, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 

Thot se manifeste comme le médiateur entre le chaos primordial et le monde ordonné. Thot est le maître du temps de l’éclosion, le dieu de la parole qui “ouvre” l’œuf,  le mesureur du moment juste.

« L’Ogdoade vint à l’existence au premier moment, dans l’œuf de l’infini, tandis que Thot prononçait la parole. » (texte fragmentaire reconstruit par Sethe / Junker). Cette formule désigne l’Ogdoade comme les  forces primordiales, l’Œuf comme la matrice et le dieu Thot comme le logos créateur (verbe créateur)

D’après Thot ibis, oiseau en bois et stuc, tête en argent, yeux en verre, XXVIe dynastie, 664 -525 avjc, Basse Époque, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 
D’après Thot ibis, oiseau en bois et stuc, tête en argent, yeux en verre, XXVIe dynastie, 664 -525 avjc, Basse Époque, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)  

Voir aussi Le culte de Thot, grand dieu d’Hermopolis et substitut de Rê sur Terre

Des textes des temples de Dendérah et d’Edfou et Le Livre pour Sortir au Jour dit Livre des Morts (chap. 18, 30B, 125) évoquent Khoiak, la fête d’Osiris (octobre-novembre)…

Durant le mois de Khoiak dédié à Osiris, Thot joue un rôle essentiel comme scribe du jugement, magicien, guérisseur et protecteur du corps reconstitué d’Osiris. Thot est invoqué dans les rites de momification, les liturgies osiriennes et les formules de justification funéraires.

D’après Thot ibis, Thot babouin et l’œil Oudjat, stèle votive de Neferrenpet et Huineferet en adoration, calcaire, 1292–1191 avjc, Deir el-Medina, Thèbes, XIXe dynastie, Nouvel Empire, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)  

Si habituellement les stèles funéraires et votives mettent en lumière le dieu Osiris et le cycle solaire, symboles de résurrection dans l’Au-delà, la stèle de Neferrenpet et Huineferet évoque Thot comme divinité de la Lune et de l’intégrité physique et spirituelle (œil Oudjat). Ici, la barque de Thot rappelle la barque solaire. 

Selon la mythologie de Rê, la puissance de Thot lui a été conférée par le dieu solaire suprême faisant de lui son “substitut” sur Terre…

D’après le papyrus Chester Beatty IV, feuille 5, texte littéraire hiératique, mélanges tardifs, recto hymnes monothéistes, verso mélange d’un étudiant, XIXe dynastie, Nouvel Empire, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 

Les lettrés invoquent le dieu Thot

Selon des écrits sur ostracons (coquille ou tesson), des colophons (formule finale d’un texte), des hymnes à Thot du Nouvel Empire et le papyrus Chester Beatty IV, il existe des célébrations non publiques dédiées à Thot dans les milieux lettrés.

Voir aussi l’article Le dieu Thot, maître de l’écriture, du savoir et de la Lune

D’après le scribe royal Youpa, grand intendant sous Ramsès II, protégé par Thot, basalte, XIXe dynastie, Hermopolis Magna, Nouvel Empire, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 
D’après le scribe royal Youpa, grand intendant sous Ramsès II, protégé par Thot, basalte, XIXe dynastie, Hermopolis Magna, Nouvel Empire, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 

Le papyrus Chester Beatty IV (British Museum) fait partie de la bibliothèque de Qeniherkhepeshef, “scribe de la nécropole” à Deir el-Médineh sous la XIXe dynastie. Plus de quarante textes y sont rassemblés : documents familiaux, textes littéraires, hymnes, manuel d’interprétation des rêves…

Thot reçoit des offrandes dans les Maisons de Vie 

Le dieu Thot reçoit des offrandes dans les Maisons de Vie (Per-Ankh)  installées dans les temples. Ces Maisons de Vie sont des centres de formation et d’initiation des scribes et des prêtres. Les dévots lettrés invoquent Thot avant l’écriture ou la copie de textes et dans les rites de protection des rouleaux…  

D’après le scribe royal et archiviste Nebmeroutef inspiré par Thot babouin, stéatite, 1390-1352 avjc, règne Aménophis III, XVIIIe dynastie, Nouvel Empire, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 
D’après le scribe royal et archiviste Nebmeroutef inspiré par Thot babouin, stéatite, 1390-1352 avjc, règne Aménophis III, XVIIIe dynastie, Nouvel Empire, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 

Thot est le “maître de la parole divine” et le “maître des hiéroglyphes” qui sont l’expression de cette parole divine… “C’est Thot qui donne l’habileté des doigts et la justesse de la langue.” 

Voir aussi l’article Les hiéroglyphes, symboles vivants, relèvent du sacré

La tablette funéraire de Horpaa, prêtre à Hermopolis, fils de Djehutyhor, lui aussi haut dignitaire sacerdotal liés au culte de Thot, présente une page d’inscription hiéroglyphique.  

Le texte se compose de formules religieuses, dont certaines sont extraites du Livre pour traverser l’Éternité ou Livre de parcourir l’éternité (Book of Traversing Eternity), livre funéraire de la période ptolémaïque puis romaine.

D’après la tablette funéraire d'Horpaa, prêtre à Hermopolis, fils de Djehutyhor, hauts dignitaires sacerdotaux, albâtre et peinture, 332-30 avjc, époque ptolémaïque, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)  
D’après la tablette funéraire d’Horpaa, prêtre à Hermopolis, fils de Djehutyhor, hauts dignitaires sacerdotaux, albâtre et peinture, 332-30 avjc, époque ptolémaïque, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

À Memphis, Thot s’identifie à “la langue de Ptah”, divinité démiurge par la Parole. Le dieu de la Sagesse connaît la magie créatrice du langage, les secrets des dieux, ce qui est advenu et ce qui doit advenir… Thot, qualifié de « celui qui écrit la Maât », veille au bon ordre des choses. Le mythique Livre de Thot regroupe un ensemble d’écrits attribués au dieu de la Connaissance…

Des écrits sacrés ? Les Textes des Pyramides, qui remontent à l’Ancien Empire (entre 2980 – 2475 avjc).  Les Textes des Sarcophages, dès la fin de l’Ancien Empire et au Moyen Empire (vers 2160 – 1788 avjc). Le Livre pour Sortir au Jour (dit Livre des Morts), au Nouvel Empire (vers 1580 – 1090 avjc) … 

Un roman ? Sinouhé l’Égyptien, de Mika Waltari, les aventures de Sinouhé, médecin et espion du pharaon Aménophis IV (Akhénaton)… Un conte initiatique ? Her-Bak Pois Chiche, de Isha Schwaller de Lubicz, qui raconte l’éveil d’un jeune égyptien sous la XXe dynastie, dans la région de Thèbes (Karnak, Louxor).

 J. Quack, Zeit und Zeitrechnung im Alten Ägypten (Le temps et la mesure du temps dans l’Égypte antique). 

Publié par Maryse Marsailly

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