La triade Osiris-Isis-Horus
Dans l’Égypte ancienne, la triade Osiris-Isis- Horus est très honorée, en particulier à Abydos où se trouve le plus grand sanctuaire consacré au culte d’Osiris. Ressuscité par son épouse Isis dans le mythe d’Osiris, le père d’Horus devient le souverain de l’Au-delà et le maître de l’Éternité. Osiris, porteur d’espérance et de salut, acquiert une grande popularité sous le Moyen-Empire. Les dévots se rendent à Abydos pour ériger une stèle ou un cénotaphe : chaque fidèle aspire ainsi à devenir un « Osiris » dans l’au-delà…
Par Maryse Marsailly (@blogostelle)
– publié le 21 décembre 2023 –

REPÈRES CHRONOLOGIQUES. Époque Thinite : 3400 – 2980 avjc. Ancien Empire : 2980 – 2475 avjc. Moyen Empire : 2160 – 1788 avjc. Nouvel Empire 1580 – 1090 avjc. Troisième période intermédiaire : 1090 – 663 avjc. Basse Époque : 663- 525 avjc. Époque ptolémaïque : 332 – 30 avjc.
OSIRIS S’IDENTIFIE AU DIEU SOLAIRE
Sous l’Ancien Empire, le dieu Soleil Rê (ou Râ) domine la vie spirituelle en Égypte. Le culte d’Osiris prend de l’ampleur au Moyen Empire. Le mythe d’Osiris, dieu ressuscité porteur de salut dans l’au-delà, suscite une nouvelle espérance pour les fidèles…

Le mythe d’Osiris fonde la royauté égyptienne
Le mythe d’Osiris et la quête de la déesse Isis qui enfante leur fils Horus et ressuscite son époux assassiné par Seth, fonde les conceptions égyptiennes de la royauté, de la légitimité du trône, du combat contre les forces du désordre, de la mort et de la survie dans l’au-delà. Osiris, Isis et Horus forment la triade d’Abydos…
La triade d’Osorkon
Osiris, son fils Horus et son épouse Isis
Un bijoux précieux au nom du roi Osorkon II, remontant à la Troisième période intermédiaire, se compose des figurines d’Horus, Osiris et Isis. Réalisé en or, lapis-lazuli et verre rouge, ce chef-d’ œuvre d’orfèvrerie constitue un pendentif. Dans l’Égypte ancienne l’or, couleur de la chair des dieux, évoque l’Éternité exprimée par le hiéroglyphe “millions d’années”.

Sur la triade Osorkon, Osiris trône accroupi sur un pilier en lapis-lazuli, enveloppé dans un linceul et coiffé de la couronne Atef. Le dieu ressuscité est encadré par son fils Horus et par son épouse Isis qui le protègent chacun d’un geste de la main.
Une amulette protectrice
Le pilier central de la triade Osorkon sur lequel trône Osiris rappelle la symbolique du pilier Djed, symbole de la “colonne vertébrale” d’Osiris. Le pilier Djed s’identifie aussi à l’axe de la stabilité universelle. Amulette protectrice, le pendentif d’Osorkon figure peut-être à l’origine parmi les trésors d’un temple…
Si la posture impassible d’Osiris évoque l’Éternité, dont il est le maître, Horus et la déesse Isis se tiennent debout, dans l’attitude dynamique de la marche.


D’après la triade d’Osorkon, la déesse Isis et Horus, détails, pendentif au nom du roi Osorkon II, or, lapis-lazuli, 874 – 850 avjc, XXIIe dynastie, Troisième période intermédiaire, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
Horus Faucon porte la double couronne royale rouge et blanche, le Pschent, symbole de la Haute et Basse Égypte réunies. Isis est couronnée du disque solaire et des cornes d’Hathor, s’identifiant ainsi à la grande déesse égyptienne.
“Ainsi parle Osiris Ouennéfer”
Une inscription gravée sous le socle de la triade d’Osorkon explique… « Le roi de Haute et Basse Égypte, le maître des Deux Terres, Ousermaâtrê l’élu d’Amon, le fils de Rê, le seigneur des couronnes, Osorkon aimé d’Amon… »

Le texte dit encore « Je te donne les années d’Atoum, comme Rê, je te donne toute vaillance et toute victoire, je te donne des jubilés innombrables ; ainsi parle Osiris Ouennéfer. » Osiris s’identifie ainsi à Amon Rê, dieu solaire souverain.
Par ailleurs, le pilier orné de lapis porte une dédicace : « Le Roi de Haute et Basse Égypte, Seigneur des Deux Terres, Ousermaâtrê l’élu d’Amon, le fils de Rê, Osorkon aimé d’Amon ». Ainsi, le roi Osorkon II qualifié de “fils de Rê” se place sous la protection d’Osiris ressuscité identifié à Amon-Rê, dieu solaire renaissant chaque matin.

De la suprématie de Rê à celle d’Osiris
Osiris coiffé de la couronne Atef
Parmi les représentations de la triade Osiris, Isis et Horus, un groupe en bronze montre le grand dieu d’Abydos coiffé de la couronne Atef. La couronne à plumes Atef évoque l’oiseau mythique Benou, identifié au ba de Rê (âme de Rê).
Coiffé de la couronne Atef, Osiris s’identifie au dieu Rê, divinité solaire suprême qui renaît chaque matin. L’immobilité d’Osiris portant un linceul renvoie au royaume de l’Au-delà et de l’Éternité dont il est le seigneur et maître.

La double couronne d’Horus
Sur le groupe en bronze, Osiris est entouré de la déesse Isis et du jeune Horus coiffé de la “mèche tressée de l’enfance”. Premier pharaon mythique, le jeune Horus porte aussi la double couronne de Basse et de Haute Égypte, symbole du royaume unifié.
Les âmes des ancêtres royaux
Des reliefs du socle de la triade en bronze représentent la déesse Isis et le dieu Thot dans une attitude d’adoration et Horus Enfant accroupi avec les âmes des ancêtres royaux de Nekhen et de Pe.
Les égyptiens honorent les âmes de Nekhen à tête de chacal, qu’ils considèrent comme les âmes des anciens rois de la Haute-Égypte, ainsi que les âmes de Pé à tête de faucon, tenues pour être celles des anciens rois de la Basse-Égypte.


D’après Les âmes de Pé et Nekhen portant le roi Séthi Ier sur un trône, relief, Abydos, XIXe dynastie, Nouvel Empire ; Horus Enfant accroupi et les âmes des ancêtres royaux de Nekhen et de Pe, socle de la triade Osiris, Isis et Horus, bronze, 664-30 avjc ; Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
Par ailleurs à Abydos, les âmes de Pé et Nekhen apparaissent sur un relief portant le roi Séthi Ier assis sur un trône.
Voir aussi l’article L’Art de l’Égypte ancienne, le talent des artistes du Nil

Le symbolisme du lotus
Au revers du socle, un personnage masculin, probablement le défunt, manifeste de la joie. Une dédicace précise l’identité du donateur de l’œuvre sculptée : Que Isis donne vie à Wedja-hor, fils de Pa-di-hor. La déesse Isis donne la vie.
Le décor présente un lotus sur tige et un autel. Le lotus évoque le Soleil et la Vie qui jaillissent du Noun, l’océan primordial. Le lotus symbolise la naissance et la renaissance, comme aussi le nénufar associé au jeune dieu Nefertoum.

Voir aussi les articles Le Sacré en Égypte ancienne : Sekhmet, Ptah et Nefertoum à Memphis, Mout, Amon et Khonsou à Thèbes et Un dieu solaire aux multiples facettes (qui émerge du Noun)
Osiris ressuscité suscite une nouvelle espérance
Le dieu Soleil Rê illumine la vie spirituelle sous l’ancien Empire, en particulier pour les pharaons considérés comme des “fils de Rê” et des incarnations d’Horus, premier pharaon mythique et successeur d’Osiris sur le royaume des Vivants.
Les rites funéraires se démocratisent
Des troubles éclatent en Égypte durant la première période intermédiaire (2475-2160 avjc), provoquant de l’inquiétude et un intérêt inédit pour la personne humaine. Sous le Moyen Empire, les rites funéraires se démocratisent de plus en plus et le culte d’Osiris, dieu ressuscité, suscite une nouvelle espérance

Voir aussi l’article Le mythe d’Osiris, de la déesse Isis et de leur fils Horus – La quête de la déesse Isis
Osiris, Isis, Horus Enfant
Une autre triade Osiris – Isis -Horus (en métal cuivreux) montre Horus Enfant coiffé de la mèche tressée de l’enfance, avec en outre l’index sur sa bouche, un signe de silence attribué aux enfants royaux.
Par ailleurs, Horus Enfant s’identifie à Har-Pa-Khrat, (Harpocrate en grec), jeune dieu protecteur des venins et guérisseur.


D’après la triade Osiris, Isis et Horus-Enfant un doigts sur la bouche, métal cuivreux, 664-30 avjc, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
Voir aussi l’article La déesse Isis, Horus Harpocrate et le dieu Thot possèdent la magie divine et l’art de guérir
Isis, déesse magicienne et mère d’Horus
Sur les représentations égyptiennes, la déesse magicienne Isis, mère d’Horus allaitant son fils, porte fréquemment le disque solaire et les cornes d’Hathor. Ainsi, la déesse Isis et Hathor, incarnation de l’amour, de la fécondité, de la beauté et de la joie, se fondent en une divinité féminine suprême aux multiples visages.

La déesse Isis “porteuse du trône”
Vainqueur de Seth à l’âge adulte, Horus, fils et héritier d’Osiris, rétablit l’ordre et l’équilibre dans le royaume d’Égypte. Horus incarne le premier pharaon mythique qui règne sur les Deux-Terres de l’Égypte unifiée. La déesse Isis, mère d’Horus, est “porteuse du trône”. Couronnée d’une coiffe-trône, Isis incarne la souveraineté royale légitime.
Un relief de la chapelle funéraire d’Amenhotep représente la déesse Isis couronnée du symbole du trône, auprès de Nephtys, déesse funéraire portant le signe du temple sur la tête. Osiris, souverain de l’Au-delà, trône coiffé de la couronne Atef, symbole solaire de Rê.
Coiffé du Pschent, la double couronne de Haute et Basse Égypte, Horus à tête de Faucon évoque la royauté divine. Au côté d’Horus, Thot à tête d’ibis, scribe des dieux et divinité lunaire, incarne la sagesse et le savoir.


D’après la déesse Isis porteuse du trône, fragment de sarcophage, toile stuquée, 664 -30 avjc ; et Isis et sa coiffe trône, Nephtys, Osiris, Horus Faucon et Thot, chapelle funéraire d’Amenhotep, XIXe dynastie, Saqqarah, Nouvel Empire, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
Voir aussi les articles Isis et les multiples visages de la déesse égyptienne ; La déesse Isis aux Dix mille noms (première partie) et La déesse Isis aux Dix mille noms (deuxième partie)
OSIRIS LE “ROI DE L’ÉTERNITÉ”
Le mythe d’Osiris repose sur la quête de la déesse Isis qui redonne le souffle de la Vie à son époux assassiné par Seth et enfante leur fils Horus. Dans De Iside et Osiride, Plutarque (Ier- début IIe siècle), raconte l’histoire mythique d’Osiris ressuscité qui devient le maître de l’Éternité et règne sur le royaume des Morts. Chaque fidèle aspire à devenir un « osiris » dans l’au-delà…

La déesse Isis s’unit à Osiris-Ounnefer
Une sculpture en basalte du sanctuaire d’Abydos représente la déesse Isis en oiseau-milan s’unissant à Osiris Ounnefer- Onnophris momifié. Cette image évoque la fécondation céleste et mystique de la déesse qui donnera le jour au fils d’Osiris, Horus.
L’épithète wn-nfr Ounnefer – Onnophris en grec – évoque Osiris comme « le roi de l’éternité, le seigneur du toujours, dont la vie s’étend sur des millions d’années » (Livre pour Sortir au Jour dit Livre des Morts).

Les fidèles espèrent la protection d’Osiris
Un fidèle espérant obtenir la protection du dieu Osiris fait ériger à Abydos une grande stèle en calcaire. Dans sa longue dédicace hiéroglyphique, le défunt Irtysen, chef des artisans, scribe et sculpteur, évoque son art et son talent dans son métier.
Stèle et dédicace d’un dévot d’Osiris
Irtysen figure parmi les nombreux pèlerins d’Abydos qui se font ériger stèle et cénotaphe pour se mettre sous la protection d’Osiris. Les textes des dédicaces immortalisent les noms des fidèles et expliquent au dieu Osiris comment chacun a fait preuve d’une bonne conduite sur terre…

Sur la stèle d’Irtysen, sous la dédicace en hiéroglyphes, une scène représente l’artisan Irtysen et sa femme Hepou recevant les offrandes funéraires de leurs descendants, fils, fille et petit-fils.
Devant son épouse en longue robe moulante, Irtysen tient dans ses mains un long bâton et une sorte de sceptre ou d’instrument, insignes sans doute de son autorité de chef des artisans et de sa haute maîtrise professionnelle et initiatique.
Un festin funéraire pour l’éternité
Au registre inférieur de la stèle, dans une niche encastrée dans la pierre, apparaît en relief creux le festin funéraire. Le défunt Irtysen, auprès de son épouse, hume un flacon d’onguent parfumé.

Devant le couple se trouvent les mets d’un repas et du pain sur un guéridon. Les denrées alimentaires fournies pour assurer la survie dans l’au-delà sont énumérées en haut de la scène. Un panier et un miroir sont posés sous la banquette.
Dans l’Égypte Ancienne, les images et les textes hiéroglyphiques possèdent une puissance intrinsèque, spirituelle et magique, effective, vivante et réelle pour l’éternité.
Voir aussi l’article Les images et les hiéroglyphes perpétuent l’essence de l’éternel

Art, secret, initiation…
Irtysen maîtrise les formules magiques
Sur sa stèle dédicacée d’Abydos, l’artisan Irtysen se présente… « Je connais le secret de la parole divine (soit la puissance magique des hiéroglyphes), la composition des rituels de cérémonies… ; quant à l’ensemble des formules magiques, j’en ai acquis la maîtrise et rien ne s’y trouve qui me dépasse…
Un artisan “qui excelle dans son art”
Sculpteur, Irtysen poursuit, évoquant son travail artistique… « Je suis en outre un artisan qui excelle dans son art, de niveau supérieur dans ses connaissances »…

Irtysen précise : ”Je sais estimer les mesures, retrancher et introduire par ajustement jusqu’à ce qu’un corps se mette en place. Je connais le pas de la statue mâle et l’allure de la statue de femme,…
… l’attitude des onze rapaces, la convulsion du prisonnier isolé, la façon de faire loucher, l’expression de terreur des ennemis, la manière dont le chasseur d’hippopotame lève le bras et le mouvement de jambes de celui qui court. » (stèle d’Irtysen, Abydos)
Art, secret de métier, initiation…
Irtysen révèle encore quelques secrets… « Je sais faire des pigments, des produits qui fondent sans que le feu les brûle, et en outre insolubles à l’eau. Personne n’en aura connaissance, excepté moi seul et mon fils aîné…

… le dieu ayant ordonné qu’il pratique en initié, car j’ai remarqué sa compétence en tant que chef des travaux dans toutes les matières précieuses, depuis l’argent et l’or jusqu’à l’ivoire et l’ébène. » (stèle d’Irtysen, Abydos)
Le flagellum et le sceptre héqa d’Osiris
Le flagellum ou fléau nekhakha et le sceptre héqa d’Osiris sont des insignes de puissance divine et royale. Le flagellum, fouet à triple lanière, symbolise protection et fertilité. Le sceptre héqa en forme de crosse rappelle la houlette du berger. Les pharaons reçoivent ces insignes d’autorité et de commandement lors de leur couronnement et les portent à l’occasion de la fête de Sed, jubilé destiné à renouveler la force vitale du roi…

Des pèlerinages à Abydos
Selon la légende, c’est à Abydos, au nord de la Haute-Egypte, que repose la tête du dieu Osiris. On y élève un cénotaphe (tombeau fictif) et le plus grand sanctuaire dédié à Osiris et à la triade Osiris-Isis-Horus.
Lieu sacré depuis les premières dynasties égyptiennes, Abydos devient un très important lieu de pèlerinage à partir du Moyen Empire. Les fidèles se placent sous la protection du dieu Osiris, seigneur de « l’Occident« , espérant une bienheureuse survie dans l’au-delà…
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Des écrits sacrés ? Les Textes des Pyramides, qui remontent à l’Ancien Empire (entre 2980 – 2475 avjc) ; Les Texte des Sarcophages, depuis la fin de l’Ancien Empire et au Moyen Empire (vers 2160 – 1788 avjc) ; Le Livre pour Sortir au Jour (dit Livre des Morts), au Nouvel Empire (vers 1580 – 1090 avjc)…
Un roman ? Sinouhé l’Égyptien, de Mika Waltari, les aventures de Sinouhé, médecin et espion du pharaon Aménophis IV (Akhénaton)… Un conte initiatique ? Her-Bak Pois Chiche, de Isha Schwaller de Lubicz, qui raconte l’éveil d’un jeune égyptien sous la XXe dynastie, dans la région de Thèbes (Karnak, Louxor).

🧡🧡
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